signature d’Eugène Besnier lors de son mariage

Matricule « 45237 » à Auschwitz

Eugène Besnier : né en 1895 à Méry-Corbon (Calvados) ; domicilié  à Caen (Calvados) ; maçon ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; décédé à Auschwitz-Birkenau le 18 septembre 1942. 

Eugène Besnier est né le 4 avril 1895 à Méry-Corbon (Calvados). Il habite au 20, rue Ernest Manchon (Route de Rouen) à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Elisa Cingal, 22 ans, journalière et de Georges Besnier, 32 ans, journalier, son époux (le frère de Georges et la sœur d’Elisa ont épousé chacun le frère et la sœur de l’autre). Il a un frère ainé, Paul, né le 7 juin 1893 dans la même commune et Gaston, né le 25 mars 1905 à Caen (1), qui sera lui aussi déporté, mais en 1943.
Eugène Besnier travaille comme ouvrier maçon.
En 1914, il habite au n° 7, place de l’ancienne Halle à Caen. Il est maçon, lorsque, conscrit de la classe 1915, il signe un engagement volontaire pour quatre ans le 9 septembre 1914 à la Mairie de Caen.
Il arrive au 6ème Régiment du Génie. Il passera successivement aux 2ème et 5ème Génie. Il est blessé au pied par éclat d’obus à la butte de Tahure au cours de l’offensive de Champagne, le 25 septembre 1915. Il sort de l’hôpital le 11 janvier 1916 et retourne au Front. Devant Douaumont, il est à nouveau blessé au mollet gauche par éclat d’obus le 10 avril 1916. Hospitalisé, il rejoint son régiment le 13 mai 1916.  Il est à nouveau blessé par « éclat de bombe » (dans la région frontale) le 16 avril 1917 devant Troyon (Aisne). Evacué, il rejoint son régiment le 20 mai 1917.  Une nouvelle fois blessé le 20 mars 1918, il rejoint sa compagnie au bout d’une semaine, le 28 mars. Après l’Armistice, il est envoyé avec son régiment à Salonique (armée d’orient). Il en est rapatrié le 4 avril 1919. Après un court séjour à l’hôpital, il est finalement démobilisé le 9 septembre 1918.
En 1920 il habite à Barbery par Bretteville-sur-Laize, puis Place de la Reine Mathilde à Caen.

Ouest-Eclair du 12 février 1920

Le 9 février 1920, à Caen, il épouse Maria, Louise Le Vannier, née à Ferrières-en-Bray (Eure), faubourg de Gournat, le 9 octobre 1891.  Mécanicienne, elle habite rue de Branville (quartier Vaucelles).
Le couple s’installe alors en août à Caen, au 136, route de Blainville.
Ils auront deux enfants : Bernard, Gustave, né le 4 août 1922 à Blérancourt (Aisne), décédé en 1977, et Marie Thérèse, née le 21 janvier 1924 à Caen, décédée en 1984.
Il déménagent à nouveau en novembre pour le 44, rue de Vaucelles à Caen. En 1922, ils habitent dans la région de Laon, à Saint Aubin. En juillet 1929, le couple est revenu à Caen et habite au 20, rue Ernest Manchon. Ils y habiteront jusqu’à l’arrestation d’Eugène Besnier. En 1936, celui-ci est au chômage (registres du recensement). Son épouse est sans profession. Eugène Besnier est « rappelé aux Armées » le 21 mars 1940 et mobilisé le même jour au dépôt d’artillerie 303 stationné à Vernon (Eure).

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 18 juin 1940, les troupes allemandes arrivant de Falaise occupent la ville de Caen, et toute la Basse Normandie le 19 juin. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.  Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les anciens élus ou militants communistes « notoires », et procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine.

Après l’entrée des Allemands à Caen, il est arrêté une première fois à son domicile en mars 1942, incarcéré à Caen et libéré 2 jours après. Selon le site Généanet, il est « arrêté une première fois en janvier 1941 par la police française et condamné à quatre
mois de prison
 en raison… ». En fait il s’agit d’une confusion avec son homonyme, le jeune Joseph Besnier.

Il est à nouveau arrêté (1), par la police française, dans la nuit du 1er au 2 mai 1942.  Il figure en effet sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes : leur arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants.  Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Il est emmené de nuit à la Maison centrale de la Maladrerie de Caen, entassé avec d’autres militants et son frère arrêtés le même soir, au sous-sol dans des cellules exiguës. A la demande des autorités allemandes (la Feldkommandantur 723), Eugène Besnier et ses codétenus sont conduits en autocars le 3 mai au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés, mais déportés.  Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage d’André Montagne). Eugène Besnier et son frère y sont internés le lendemain soir en vue de leur  déportation comme otages.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Eugène Besnier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Dessin de Franz Reisz, 1946

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.237 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Il entre le 27 août 1942 à l’infirmerie d’Auschwitz. Eugène Besnier meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Sterbebüchervon Auschwitz / livre des morts) Tome 2 page 82). Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. 

Arrestation de trois militants nommés Besnier.

Note 1 Dans le livre « De Caen à Auschwitz« , la notice biographique concernant Eugène Besnier il est fait mention de « deux frères Besnier dans le convoi du 6 juillet 1942 » (page 127). Trois Calvadosiens portant le nom de Besnier ont bien été arrêtés dans la nuit du premier au 2 mai 1942 et tous trois ont été déportés.
Si deux Besnier sont bien déportés dans le convoi des « 45.000 », il s’agit d’Eugène Besnier et de Joseph Besnier qui ne sont pas frères.
Par contre le troisième calvadosien, Gaston Besnier, né le 25 mars 1905 à Caen, domicilié 6, rue de Vaugueux à Caen, est le frère cadet d’Eugène Besnier. Ancien métallo, il est arrêté en même temps que son frère, mais il est déporté par le convoi du 24 janvier 1943 depuis Compiègne. Il est décédé en janvier 1945 à Sachsenhausen.

Sources

  • Archives en ligne du Calvados, registres matricules militaires.
  • Fiche FNDIRP remplie par sa veuve, Maria (N° 5473).
  • Fiche CAL (Jean Quellien) février 1992.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), ministère de la Défense, Caen, déc. 1992.
  • © Archives en ligne du Calvados, acte de naissance et registre matricule militaire.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Marie de Trun (acte de naissance de Joseph Besnier, qui nous permet de savoir que Joseph et Eugène ne sont pas frères), remerciements à Madame Aurélie Lobry.
  • Recherches généalogiques (état civil, recensement, articles de presse) effectuées par Pierre Cardon

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (modifiée en 2015, 2017 et 2020) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive, Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

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