Marcel Marty : né en 1901 à Bordeaux (Gironde) ; domicilié  à Asnières (Seine) ; mécanicien-ajusteur ; communiste ; arrêté le 26 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne  déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 4 novembre 1942.

Marcel Marty est né le 18 septembre 1901 à Bordeaux (Gironde). Il est domicilié au 105,  Quai d’Asnières (devenu quai du Docteur Dervaux à la Libération) à Asnières (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Charlotte, Henriette Forestier et de Pierre Georges Marty, mécanicien son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Bordeaux au moment du conseil de révision et travaille comme ajusteur-mécanicien. Il mesure 1m 62, a les cheveux blonds et les yeux gris, le front moyen, le nez petit, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter).
Conscrit de la classe 1921, il est ajourné pour « faiblesse » en 1921, et pour « insuffisance respiratoire » en 1922.
Marcel Marty épouse Odette Gravier, sans profession, le 19 septembre 1922 à Pessac (Gironde). Elle est née le 31 juillet 1902 à Mérignac (Gironde). Le couple aura deux enfants.

Il est appelé au service militaire le 11 mars 1923 et incorporé au 58ème Régiment d’infanterie en garnison en Avignon et Arles. Il est classé « soutien de famille » par l’armée en novembre 1923 et sera libéré le 7 mai 1924, « certificat de bonne conduite accordé » (il effectue 14 mois au lieu des 18 fixés par la Loi du 1er avril 1923). Il est affecté au 50ème RI , au titre du « plan A » en tant que réserviste de l’armée de Terre.
En octobre 1927, le couple habite au 3, impasse Descoin à Asnières.
En juillet 1930, ils ont déménagé au 13, rue Novion, et en octobre 1932 au 105, quai d’Asnières, jusqu’à la date de l’arrestation de Marcel Marty.
Il est inscrit sur les listes électorales d’Asnières en 1935.
Marcel Marty est mécanicien-ajusteur de profession, puis « régleur-rectificateur ». il travaille à la SA française Timlien à Asnières, est à ce titre « affecté spécial durée illimitée » en tant que réserviste de l’armée de Terre le 20 avril 1939, tableau III (en cas de conflit armé, il est mobilisé à son poste de travail).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Toute la banlieue parisienne est occupée les jours suivants. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Militant communiste connu de la Police, il est arrêté à son domicile le 26 juin 1941. Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (pour lui à l’hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Il est interné au Frontstalag 122 de Compiègne, le 28 juin 1941. Il y reçoit le matricule « 288 ».
Un rapport de police indique qu’il « n’y a pas été accepté » et qu’il a été transféré au camp de Rouillé, mais il s’agit certainement d’une erreur, qui a eu comme conséquence de faire figurer son nom sur la liste des internés de Rouillé à transférer à Compiègne le 22 mai 1942, liste raturée par la direction du camp de Rouillé pour y faire figurer le nom de son homonyme de Nanterre (voir dans sa biographie le registres raturé : Marty
Marcel, Ferdinand
).  Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Marty est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Entrée du camp d’Auschwitz

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro « 45852 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Marcel Marty meurt Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 785). Cette date de décès est consultable sur le site du Musée d’Auschwitz.

A la Libération, le ministère des Anciens combattants lui a attribué par erreur  une date de décès largement postérieure (18 juillet 1944), survenue dans un autre camp (Magdebourg). En effet, un homonyme, Marcel Marty né à Figeac est décédé en 1944 au camp de Falkensee.Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Marcel Marty. Il est déclaré « Mort pour la France » (23 octobre 1947). 

Son nom est inscrit sur le monument « A la mémoire des déportés, internés et résistants de la ville d’Asnières-sur-Seine – le 27 avril 2003« .

Sources

  • Archives du CDJC (XLI-42).
  • Etat civil d’Asnières.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • « Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz » (n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé René Richard.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Registres matricules militaires de Gironde.

Notice biographique (complétée en 2016, 2019 et 2021), réalisée initialement pour l’exposition sur les «45000» de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942, éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cettenotice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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