Marcel Dupuy © DR

Matricule « 45.512 » à Auschwitz

Marcel Dupuy : né en 1898 à Paris 4ème ; domicilié à Colombes (Seine) ; forgeron, ajusteur, dessinateur industriel ; communiste ;  arrêté le 16 octobre 1940, condamné à 4 mois de prison (Clairvaux) ; interné aux camps de Gaillon, Voves et Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 septembre 1942 

Marcel Augustin Dupuy est né le 25 avril 1898 à Paris (4ème), au 91, rue des Jardins Saint Paul. Il habite au 6, rue du Dr Roux à Colombes (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils de Marie Augustine Cherraud, 20 ans, sans profession et de Joseph Dupuy, 28 ans, employé, son époux.
Marcel Dupuy exerce en 1911 la profession de forgeron. Il sera par la suite ajusteur, puis dessinateur industriel (profession indiquée au camp de Gaillon).
Son registre militaire nous apprend qu’il mesure 1m 62, a les cheveux châtains, les yeux marrons, le front vertical, le nez rectiligne et le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il habite chez ses parents au 20, avenue Carnot à Champigny-sur-Marne (Seine / Val-de-Marne).
Il a un niveau d’instruction n° 2 pour l’armée (sait lire et compter).
Conscrit de la classe 1918, il est recensé dans le département de la Seine (matricule 4246). Il est mobilisé par anticipation en 1917, comme tous les
jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est affecté le 6 mai 1917 au 105ème régiment d’artillerie lourde. Il est blessé par éclat d’obus en service commandé à Sarcy (Marne) le 28 août 1918 lors de la seconde bataille de la Marne. Après l’armistice, il est envoyé avec le 230ème Régiment d’artillerie de campagne en occupation avec l’armée du Rhin du 24 octobre 1919 au 3 juin 1920. Il est démobilisé le 12 juin 1920, « certificat de bonne conduite accordé ».
En juin 1920, il habite à Brive (Corrèze) domicilié au 5, rue Bertrand Deborn, chez M. Lachaize.
Il épouse Berthe, Germaine Chassagnite le 30 juin 1921 à Tulle (Corrèze). Il est alors ajusteur à Brive. Née le 13 septembre 1900 à Ussel (Correze), elle habite rue des Récollets à Tulle.
En 1929, le couple habite 5, rue Eugène Süe à Paris 18ème. En 1933, Marcel Dupuy travaille comme dessinateur industriel à la Société d’emboutissage et de constructions mécaniques à Colombes, 171 quai de Valmy. Ce travail lui vaut d’être classé comme «affecté spécial» dans la réserve de l’Armée. En août 1934, il déménage à Colombes au 494 rue de Nanterre.
En mai 1939 il déménage au 6, rue du Docteur Emile Roux à Colombes. En octobre 1939, il est classé « affecté spécial » par l’armée, mobilisé sur son lieu de travail à Levallois-Perret à la Société d’emboutissage mécanique, travaillant pour l’aviation.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de
Nanterre et l’état-major  s’y  installe. La nuit du  14 au 15 juin, de nombreuses troupes allemandes arrivent à Nanterre et Colombes. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Arrêté pour « activité communiste » le 16 octobre 1940 à Colombes, par des agents du commissariat de Puteaux, Marcel Dupuy est « interrogé » violemment pendant deux jours. Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute), il est transféré à la Maison d’arrêt de la santé. Jugé le 18 octobre 1940 par la douzième chambre correctionnelle, il est condamné à 4 mois de prison  pour « propagande communiste », avec 27 autres militants communistes, dont  Emile Bouchacourt, René Jodon, Raoul Platiau.
A la date d’expiration normale de sa peine d’emprisonnement, le préfet de police de Paris, en application du décret du 18 novembre 1939 (1), fait
interner Marcel Dupuy à la maison d’arrêt de Clairvaux (Aube) le 20 janvier 1941. Lire dans le site La Maison centrale de Clairvaux .

Fiche des Renseignements généraux à Clairvaux

Sa fiche de renseignement à Clairvaux stipule « meneur dangereux. A été condamné le 18 octobre 1940 à 4 mois de prison pour propagande communiste« .

Liste d’internés de la Seine présents à Gaillon, le 31 octobre 1941

Il est ensuite transféré le 27 septembre 1941 comme interné administratif au camp de Gaillon, puis le 4 mai 1942 il est transféré au CSS de Voves au sein d’un groupe de 62 internés de Gaillon.
Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres « Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande ».
Le nom de Marcel Dupuy figure sur la liste des 28.  ­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la
Marseillaise comme ils l’ont fait pour leurs camarades partis le 10 mai. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Dupuy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera dé

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est désormais connu.
Il s’agit du matricule n° « 45512 ».

Le numéro « 45512 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Or, lors de l’immatriculation, une erreur de manipulation a entraîné une confusion.

Marcel Dupuy a reçu le numéro « 45512 » lors de la séance d’immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942

Deux photos différentes (2) portaient le numéro « 45511 » correspondant aux visages de Georges Dupressoir et Marcel Dupuy… où Marcel Dupuy portait deux matricules différents, le « 45551 » et le « 4512 ». La reconnaissance du visage de Marcel Dupuy par  comparaison avec une photo en civil permet désormais de lever la confusion.
L’erreur concernait Marcel Dupuy, «45512», ce qui permet par ailleurs de valider le numéro matricule de Georges Dupressoir.

Marcel Dupuy meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 246). 
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré « Mort pour la France » le 25 août 1947. 
Marcel Dupuy est homologué (GR 16 P 203064) au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance.

Sa veuve, remariée en 1949 avec Auguste Montfort, est décédée le 26 avril 1976 à Saint-Denis.

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre, qui 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense
    nationale ou la sécurité publique 
    ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. L’internement administratif est décidé par
    arrêté du préfet. Il est purgé par placement forcé dans un « camp d’hébergement ».
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Lettre de Robert Guérineau, ancien résistant qui a effectué des recherches dans les registres d’état civil de la mairie de Colombes.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Registre matricule militaire de la Seine. Matricule 4246, Liste principale, 4ème bureau.
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA 2374. 
  • Mail de © Michel Dupuy, petit cousin de Marcel Dupuy : dossier individuel du camp de Gaillon (archives de l’Eure).

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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