Georges Grandemange : né en 1903 à Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle), où il habite ; Chaudronnier, chauffeur dans les mines ; communiste ; arrêté le 21 juin 1941 ; interné à Compiègne, déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 15 octobre 1942.

Georges Grandemange est né le 24 novembre 1903 à Saint-Nicolas de Port (Meurthe-et-Moselle), où il habite au 5, rue du Haut du Mont, au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Bailly, 21 ans, et de Marie, Edmond Grandemange, ouvrier d’usine, 29 ans, son époux.
Il est né au domicile de ses parents au 48, rue de Laval à Saint-Nicolas.

Georges Grandemange vit maritalement
avec Augustine Claude, née le 29 septembre 1905 à Saint-Nicolas-de-Port, fille d’un ouvrier à la Soudière (leurs deux actes de naissance ne mentionnent pas de date de mariage, ni la table décennale des mariages).
Le couple a deux garçons, Jacques, né le 8 juin 1926 et Bernard, né après 1936.
Georges Grandemange est chaudronnier.

En 1936, il travaille comme chauffeur aux mines de sel et saline de Saint-Nicolas-Varangeville de la Société Daguin (Marcheville-Varangeville).
Militant communiste, il vend « l’Humanité« , et comme nous l’a signalé la sœur d’un déporté de Meurthe-et-Moselle, comme tous ses camarades « CDH » (Comités de défense de l’humanité) il avait dû s’inscrire en Préfecture pour éviter les poursuites.
« Il figuraient ainsi dans les fichiers de la police » écrit elle.

Par décision de l’Occupant, la Meurthe-et-Moselle se trouve dans la « zone fermée » ou « zone réservée », destinée au futur « peuplement allemand ».

Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ». À l’est de la « ligne du Führer », tracée depuis la Somme jusqu’à la frontière suisse, les autorités nazies envisagent une germanisation des territoires suivant différentes orientations. C’est un autre sort que celui de la Moselle et de l’Alsace, annexées par le Reich, du Nord et du Pas-de-Calais, mis sous la tutelle du commandement militaire allemand de Bruxelles, qui attend les territoires situés le long de cette ligne dite du Nord-Est. En tout ou partie, ces départements, et parmi eux les francs-comtois, font l’objet d’une « zone réservée » des Allemands (« En direct », Université de Franche-Comté). Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « Révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). L’Alsace Moselle est occupée.
Plus de 20 000 soldats allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251)

Georges Grandemange est arrêté le 21 juin 1941, en même temps que Marcel Stéphan qui sera déporté à Sachsenhausen et libéré le 5 mai 1945) : Augustine Grandemange, sa compagne, témoigne qu’on lui a demandé de se présenter à la gendarmerie à 21 heures. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique (sous le nom de code « Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122, administré par la Wehrmacht,et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.

Georges Grandemange est donc conduit à la prison Charles III de Nancy. Il y est remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 27 juin 1941.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Georges Grandemange est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. A six heures du matin, ce 6 juillet, il est conduit sous escorte allemande à la gare de Compiègne avec ses camarades, puis entassé comme eux dans un des wagons de marchandises qui forment son convoi. « Les soldats comptent les hommes par cinquante et les poussent vers les wagons. (…). Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l’inscription : 40 hommes – 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l’odeur déjà les incommode ». In « Triangles rouges à Auschwitz » prologue, p.11).
Le train s’ébranle à 9 heures trente.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks, responsables aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Seule la comparaison à partir d’une photo de famille permettrait désormais de valider la photo du détenu figurant en tête de cette notice, comme étant Georges Grandemange. 

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date

Georges Grandemange meurt à Auschwitz le 5 octobre 1942 selon les historiens du Musée d’Auschwitz.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué (n° 1119.091166).
Le titre de « Déporté Résistant » lui a été refusé. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (Journal Officiel du 18 février 1994).
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Nicolas de Port.

Sources

  • Clément Coudert rescapé du convoi, « 45 402 », de Neuves Maisons a témoigné se souvenir de lui à Auschwitz.

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), SHD, Ministère de la Défense, Caen.
  • Site ministériel Légifrance
  • Recensement de la population de Saint-Nicolas de Port, 1936 et actes de naissance de 1903 et 1905.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique  rédigée en 1997 par Claudine Cardon-Hamet (modifiée avec Pierre Cardon en  2001, 2016, 2018, 2021 et 2026), pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997.
Claudine Cardon-Hamet est docteur en Histoire, auteure des ouvrages « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000.

Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez nous faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *