Matricule « 45 519 » à Auschwitz (probable)
Louis Gouëlian : né en 1903 à Paris 5è ; domicilié à Paris 5è ; porteur de presse ; syndicaliste, communiste ; arrêté le 13 décembre 1941 ; interné aux camps de Rouillé et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 24 septembre 1942.
Louis Gouëlian, dit « le grand Louis » nait le 4 mai 1903 à Paris 5è. Au moment de son arrestation, il habite au 2 bis, rue des Anglais à Paris 5è. Il est le fils d’Augustine, Sophie Bauget et de Gustave, Joseph, Louis Gouëlian son époux (né en 1880 à Nantes, décédé en 1935 à Paris). Ses parents se sont mariés le 22 janvier 1904.
En 1925, il est employé comme cycliste d’entreprise dans une agence de publicité au 65, avenue des Champs-Élysées.
En 1928, il est embauché à « L’Information », quotidien économique au 124, rue Réaumur (qui sera après guerre le siège du « Parisien Libéré »).
 partir de 1930, il vit maritalement avec Germaine Ferrieu (née en 1907), elle est fille de salle. Le couple a deux enfants, qui sont reconnus par leur père.

À partir de 1935, ils habitent au 2 bis, rue des Anglais, dans le logement loué par Germaine Férieu, petit logement d’une pièce sous les toits, n° 21, au sixième étage (précision lors de la perquisition des RG).
En 1937 il travaille aux Messageries Hachette, employé au portage (diffusion aux kiosques) du quotidien « Ce Soir ».
Louis Gouëlian est délégué du personnel de la maison Hachette pour le Syndicat des Transports de la région parisienne. Le quotidien est interdit le 25 août 1939, en même temps que L’Humanité.
Il se retrouve au chômage.
Avant la dissolution du Parti communiste (26 septembre 1939), il est membre du bureau de la section communiste du 5è arrondissement.
Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)
Suivant les instructions du régime de Vichy, et devant la recrudescence de distributions de tracts et d’inscription communistes dans Paris et l’Est parisien, la police surveille systématiquement les militants communistes connus de ses services avant-guerre.
Louis Gouëlian est arrêté le 13 décembre 1941 pour activité communiste. Le jour-même, le Préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif (1) en application de la loi du 3 septembre 1940. Il est maintenu au Dépôt de la Préfecture en attente de son transfert.

Le 3 janvier Louis Gouëlian fait partie d’un groupe de 50 internés administratifs (38 internés politiques (RG) et 12 indésirables (PJ) transférés du Dépôt vers le Centre de Séjour Surveille (CSS) de Rouillé (2). Un avis du 31 décembre 1941 stipule les conditions de ce transfert « Ils seront conduits en autocars par la rue Sauvage jusqu’à la gare d’Austerlitz, où ils pourront pénétrer jusqu’à la voie 23 au train de voyageurs n° 3. Le chef du convoi disposera d’une voiture avec 10 compartiments. Le départ est fixé à 7 h 55, l’arrivée à Rouillé à 18 h 51, après un arrêt de 45 minutes à Poitiers ».
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (le Frontstallag 122). Le nom de Louis Gouëlian (n° 91 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp de Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Depuis le camp de Compiègne, Louis Gouëlian est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.
Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks, responsables aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Louis Gouëlian est vraisemblablement enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «45 619».
En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être validé, dans la mesure où Roger Pelissou, qui fut secrétaire de la JC du 5è arrondissement pense l’avoir reconnu sur la photo d’immatriculation à Auschwitz du déporté numéro « 45 619 » lors de la séance d’identification de cent vingt deux «45 000» le 30 avril 1948.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date

Louis Gouëlian meurt à Auschwitz le 24 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 380 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Louis Gouëlian est homologué comme « Déporté politique » et il est déclaré « Mort pour la France ».
Louis Gouëlian (GR 16 P 264505) est homologué le 22 novembre 1948 comme adjudant au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.
En 1955, Germaine Ferrieu, mère et tutrice de ses enfants sollicite l’attribution du titre de « Déporté Résistant » pour son compagnon. Ce titre lui est refusé (nous sommes en pleine guerre froide).
Un arrêté ministériel du 9 décembre 1993 paru au Journal Officiel du 10 janvier 1994 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Louis Gouëlian en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
- Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l’internement administratif de « tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Les premiers visés sont les communistes.
- Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (CIA Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. /In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
- Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit
libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. - Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45 000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis devenu après-guerre directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.
Sources
- Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
- Etat civil en ligne du 5e arrondissement de Paris
- Extrait de son acte de décès recueilli à la mairie du 5è arrondissement.
- Témoignage de Roger Pélissou sur sa présence au camp de Rouillé.
- Archives de la préfecture de police / Pré-Saint-Gervais ; cartons “occupation allemande”, camps d’internement.(BA 2374) ; dossier de Louis Gouélian.
- Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
- Séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote RésistantN°20).
- Death Books from Auschwitz (registres des morts d’Auschwitz), Musée d’Étatd’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
- Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374.
- © Google Street view.
- Photo d’immatriculation à Auschwitz : Musée d’état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
- © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Notice biographique par Claudine Cardon-Hamet, mise à jour avec Pierre Cardon en 2010, 2019, 2021 et 2025 à partir d’une notice succincte rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du 20è arrondissement. Claudine Cardon-Hamet est docteur en Histoire, auteure des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45 000 », éditions Autrement, Paris 2005 et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45 000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou y proposer des corrections, vous pouvez nous faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com