Matricule « 45.319 » à Auschwitz



René Bussy : né le 13 juillet 1900 à Paris 12ème ; domicilié à Vernou-sur-Seine (Seine-et-Marne) ; cantonnier SNCF ; communiste arrêté le 26 septembre 1941, puis le 18 octobre 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 9 août 1942. 

René Bussy est né le 13 juillet 1900 à Paris XIIème. René Bussy habite au moment de son arrestation à Vernou-sur-Seine (Seine-et-Marne), devenue depuis 1971 Vernou-la-Celle-sur-Seine. Selon M. Jean Pierre Gast, il aurait habité à un moment à Bagnolet, au 179, avenue Pasteur, mais cette adresse ne figure pas sur son registre matricule militaire. Il est le fils de Marie, Louise Coffy, 24 ans, couturière et d’Emile Victor  Bussy, 27 ans, son époux, employé (le couple est domicilié au 131 rue de Bercy). Il a un frère cadet, Georges, né en 1902.

Ce registre (matricule n° 225 de l’Yonne) nous apprend qu’il mesure 1m 63, a les cheveux châtains foncés, les yeux bleus, le front bas et le nez rectiligne, le visage ovale.
Au moment du conseil de révision, il travaille comme cultivateur et habite chez ses parents à Tonnerre (Yonne) au hameau du Montoir. Il sera par la suite terrassier aux chemins de fer. Il a un niveau d’instruction n° 2 pour l’armée (sait lire, écrire et compter). Conscrit de la classe 1920, classé « soutien de famille indispensable », il est appelé au service militaire à compter du 12 mars 1920, et rejoint le 21ème Régiment d’infanterie coloniale le 16 mars, caserné à Paris (Bicêtre ou Ivry). Il est classé « service auxiliaire » en avril 1920 pour « perte des deux phalanges du pouce gauche survenue dans l’enfance ». Il est « renvoyé dans ses foyers » le 3 mars 1922.
En janvier 1924, il vient habiter Vernou-sur-Seine. René Bussy est terrassier aux Chemins de fer.

Il se marie à Vernou le 25 avril 1925 avec Odette, Marie Jarry. Le couple a deux enfants (René et Françoise).

René Bussy est membre du Parti communiste. Odette Bussy, née en 1910, elle décède en 1936.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

A l’Occupation, son nom figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages, avec la mention «ancien responsable communiste». Cette liste, où il porte le n° 59, datée du 25 août 1941, émane de la préfecture de Melun (Saint-Germain, 24 décembre 1941, document XLIV- 59-60, CDJC).

Il est arrêté une première fois le 26 septembre 1941, puis une seconde fois le 19 octobre 1941 à son domicile par la police française et la Felgendarmerie. Les 19 et 20 octobre 1941, de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

A la demande des autorités allemandes, René Bussy et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 19 octobre 1941.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Bussy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé à son arrivée à Auschwitz
Porte d’entrée du camp d’Auschwitz

René Bussy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45319 » (sa photographie a été reconnue par madame Gounon, veuve de Charles Fourmentin, au cours d’un pèlerinage à Auschwitz en 1950).

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

René Bussy meurt à Auschwitz le 9 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil d’Auschwitz (Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 153). René Bussy est homologué « Déporté Politique ». <

La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 19 novembre 2010, paru au Journal Officiel n° 284 du 8 décembre 2010. Le numéro d’arrondissement de son lieu de naissance est erroné).

A la Libération, une place de Vernou-sur-Seine porte le nom de René Bussy.
Un carrefour René Bussy a été inauguré le 21 juin 2008 :

Photos de cette cérémonie – Maryvonne Braunschweig (AFMD 77) : «Les organisateurs avaient bien la photo de René Bussy à l’arrivée à Auschwitz que j’avais transmise, il y a six ans, à la maire de l’époque. Cette photo est incluse dans la nouvelle plaque. Par contre la photo que tu m’avais transmise par courriel le 18 juin au soir, transférée aussitôt à l’instit’ de CM2 du village, lui a permis en deux jours de préparer ses élèves encore mieux et ce sont les enfants qui ont expliqué aux adultes l’histoire de cette photo».

Dans le « Tambour » de Vernou de juin 2012, M. Benjamin Bitter, professeur des écoles à Vernou, a rendu hommage à René Bussy.

Bulletin municipal de Vernou 2012

Le 15 septembre 2012, à l’occasion des journées du patrimoine, conférence à Vernou (le convoi des « 45.000 »  hommage à René Bussy.

 

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son frère Pierre (septembre 1991).
  • Fichier national de la division des archives des
    victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche
    individuelle consultée en octobre 1993.
  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com
  • ©  Archives en ligne de Paris XIIème.
  • CDJC : Centre de documentation  juive contemporaine.
  • Photo du wagon utilisé pour le transport des déportés,© FMD.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d’Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • Archives en ligne de l’Yonne
  • Photo années 1930 sépia. Remerciements à M. Daniel Depaux.
  • Photo années 1930 noir et blanc, remerciements à madame Natasha Gerson (envoi février 2022)

Notice biographique rédigée en janvier 2011, complétée en  2012 et 2019 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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