Fiche des sommiers des RG en date du 7 avril 1942

 

Bernard Castille : né le 9 mars 1922 à Barbaste (Lot-et-Garonne) ; domicilié à Bois-Colombes (Seine) ; employé de bureau ; communiste ; arrêté le 28 avril 1942 : Interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 18 septembre 1942.

Bernard Castille est né le 9 mars 1922 à Barbaste (Lot-et-Garonne). Il est domicilié 90, rue Pierre Joigneaux à Bois-Colombes (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il  est le fils de Germaine Bouchou (ou Bouchon), 22 ans et de Maurice Castille, 26 ans son époux. Il a une sœur aînée, Madeleine, et un frère cadet, Pierre.

Employé de bureau, Bernard Castille est vraisemblablement adhérent de la Jeunesse communiste (une fiche à son nom existe aux sommiers de la BS1 (Brigade spéciale des Renseignements généraux) en date du 8 avril 1942.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Interrogatoire de Bernard Castille par la Brigade spéciale des RG

Bernard Castille est arrêté au domicile de ses parents à Bois-Colombes le 28 avril 1942.
Il est interrogé par des inspecteurs de la BS1, qui ont trouvé un dépôt de papier dans la cave de leur domicile lors de la perquisition qu’ils ont opéré à la suite de filatures concernant l’ami communiste (le sieur Lagarrigue) de sa sœur aînée Madeleine Castille (née le 12 janvier 1920). Lire dans le Site La
Brigade Spéciale des Renseignements généraux
.
Bernard Castille reconnaît que cet ami lui avait été présenté l’année précédente et avait été hébergé un certain temps à leur domicile, mais que sa sœur et lui n’y venait plus depuis qu’ils vivaient en concubinage. Bernard Castille nie par ailleurs toute activité politique et affirme que sa sœur ne lui a jamais dit que son ami était communiste.

PV concernant Raoul Bey, Madeleine et Pierre Castille
Raoul Bey, © Préfecture de police / Maitron

Les inspecteurs de la BS1 finiront par découvrir que Madeleine Castille (qu’ils prénomment Blanche), militante communiste, vit avec Raoul Bey, alias Jean Lagarrigue « ancien militant communiste, ex-combattant des Brigades internationales, condamné en 1940 par le tribunal d’Aix-en-Provence pour activité communiste, réfugié sous l’état civil illégal de Lagarrigue ». Libéré en raison de son état de santé, celui-ci se réfugie dans l’illégalité  à Paris. Il est condamné par contumace à 7 ans de travaux de travaux forcés par le tribunal de Marseille.
Dans sa notice biographique publiée par le Maitron on lit « Les policiers perquisitionnèrent le domicile des parents de Madeleine Castille à Bois-Colombes, ils saisissaient deux mille feuilles de papier blanc, et un foulard sur lequel était imprimé la faucille et le marteau. Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales sur la provenance du papier, il affirma l’avoir reçu d’un inconnu dans un café et l’avoir déposé à l’insu de la famille Castille dans leur cave, seul Pierre âgé de dix-sept ans en était informé. Les policiers malgré l’état de faiblesse de Raoul Bey ne le ménagèrent pas lors de l’interrogatoire. Il assuma son action « Je n’ignorais pas que ce papier blanc était destiné à la propagande communiste ». Raoul Bey fut déporté en février 1944 à Mauthausen où il mourut. Madeleine Castille fut déportée en mai 1944 à Ravensbrück, d’où elle fut libérée en mai 1945.

Si l’arrestation de Bernard Castille le 28 avril 1942 fait manifestement suite à une enquête de la Brigade spéciale des RG, elle coïncide également avec la vague d’arrestations qui vise des militants du Parti communiste clandestin ou considérés comme tels. Lire dans le site La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et le 28 juin, arrêtent 387 militants (avec le concours de la police parisienne), dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’interdiction du Parti communiste (le 26 septembre 1939) et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de Police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat allemand de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats allemands dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire allemand est blessé à Malakoff). Lire le témoignage de Claude Souef : La rafle des communistes du 28 avril 1942 à Paris. Les hommes arrêtés sont rapidement conduits au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré et gardé par la Wehrmacht (le Frontstalag 122).
Bernard Castille fait partie des 387 militants arrêtés ce 28 avril 1942.
Il est est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne, le même jour, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Bernard Castille est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Le 8 juillet 1942, il est immatriculé à Auschwitz. Le numéro « 45341 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible (ordre alphabétique et âge du déporté), ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.  Ce numéro ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz. Il ne saurait être validé que si un membre de sa famille, ami ou connaissance identifie le visage ci-dessus auquel correspond ce numéro matricule.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Bernard Castille meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 159).

Deux rescapés du convoi, Raymond Saint-Lary et Lucien Matte, ont témoigné de sa mort à Auschwitz.

Bernard Castille est homologué (GR 16 P 111423) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance .

 

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national, Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux (BS1).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2017, notice Daniel Grason.

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cettenotice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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