Paul Filoleau; né en 1905 Chantenay (Loire-Inférieure); domicilié à Nantes ; docker; Cgt, communiste ; arrêté le 23 juin 1941; interné à Compiègne ; déporté à Auschwitz où il meurt le 14 octobre 1942

Paul Filoleau est né le 30 janvier 1905 à Chantenay (Loire-Inférieure) et habite 7, rue Blanqui à Nantes Sainte-Anne, quartier de Pilleux au moment de son arrestation. Il est né  Parc de Grillaud en Saint-Clair, maison Pageot.
Il est le fils de Jeanne, Marie Stervinou, 33 ans, ménagère et de Jean-Baptiste,
Marie Filoleau, 39 ans, paveur, son époux. Il a une sœur aînée, Andrée née en 1903 et une cadette, Simone née en 1907.
Ses parents ont déménagé au 19, rue Blanqui à Chantenay.
En 1926, il vient habiter au 7, rue Auguste Blanqui (quartier du Pilleux-Sainte-Anne) à Chantenay, chez sa mère, et s’inscrit sur les listes électorales.
Le 9 août 1930 Paul Filoleau épouse Léonide Leneveu (1903-1976), à Nantes, section de Chantenay. Née le 16 décembre 1903 à Nantes, elle a 27 ans et après avoir travaillé comme domestique en 1923, elle travaille comme ouvrière d’usine.
Elle habitait au 2, rue Piron. Le couple emménage chez la mère de Paul Filoleau.

Ils vont habiter au 7, rue Auguste Blanqui jusqu’à l’arrestation d’Alphonse Filoleau.
Il travaille comme docker sur le port : « un homme costaud« , se souvient Gustave Raballand. Il milite à la cellule des dockers du Parti communiste de Nantes, ainsi qu’à la section syndicale CGT.

Nantes, juin 1940, véhicules d’officiers allemands devant la chapelle de l’Oratoire © D. Bloyet

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 19 juin Nantes est occupée et vit à l’heure de Berlin : le 21 juin 1940, horloges et montres sont avancées d’une heure. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Alphonse Filoleau est arrêté par la police allemande le 23 juin 1941 à son travail.
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Il est incarcéré à la prison du Champ de Mars à Nantes, puis transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 13 juillet 1941 en vue de sa déportation comme otage. Il y reçoit le matricule n° « 1264 ».

Le nom de Paul Filoleau est dans la liste des 17 otages nantais fusillables. Il est « Dockarbeiter » (docker)

Il est un otage « fusillable » : le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur une des 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), après l’attentat contre le train militaire 906 à Caen et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 /C.D.J.C).
Les noms de cinq militants d’autres départements, qui seront déportés à Auschwitz, figurent également sur ces 2 listes (André Flageollet, Jacques Hirtz, Alain Le Lay, René Pailolle, André Seigneur). 17 militants de Loire-Inférieure internés à Compiègne sont déclarés otages «fusillables ». 10 d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alphonse Braud, Eugène Charles, Victor Dieulesaint, Paul Filoleau, André Forget, Louis JouvinAndré Lermite, Antoine Molinié, Gustave Raballand, et Jean Raynaud.
Les sept autres internés déjà à Compiègne sont Maurice Briand (déporté à Sachsenhausen / décédé en 1943), Roger Gaborit (déporté à Buchenwald / rescapé), Jules Lambert (déporté par le convoi du 24 janvier 1944), François Lens (déporté à Sachsenhausen / décédé lors de l’évacuation en 1945), Jean-Baptiste Nau (déporté à Buchenwald où il décède), Raoul Roussel (mutilé de guerre). L’Abwehr-Angers confirme cette liste, dans un courrier du 19 mars 1942 (n° 6021/42 II C3).
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du site: La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Paul Filoleau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation.  

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » –  jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz I, il fait partie d’un Kommando chargé de réparer les voies ferrées selon Eugène Charles.
Paul Filoleau meurt à Birkenau le 14 octobre 1942 selon les registres du camp.
Dans les années d’après-guerre, l’état civil français, n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé la date de son décès au 15 septembre 1942.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué le 12 juillet 1949.

Sources

  • Témoignages d’Eugène Charles et Gustave Raballand, rescapés nantais du convoi.
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste des 17 otages nantais « fusillables » transmise par M. Louis Oury. 

Notice biographique réalisée en avril 2002, mise à jour pour l’exposition de 2009 de la FMD de Nantes, puis en 2018 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.