Matricule « 46.101 » à Auschwitz

 

Céleste Serreau D.R famille
Céleste Serreau le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Céleste Serreau : né en 1912 à Monthou (Loir-et-Cher) ; domicilié à Thésée (Loir-et-Cher) ; bourrelier ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 17 octobre 1942.

Céleste Serreau est né le 9 mars 1912 à Monthou (Loir-et-Cher). Il habite rue Nationale à Thésée (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation. Il est le fils de Joséphine Arrault et de Maurice, Alexandre Serreau, 29 ans, son époux, né à Monthou le 5 novembre 1883. Il a 3 soeurs et un frère.  Ses parents sont cultivateurs et habitent à « la Bigoterie ».
Il est bourrelier et travaille à son compte, à son domicile.
Céleste Serreau a épousé Andrée Vitel. le couple n’aura pas d’enfant.
Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Les 15 et 16 juin 1940, bombardements allemands sur Montrichard, Blois et Vendôme. Le 22 juin, l’armistice est signé : la moitié nord de la France et toute la façade ouest sont occupées. Le pays est coupé en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée et celle administrée par Vichy. Le 1er juillet, elle passe par le département du Loir-et-Cher en suivant le cours du Cher, de Châtres jusqu’à Chissay (à l’exception de Selles-sur-Cher qui demeure en zone occupée). Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Céleste Serreau est arrêté à Romorantin le 1er mai 1942dans le cadre de la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 140 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés lui en 1940 ou 1941) dans 3 départements (Cher, Loir-et-Cher, Loiret). Elle est opérée en représailles à la mort d’un Feldgendarme à Romorantin la nuit du 30 avril 1942. Lire : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations. 13 romorantinais sont arrêtés. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Moïse Bodin,  Victor Budin, Gustave Crochet, Octave Hervaux, Edouard Roguet, Daniel Pesson.
Céleste Serreau est d’abord emprisonné à Orléans.

Il est remis ensuite aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

 Depuis le camp de Compiègne, Céleste Serreau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau

Céleste Serreau est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45601 ».  Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Céleste Serreau meurt à Auschwitz le 17 octobre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 1106).

L’acte de décès établi par l’administration SS indique « Todesursache : Freitod durch Erhängen » (cause de décès : suicide par pendaison), ce qui est un motif suffisamment rare dans ce type de document rare pour que la pendaison soit effective, qu’il y ait eu suicide ou assassinat par les kapos déguisé en suicide. On lira dans le site l’article : Des causes de décès fictives

L’arrêté ministériel du 19 août 2002 (relatif à l’apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès et paru au Journal Officiel 19 octobre 2002) porte la mention « décédé le 30 août 1942 en Allemagne ». Cette date reproduit l’état civil fictif établi après la Libération afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés). Il est vraiment regrettable que le ministère ne prenne pas en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995. Le Death Books from Auschwitz a été publié en trois gros volumes par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau dès 1995. Il est même consultable sur un site Internet (http://houston.indymedia.org/news) ou sur le site du Musée d’Auschwitz.
A l’automne de l’année 1942, sa famille a cherché à obtenir de ses nouvelles, et s’est adressée à la Délégation spéciale auprès des autorités allemandes (De Brinon). Ses services ont répondu n’avoir aucune information sur le devenir de l’interné.
Céleste Serreau a été déclaré « Mort pour la France« . Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Thésée.
Un autre déporté nommé Désiré Marteau est honoré à Thésée : il est né le 27 décembre 1897 à Thésée (et non à Amboise, comme indiqué sur d’autres sites). Il est un des oncles de Serge Marteau (45.839 à Auschwitz). Il est déporté le 27 janvier 1944 depuis
Compiègne au camp de Buchenwald (matricule «44154»). Il est affecté au kommando de travail d’Ellrich sur des chantiers dépendants du « Sonderstab Kammler« . Il meurt à Ellrich le 28 janvier 1945. 

  • Note 1 : Le président de l’ADIRP du Loir et Cher, G. Lacarde, a communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP le résultat de son enquête auprès des familles de résistants et déportés à propos des causes de l’arrestation des Loir et Chériens le 1er mai 1942. « Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, deux jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin. Surpris par deux feldgendarme, ils n’eurent que la ressource d’ouvrir le feu. Un feldgendarme aurait été tué, l’autre grièvement blessé. Dès le lendemain, une vague de répression s’abattit dans la circonscription de la Kreiskommandantur de Romorantin. Cinq jeunes communistes du Loir et Cher, déjà arrêtés soit par les Allemands, soit par la police françaies, certains même incarcérés depuis plusieurs mois, furent fusillés le 5 mai. Des dizaines furent arrêtés les 1er et 2 mai. Certains ont été relâchés par la suite, les autres, après avoir été transférés à Compiègne, ont fait partie, avec d’autres Loir et Chériens déjà à Compiègne depuis plusieurs mois, du fameux convoi du 6 juillet 1942 pour Auschwitz »
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a
    confiés. 

Sources

  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • © Photo de famille.
  • Correspondance avec la nièce de céleste Serreau, Dominique Bannier.

Notice biographique installée en janvier 2011, complétée en 2017 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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