Emile Lehmann © Claudine Lehmann-Barbry
Emile Lehmann  © Aurélien Gachon
Emile Lehmann : né en 1895 à Paris 13ème ; domicilié à Colombes (Seine) ; paveur, ouvrier communal ; communiste ; arrêté le 26 juin 1941 ;  interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 21 septembre 1942.

Emile Lehmann est né le 18 janvier 1895 à Paris (13ème). Il habite au 15 bis rue Clara Lemoine à Colombes (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Emilie, Louise Pelletier, 32 ans, journalière (décédée le 16 janvier 1904) et de Charles, Jacques Lehmann, 50 ans, couvreur, son époux (décédé le 14 avril 1913).
« Cette branche des Lehmann est d’origine Alsacienne, de Ricquewihr et Mittelwihr dans le Haut-Rhin. Le père d’Emile est naturalisé Français le 05/09/1872 et quitte l’Alsace pour Paris, où il contractera trois unions (Marie Lacan en 1880, Emilie Louise Pelletier en 1894 et Elodie, Désirée Avenelle en 1911). Toute la fratrie est née en région parisienne, de la 2ème union entre 1885 et 1901. Emile Lehmann est le 5ème  d’une fratrie de 6 enfants (3 filles – 3 garçons) : Charlotte, 1885- 1925, Charlotte, 1896-1955, Charles, 1890-1900, Louise, née en 1892, Charles, 1901-1973 (1). Les trois derniers nés de cette seconde union, ont été abandonnés par le père après le décès de la mère, à l’Assistance publique de Paris et placés par cette dernière, comme cela était pratiqué à l’époque, dans des exploitations agricoles du centre de la France (Indre, près de Châteauroux ) in recherches généalogiques de Mme Claudine Lehmann.
Après un apprentissage, Émile Lehmann est embauché comme fumiste à la Compagnie générale de construction de fours (CGCF), rue de la Grange-aux-Belles à Montrouge (Seine).
Le 1er août 1914 la mobilisation générale est décrétée. Conscrit de la classe 1915, Emile Lehmann est mobilisé par anticipation en 1914, comme tous les conscrits de sa classe. Au moment du “conseil de révision” , il habite à Ardentes (Indre).
En septembre 1915, Émile Lehmann est incorporé au 4ème Régiment d’infanterie. Après 5 mois de classes, il est envoyé « aux armées » le 1er février 1916. Le 17 juin suivant, à la Haute Chevauchée (cote 285), il est déclaré malade pour bronchite « imputable aux opérations militaires du front. » Le 23 juillet 1917, il « passe » au 3ème Régiment d’infanterie. Le 18 octobre suivant, il est affecté comme élève mitrailleur à l’école de tir aérien de Cazeaux (ETAC) près d’Arcachon (Gironde). Le 2 janvier 1918, il « passe » à l’école d’aviation militaire du Crotoy (Somme), puis, le 2 mars, à Cernon. Le 23 avril, il retourne au 3ème Régiment d’infanterie. Le 14 septembre 1919, il est démobilisé « certificat de bonne conduite obtenu”. Il « se retire » au 16, passage National à Paris 13ème.
Il se marie le 6 mars 1919 à Moulins (Allier) avec Jeanne Merlin. Elle est née le 3 janvier 1895 à Châtel-Montagne (Allier). Elle décède le 29 janvier 1930 à Paris 20ème.

Marie Lehmann, née Faure © Aurélien Gachon

Il est père d’une fille, Eliane, née le 8 mars 1928 à Paris 10ème. Décédée le 2 janvier 2015 à Saint Pardoux la Rivière (Dordogne), elle est la fille de Léontine, Marie Faure qu’Emile Lehmann épouse en secondes noces à Colombes, le 28 novembre 1939. Elle est née le 2 mai 1906 à Saint-Pardoux-la-Rivière (Dordogne).

Il travaille d’abord comme fumiste à la Compagnie des Fours à Montrouge. Embauché comme « paveur auxiliaire » à la ville de Colombes le 5 octobre 1931, il est titularisé en 1937 (in Le Maitron).  Ouvrier communal à Colombes, « il adhéra au Parti communiste en 1936, lors de l’élection de la Municipalité à direction communiste » (Le Maitron).
Membre du Parti communiste à la cellule des communaux de Colombes, Emile Lehmann est également adhérent à la CGT avant 1939, puis dans l’illégalité.

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. La nuit du  14 au 15 juin, de nombreuses troupes allemandes arrivent à Nanterre et Colombes. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Selon son neveu, il refuse de partir en zone Sud où sa famille est installée en Dordogne à Saint-Pardoux la Rivière.

Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste © Pierre Cardon

Militant communiste connu des services de police, il est arrêté à son domicile le 26 juin 1941 (dossier de Brinon) pour « distribution de tracts ».

« Le commissaire de la circonscription de Colombes demanda son internement, sous le motif qu’il le soupçonnait d’être « un élément actif de la propagande clandestine communiste ». Le préfet de police le fit interner le 26 juin 1941, en application du décret-loi du 18 novembre 1939 « individu dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique » (Le Maitron) . La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Emile Lehmann : « Meneur particulièrement actif ».
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici à l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Emile Lehmann est interné parmi les premiers au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 27 juin 1941. il y reçoit le matricule n° 280. Bât. A2.
Ni son épouse, ni son neveu n’ont réussi à le voir à Compiègne : « Sa femme a tout juste pu l’entrapercevoir derrière l’enceinte, mais a été chassée par un soldat allemand » (témoignage de son neveu M. Pinallie, ami de Jean Pollo). En relisant les lettres adressées à son épouse, son arrière petit-fils note « Mon arrière grand père avait essayé comme combine pour rester à Compiègne de faire croire a de graves problèmes oculaires« . Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Depuis le train qui va l’emmener vers la déportation, il jette, comme beaucoup d’autres déportés de ce convoi, un message qui sera rapporté à son épouse : « je pars pour une destination inconnue« . Lire dans le site : les Lettres jetées du train.

Depuis le camp de Compiègne, Emile Lehmann est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Le portail d’entrée d’Auschwitz I

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942.
Le numéro « 46246 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain (voir l’avertissement précédant la liste alphabétique) correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Elle avait notamment pour objectif de faciliter l’identification des 524 photos anthropométriques de « 45000 » préservées de la destruction par des résistants du camp et retrouvées après la libération d’Auschwitz. Cependant, cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc imprudent d’attribuer ce numéro à Emile Lehmann en l’absence de nouvelles preuves.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Emile Lehmann meurt à Auschwitz le 21 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 705).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 6 mai 1994, paru au Journal Officiel du 21 juin 1994.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Il a été déclaré « Mort pour la France » (25 septembre 1950).

  • Charles Lehmann

    Note 1Son frère cadet Charles Lehman, né le 26/10/1901 est le père de madame Claudine Lehmann-Barbry (qui m’a communiqué photos et recherches généalogiques). II a été fait prisonnier au cours du conflit, mais est rentré en février 1946.

Sources

  • Communication téléphonique avec M. Pinallie, neveu d’Emile Lehmann (avril 1992).
  • Questionnaire rempli par la fille d’Emile Lehmann, Madame Éliane Gachon, en juin 1993.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Le Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier. Notice Daniel Grason.
  • Death Books from Auschwitz,Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  •  © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne de Paris.
  • © Porte d’entrée du camp principal / Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste
    des militants communistes internés le 26 juin 1941.
  • Mail d’Aurélien Gachon, son arrière petit-fils, le 1er janvier 2019 (envoi de précisions généalogiques et de deux photos).
  • Recherches généalogiques et photos de Charles et Emile Lehmann : Claudine et Serge Barbry.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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