Signature d’Armand Bernheim lors de son mariage

Matricule « 46 268 » à Auschwitz

Armand Bernheim : né en 1896 à Seppois-le-Bas (Haut-Rhin) ; domicilié à Caen (Calvados) ; fleuriste ; au moment de son arrestation ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage Juif ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; décédé à Auschwitz-Birkenau le 15 août 1942. 

Armand Bernheim est né le 7 juin 1896 à Seppois-le-Bas (Haut-Rhin). Il habite au 50, rue Saint-Jean à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Léon Bernheim, né en 1860 ou 1861 à Seppois-le-Bas et Rosa (ou Rosalie) Brunschwig (1) .
Son père et ses oncles (David et Moïse) habitent au 24, Oberdorf à Seppois-le-Bas en 1866. Après la défaite de Sedan en 1870, le bourg de Seppois-le-Bas, est annexé par l’empire allemand. Il est devenu un poste frontière avec le territoire de Belfort, qui est resté territoire français (traité de Belfort de 1871). Armand Bernheim a une sœur ainée, Jeanne, née le 25 février 1894 à Seppois-le-Bas (elle est décédée en 1976 à Strasbourg). A une période inconnue (mais après 1897 compte tenu du lieu de naissance des enfants), les oncles et les parents d’Armand Bernheim ont quitté Seppois-le-Bas. L’oncle Moïse habite à Giromagny, la banlieue nord de Belfort, et son fils Jules, né en 1897 sera mobilisé dans l’armée française. Les parents d’Armand habitent à Foussemagne (territoire de Belfort à 18 km au sud est de Belfort) au 32, rue de Belfort, au moment de l’établissement de son registre matricule militaire (bourg où habitent de nombreux Brunschwig, patronyme de sa mère).
Conscrit de la classe 1916, on trouve le nom d’Armand Bernheim et son numéro d’enregistrement (N° 262) sur la liste des engagés volontaires à Caen. Mais sa fiche matricule semble avoir disparu des registres calvadosiens (demande effectué en 2016 auprès des archives du Calvados… et confirmation de la disparition de la fiche).  Au moment de l’établissement de son registre matricule militaire (matricule n° 2168, centre de recrutement de Mulhouse), il habite au 93, rue Saint-Jean à Caen.  

Le 23 octobre 1920, à Caen, il épouse Marie Faber, née le 15 juillet 1894 à Montbéliard (Doubs), domiciliée au 95, rue Saint-Jean où il est déclaré résident (Armand Bernheim est employé de commerce domicilié à Montbéliard). Elle est fleuriste, fille d’horticulteur). La commission de réforme militaire de Caen le classe en 1923 « Service Auxiliaire » pour « endocardite légère ». Il est alors affecté au 21ème Régiment d’infanterie dans le cadre de la réserve de l’Armée. En 1921, sa sœur Jeanne et son père, courtier, habitent à côté du quartier israélite de Foussemagne.
En 1931, il est fleuriste à Caen au 60, rue Saint-Jean (adresse citée dans un article de Ouest-Eclair à la suite d’un accident qu’il occasionne route de Falaise au volant de sa voiture. L’accident est causé selon la gendarmerie par une route défectueuse et mouillée et le croisement avec une voiture hippomobile. Parmi les passagers  de sa voiture figure un conseiller municipal à Ifs. Un conducteur de voiture à bras est gravement blessé dans l’accident.

A la déclaration de guerre, il « rappelé à l’activité militaire », et il arrive à son corps d’affectation le 2 septembre 1939, incorporé au 36ème Régiment régional DP. Le 19 mars 1940, il est classé « service armé » à sa demande  par la commission de réforme de Caen, alors qu’il a quelques problèmes médicaux (léger assourdissements des bruits et arythmie passagère) qui auraient pu le maintenir « service auxiliaire ». Il est affecté à la 4èmecompagnie du 26èmeRégiment régional.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 18 juin 1940, les troupes allemandes arrivant de Falaise occupent la ville de Caen, et toute la Basse Normandie le 19 juin. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.
Armand Bernheim est démobilisé par le centre démobilisateur de Vic-Fezensac (Gers) le 29 août 1940.

Le 3 octobre 1940, les Juifs de nationalité française perdent – par le décret du gouvernement de Vichy – leur statut de citoyens à part entière (obtenu le 21 septembre 1791).

A la suite de la première ordonnance allemande prescrivant le recensement des Juifs en zone occupée, un fichier des Juifs est établi dans chaque préfecture et un premier « Statut des Juifs » est édicté le 3 octobre 1940 par gouvernement de Vichy. Il est beaucoup plus draconien que l’ordonnance allemande (pour les Allemands, le Juif est défini par son appartenance à une religion, pour Vichy par son appartenance à une race). Les Juifs de nationalité française perdent, par ce décret du gouvernement de Vichy, leur statut de citoyens à part entière : à partir du 3 octobre 1940, la police française fait appliquer les ordonnances allemandes concernant l’obligation pour les Juifs de zone occupée d’avoir une carte d’identité portant la mention « Juif » : ils doivent se faire recenser dans les commissariats proches de leur domicile. Dans certains départements les préfets ont transmis à la commission nationale de révision des naturalisations des listes d’étrangers naturalisés (et parmi eux de nombreux Juifs). Cela n’a pas été le cas dans le Calvados pour les Juifs déportés le 6 juillet 1942. Seul Jacques Grynberg est dénaturalisé en mai 1944, mais directement au plan national, la commission n’ayant pas connu son parcours depuis le Bas-Rhin à Paris puis à Caen.

Son nom est cité dans deux correspondances datées des 25 et 27 février 1942, entre le SS-Obersturmführer Theodor Dannecker et le SS-Hauptsturmführer Heinrich Müller, relative à l’arrestation prévue d’hommes juifs dans les régions de la Manche et du Calvados, suivie d’une liste des Juifs concernés par la rafle prévue pour les mois à venir (note 2).

Liste des Juifs arrêtés dans la nuit du 1er mai sur l’indication des Autorités allemandes  et « remis » le 3 mai 1942 (document CDJC).

Il est arrêté le 2 mai 1942 par la police française, comme  otage Juif.

Armand Bernheim figure en effet sur la liste de 120 otages « communistes et Juifs » établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Lire le récit de Marcel Cimier, qui est dans la même cellule que lui la première nuit suivant leurs arrestation « Dans ma cellule nous étions quatre, j’étais avec trois juifs français, le docteur Pecker que je connaissais depuis longue date, un fleuriste de la rue Saint-Jean et dont je ne me souviens plus du nom et un contrôleur des indirects nommé Doktor…« .  L’arrestation de Marcel Cimier à Caen.

La maison centrale de Caen

Armand Bernheim est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen (dite également prison de Beaulieu), entassé avec d’autres Juifs de Caen et des militants communistes caennais arrêtés le même jour, au sous-sol dans des cellules exiguës.
A la demande des autorités allemandes (la Feldkommandantur 723) Armand Bernheim et ses codétenus sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés. Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Armand Bernheim y est interné le lendemain soir en vue de sa déportation comme otage.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Armand Bernheim est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 46 268 ». Aucune photo d’immatriculation à Auschwitz portant ce matricule n’a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz (il ne semble pas d’ailleurs que les 50 Juifs du convoi aient été photographiés).
Lire l’article : Les déportés juifs du convoi 

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Armand Bernheim meurt à Auschwitz le 15 août 1942 d’après les registres du camp.

Pour l’état civil en France, il est officiellement décédé à Auschwitz le 11 juillet 1942, soient les 5 jours inscrits par le ministère après le départ du convoi en cas d’incertitude concernant la date de décès. (JO 2008 p.03620-24).
Son nom est inscrit le « mur des noms » au Mémorial de la Shoah : dalle n° 9, colonne n° 3, rangée n° 3.

  • Note 1 : Peut-être née le 5 août 1870 à Durmenach (à 15 km de Seppois)
  • Note 2 : Dans sa lettre, le SS-Obersturmführer Dannecker demande la liste des détenus et souligne que les Juifs turcs, bulgares et hongrois ne peuvent pas encore être arrêtés. Il aimerait savoir par ailleurs où les épouses des hommes juifs arrêtés doivent être internées. Le SS-Hauptsturmführer Müller répond par une brève note et joint une liste de 34 Juifs domiciliés dans la région du Calvados et de la Manche. Il dit qu’il est prévu d’arrêter 100 hommes juifs âgés entre 18 et 65 ans aux alentours de Caen et qu’il est question de les interner. Le camp d’internement n’est pas mentionné, ni la date d’arrestation. La liste comprend également des femmes juives, des Juifs de nationalité française, roumaine, hongroise, polonaise et turque (fonds Gestapo / CDJC / Mémorial de la Shoah).

Sources

  • Recherches au CDJC (Claudine Cardon-Hamet).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Démarches auprès des archives de Caen, 2016.
  • Recherches généalogiques (état civil, recensements de 1911 à 1936 pour Caen, et 1866 pour Seppois-le-Bas, 1911 et 1921 pour Foussemagne, registres matricules militaires Calvados et Haut-Rhin) effectuées par Pierre Cardon.
  • Mémorial de la Shoah, mur des noms.

Notice biographique rédigée en janvier 2001, complétée en 2016, 2017 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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