Renelde  Lefèbvre : né en 1897 à Gonesse (Seine-et-Oise / Val d'Oise) ; domicilié à Saint-Denis (Seine / Seine-St-Denis) ; instituteur, directeur d’école ; présumé gaulliste par les RG ; arrêté comme otage le 28 avril 1942 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Renelde  Lefèbvre est né le 28 janvier 1897 à Gonesse (Seine-et-Oise / Val d’Oise) Cf Note 1.
Il est le fils de Marie-Louise Anquet et de Camille, Renelde Lefebvre, receveur de 1ère  classe aux
PTT, son époux. Officier de la Légion d’honneur en 1934, son père est commissaire du bureau de bienfaisance à Paris 16ème.
Le registre militaire de Renelde Lefebvre (matricule n° 2777 de la Seine) nous apprend qu’il mesure 1m 72, a les cheveux châtains foncés, les yeux bruns, le front haut, le nez rectiligne
et le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il est indiqué résidant comme élève à l’Ecole normale. Il sera instituteur, puis directeur d’Ecole primaire publique. Il sera par la suite Directeur de cours techniques à Saint Denis en 1939.

Leur fils Renelde

Conscrit de la classe « 1917 », Renelde Lefebvre s’engage volontairement pour la durée de la guerre le 27 août 1914 à Dunkerque. Il a 17 ans. Il est incorporé au  23ème Régiment de Dragons et arrive au corps le 31 août. Il est affecté au 3ème Régiment de chasseurs d’Afrique le 12 février 1917. Le 5 juin 1917 il est transféré  au 4ème Régiment de chasseurs d’Afrique. Le 8 août, il rejoint à nouveau le 3ème RCA qui combat à la bataille du Chemin des Dames dans le secteur d’Hurtebise.  Le 18 avril 1918, il est transféré au 27ème Régiment de Dragons qui « après avoir bataillé à Montdidier, est déplacé dans la région sud de Suippes prêt à intervenir dans la bataille de Champagne et d’Argonne » (Lt. colonel Henri Azema). Récapitulatif de ses campagnes militaires : « Campagne Simple » à l’intérieur du 31 août 1914 au 4 juin 1917. « Campagne Double » avec l’armée d’Orient du 5 juin 1917 au 17 septembre 1917. « Campagne simple du 17 octobre 1917 au 18 octobre 1918. Selon M. Pierre Douzenel, il aurait été blessé de guerre. Nous n’avons toutefois pas trouvé mention d’une blessure dans son registre matricule militaire. Il est démobilisé le 5 décembre 1919, et reprend ses études à l’Ecole Normale.
Le 24 décembre 1921, à Franconville (Seine-et-Oise), Renelde Lefebvre épouse Noëlle Lemercier. Elle est née le 7 octobre 1899 à Bethon (Sarthe). Elle est enseignante comme lui, institutrice.
En février 1923, ils habitent à Paris 16ème, au 100, rue Billancourt. En mars 1923 ils habitent à Franconville (Seine-et-Oise / Val d’Oise) où Renelde Lefebvre a été nommé instituteur. A la rentrée scolaire de 1923, il est nommé « aux écoles » de Sarcelles (Seine-et-Oise / Val d’Oise).
Le couple a un garçon, prénommé comme son père, Renelde, Noël, Emile  (Reynold dans les Forces Française Libres) qui naît à Sarcelles le 9 avril 1925.
A la rentrée scolaire de 1927, Renelde Lefèbvre  enseigne au cours supérieur de l’école des garçons au 3 boulevard Félix Faure à Saint-Denis et sa femme Noëlle à l’école des filles du boulevard Marcel Sembat. Le couple est domicilié au 3 boulevard Félix Faure à l’Ecole de garçons de Saint-Denis.
En 1929, ils habitent l’Ecole du 7, boulevard Marcel Sembat  à Saint-Denis. En 1934, ils sont nommés dans une petite école neuve de Gennevilliers,
dont il est le directeur et sa femme, son adjointe. Ils sont logés à l’Ecole, au 3, bis boulevard Gallieni à Gennevilliers (Seine / Hauts-de-Seine).
A la rentrée de 1937, ils reviennent à Saint-Denis en raison de son affectation comme directeur de l’école du Bel Air, route d’Aubervilliers. Son
épouse est institutrice dans la ville. Ils habitent à l’Ecole de garçons du 19 route d’Aubervilliers. Puis ils occupent à la rentrée 1939 avec leur fils un
logement de fonction à l’école des garçons au 57 boulevard Jules Guesde.
En janvier 1938, Renelde Lefèbvre  est revenu à Saint-Denis et en octobre 1939, il habite à l’Ecole de garçons du 57, de la rue Jules Guesde à Saint-Denis.
Alors qu’en tant que Directeur de cours techniques à Saint Denis, il a été classé « affecté spécial », il est rayé de cette affectation (comme la plupart
des syndicalistes et/ou communistes connus) et il est « rappelé à l’activité » le 25 mars 1940 au 18 avril (campagne simple). Il est considéré comme « démobilisé de fait » à compter du 25 juin 1940.

Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Pantin et Saint-Denis le 13 juin 1940 : ils s’installent à l’école du Bel Air. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…). A Saint-Denis la Wehmarcht installe un Frontstalag à la caserne des Suisses, qui fonctionne en réseau avec le Frontstalag 111 de Drancy et le camp de Romainville.
Son école occupée par un QG allemand, Renelde Lefebvre est alors muté à l’école des garçons boulevard Jules Guesde.
Patriote, « il ne peut admettre que le sol de France soit de nouveau envahi par les Allemands et s’engage dans la Résistance », selon le récit de Pierre Douzenel (2), qui rapporte les témoignages de deux instituteurs, messieurs Gachelin et Derrien, l’instituteur de son fils.

Récit manuscrit de Pierre Douzenel (1/3)

M. Gachelin, qui enseigne sous sa direction, se souvient d’une perquisition « Il est probable que Lefebvre faisait partie d’un réseau de Résistance… Un jour la police arrive à l’école, fouille le bureau, classeurs, dossiers et fournitures scolaires. Tout fut vidé, étalé. Elle ne trouve rien. Mais des documents étaient cachés dans un sous-main que la Gestapo n’avait pas pensé à soulever».
Renelde Lefebvre se sait donc surveillé (en 1941, son fils âgé de 15 ans, avait gagné l’Angleterre en canoë avec 4 autres jeunes. Leur exploit avait été relaté par la BBC et la radio française de Londres). Renelde Lefebvre refuse néanmoins de quitter Saint-Denis pour se cacher.
« De son activité dans la Résistance, à laquelle il participait, je sais peu de choses précises. La pus grande discrétion, même envers des amis, même envers ceux dont il était sur, était une loi à ne pas enfreindre pour ne pas compromettre le mouvement. Il m’a demandé plusieurs fois de le remplacer dans la surveillance des cours industriels donnés le dimanche matin dans son école, boulevard Jules Guesde. Il s’absentait alors ou se cachait chez lui, car il se savait filé » (Gachelin).

Renelde Lefebvre est arrêté à son domicile le 28 avril 1942, à l’aube, sans pouvoir dire adieu à sa femme, lors d’une grande rafle organisée dans le département de la Seine par les Allemands.

Sur sa fiche au DAVCC, il est comme « gaulliste », au motif d’arrestation, sans que nous ayons pu trouver des preuves d’affiliation. Il est certain que l’épopée de la traversée de la Manche par son fils pour rejoindre De Gaulle  (voir en fin de biographie les photos avec Churchill), relatée à la BBC a certainement joué un rôle dans les filatures, la perquisition de son domicile et son arrestation.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Le 6 juillet, jour de son départ pour Auschwitz, il crie des paroles d’encouragement à sa femme qui suit la colonne des prisonniers se rendant à la gare. Plusieurs rescapés en ont témoigné. Au cours de son transport, il lance sur la voie une lettre qui parviendra à Mme Lefebvre.

Depuis le camp de Compiègne, Renelde Lefebvre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45761 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Elle avait notamment pour objectif de faciliter l’identification des 524 photos anthropométriques de « 45000 » préservées de la destruction par des résistants du camp et retrouvées après la libération d’Auschwitz. Cependant, cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc imprudent d’attribuer ce numéro à Renelde Lefèbvre en l’absence de nouvelles preuves.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

On ignore la date exacte de son décès de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français fixe la date de sa mort au 15 novembre 1942 sur la base des déclarations de deux de ses compagnons de déportation.

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué ainsi que la mention « Mort pour la France ».

Leur fils « Reynold »

Une plaque est apposée en mai 1965 dans le préau de l’école du Bel Air (aujourd’hui école Danièle Casanova).

« Atteinte par la mort de son mari puis par celle de son fils unique, Mme Lefebvre n’a pas la force de leur survivre : dès 1943, elle avait appris la disparition de son mari, probablement par l’intermédiaire d’une lettre écrite par un des rares survivants du convoi. En 1945, venait le décès de son fils unique, également prénommé Renelde. Le 16 septembre 1941, âgé de 15 ans, il avait gagné l’Angleterre en canoë avec 4 autres camarades, sans prévenir ses parents. Son exploit avait été relaté par la BBC et la radio française de Londres. Lire le récit de la traversée dans © Reynold Lefebvre – Les Français Libres.

Winston Churchill et son épouse reçoivent les jeunes français qui ont traversé la Manche en canoë

« Pierre et Jean-Paul Lavoix, Reynold Lefebvre, Christian et Guy Richard sont reçus à Downing Street par les Churchill le 21 septembre 1941, cinq jours après leur évasion de Fort-Mahon en canoë. Quatre d’entre eux intègrent l’École des cadets, créée par de Gaulle pour pallier le manque de cadres et donner aux jeunes de moins de dix-huit ans une formation d’officier » (Revue de la Fondation de la France Libre Septembre 2017 – Numéro 65, page 17).

Winston Churchill et son épouse reçoivent les jeunes français qui ont traversé la Manche en canoë

Il avait été reçu par le général De Gaulle et le 1er ministre britannique Winston Churchill. Il s’était engagé ensuite dans les cadets de la France Libre. Sa mère avait pu suivre l’épopée de son enfant grâce aux nouvelles transmises par la Croix Rouge : L’Afrique Equatoriale, le Fezzan, la Tripolitaine, l’Italie, le sud de la France. Elle avait eu la joie de le revoir en 1944. Sous-lieutenant dans l’armée de De Lattre, il allait mourir en Alsace, à 19 ans, dans les combats de la poche de Colmar, pour ne pas avoir voulu exposer ses hommes qui voulaient le relever alors qu’il avait été blessé gravement au
cours d’un bombardement. Madame Lefebvre renonça alors à l’enseignement et entra dans les services administratifs. Un matin, ses voisins, étonnés de ne pas l’entendre, poussèrent sa porte : ils la trouvèrent morte, assise à sa table, devant les photos de son fils et de son mari
» (extraits du récit de Pierre Douzenel). Noël Lefebvre meurt pendant la bataille d’Alsace avec le 11ème Bataillon de marche, le 27 janvier 1945 à Thanvillé (Bas-Rhin).

  • Note 1 : Son nom est bien inscrit sur le récapitulatif annuel de l’année 1897 de la ville de Gonesse (vue 40/113), et non à Garges-les-Gonesse, mais les actes en sont hélas manquants), contrairement à ce qui est indiqué sur trois autres sites.
  • Note 2 : Pierre Douzenel, jeune réfractaire au STO, résistant, photographe et chroniqueur municipal à Saint-Denis de 1946 à 1987. Le récit manuscrit a peut-être été utilisé pour un article dans un journal local.

Sources 

  • Archives municipales de Saint-Denis (consultées par Fernand Devaux en 1988).
  • Témoignages de MM. Gachelin et Derrien, recueillis par Pierre Douzenel (les guillemets correspondent à des passages d’une recherche de Pierre Douzenel). Cette lettre m’a été transmise par Pierre Dezert, instituteur communiste de Clichy, ami de mon mari.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains, Caen (DAVCC), archives du ministère de la Défense.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Etat civil en ligne de Gonesse et Garges les Gonesse. 
  • © Reynold Lefebvre – Les Français Libres
  • Registres matricules militaires de la Seine

Notice biographique réalisée en en mai 2007 (complétée en 2017, 2019 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com / 

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