Jean Raynaud : né en 1906 à Saintes (Charente-Maritime) ; domicilié Cité Halvêque à Nantes au moment de son arrestation ; marié, deux enfants ; ajusteur ; communiste ; arrêté à l’été 1941 ; interné à Compiègne ; déporté et mort à Auschwitz le 25 août 1942

Jean Raynaud est né le 12 août 1906 à Saintes (Charente-Maritime), et habite Nantes, 34° rue, Cité Halvêque au moment de son arrestation.
Les cités aménagées après la première guerre mondiale, sont composées de « maisons ouvrières en bois, type Bessonneau, adopté dans les régions dévastées, pour permettre, vu la pénurie de logements, de loger dans le plus court délai possible une partie des ouvriers nécessaires à la Compagnie Générale de Construction de Locomotives, en vue de développer le rendement de ses usines. » (« collectif Batignoles », association de quartier des amis de l’Erdre à Nantes).
Il est le fils de Gabrielle Chagneau et de Jean Raynaud, mécanicien (Etat). A moment de sa naissance, la famille Raynaud habite au 1250 rue Saint-Palais à Saintes. Il a deux frères (Alexandre, né en 19895, Charles en 1897 et laure, en 1898).
Jean Raynaud travaille comme ajusteur à la Société des Batignolles de construction de locomotives.
Il est marié avec Andrée Chenaud, née en 1905 à Saintes.
Le couple a deux enfants (Michelle, née en 1927, et Claude, né en 1929 à Nantes. .

Nantes, juin 1940, véhicules d’officiers allemands devant la chapelle de l’Oratoire © D. Bloyet

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 19 juin Nantes est occupée et vit à l’heure de Berlin : le 21 juin 1940, horloges et montres sont avancées d’une heure. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Selon Gustave Raballand, il est responsable d’une section spéciale de l’OS (Organisation spéciale du Parti communiste) des Batignoles-Saint-Joseph.
Il est arrêté le 23 juin 1941 ou le 9 juillet 1941 selon différentes listes.
Une grande rafle commence le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.

 

Liste de l’Abwehr à la Kommandantur de Nantes datée du 19 mars 1942 et portant l’indication : « Gaullistes et communistes de Nantes »

Il est désormais un otage « fusillable » : le 20 avril 1942, son nom est inscrit sur unedes 2 listes de 36 et 20 otages envoyés par les services des districts militaires d’Angers et Dijon au Militärbefehlshaber in Frankreich (MbF), après l’attentat contre le train militaire 906 à Caen et suite au télégramme du MBF daté du 18/04/1942. Le Lieutenant-Général à Angers suggère de fusiller les otages dans l’ordre indiqué (extraits XLV-33 /C.D.J.C).
Les noms de cinq militants d’autres départements, qui seront déportés à Auschwitz, figurent également sur ces 2 listes (André Flageollet, Jacques Hirtz, Alain Le Lay, René Pailolle, André Seigneur).
17 militants de Loire-Inférieure internés à Compiègne sont déclarés otages «fusillables ». 10 d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alphonse Braud, Eugène Charles, Victor Dieulesaint, Paul Filoleau, André Forget, Louis JouvinAndré Lermite, Antoine Molinié, Gustave Raballand, et Jean Raynaud. Les sept autres internés déjà à Compiègne sont Maurice Briand (déporté à Sachsenhausen / décédé en 1943), Roger Gaborit (déporté à Buchenwald / rescapé), Jules Lambert (déporté par le convoi du 24 janvier 1944), François Lens (déporté à Sachsenhausen / décédé lors de l’évacuation en 1945), Jean-Baptiste Nau (déporté à Buchenwald où il décède), Raoul Roussel (mutilé de guerre). L’Abwehr-Angers confirme cette liste, dans un courrier du 19 mars 1942 (n° 6021/42 II C3).
S’il est arrêté le 9 juillet, Jean Raynaud est peut-être interné à Chateaubriant, puis remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122. Il y reçoit le matricule n°1250
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du site : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jean Raynaud est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Cf Article du site : Les wagons de la Déportation

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il meurt à Auschwitz le 25 août 1942 selon les registres du camp.

Sources

  • Témoignage d’Eugène Charles.
  • Liste de l’Abwehr à la Kommandantur de Nantes datée du 19 mars 1942 et portant l’indication : « Gaullistes et communistes de Nantes« . Jean Raynaud y figure avec le numéro « 1250 ».
  • Archives allemandes concernant le camp de Chateaubriant.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).

Notice biographique rédigée en avril 2002 (mise à jour en 2009 pour l’exposition de la FMD de Nantes – et en 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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