Marcel Cimier, après son retour des camps

Matricule « 45.371 » à Auschwitz

Rescapé

Marcel Cimier : né en 1916 à Caen (Calvados), où il habite ; zingueur, mécanicien ; Communiste ; arrêté en août 1941, puis le 1er mai 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 ;  Auschwitz, Gross-Rosen, Nordhausen, Dora, Neunengamme, Hambourg, baie de Lübeck ; rescapé ; décédé le 11 octobre 1962.

Marcel Cimier est né le 14 septembre 1916 à Caen (Calvados), il habite au 13, rue Gémare au moment de son arrestation. Il a un frère, Arsène, qui habite Angers. Il est le fils de Marie Colinet, née le 8 octobre 1869 à Bazec en Belgique et de Jean, René Cimier, chauffeur, né le 10 mai 1875 à Saint-Martin du Fouilloux, Maine-et-Loire, qui le reconnaît lors de son mariage avec sa mère, le 6 mai 1918 à Caen. Sa mère habite au 15, rue du Marais à Caen.
En janvier 1932, la famille habite rue des Bons-Enfants à Caen.
Son père victime d’un accident à l’usine à gaz de Caen décède le 26 janvier 1932. Sa mère, victime d’un accident de la route à Fleury-sur-Orne, meurt le 18 mai 1934.
Le fils de Marcel Cimier, Jean-Claude écrit (page 27 in « de Caen à Auschwitz ») : Il était orphelin à 17 ans : son père a été ébouillanté dans une cuve à l’usine à gaz de Caen. Sa mère a été écrasée route d’Harcourt à Fleury-sur-Orne.
Orphelin à 17 ans, il s’engage dans l’armée : « la vie est dure en 1933 » écrit-il. Il se retrouve sous les drapeaux au Maroc. Mais au bout de cinq mois, il réussit à résilier son engagement et revient à Caen.

« Au lido » sur l’Orne (Ouest-France)

En 1936, il n’habite plus rue des Bons enfants.
« C’était un grand sportif et il faisait partie de « l’Avant-garde caennaise ».
Bon nageur, il allait chez Eugène Maës (ce résistant a été arrêté par la suite (1), au bord de l’Orne et plongeait de belle manière
».

Il travaille alors comme mécanicien. En 1937, il habite au 14, rue de Geôle à Caen (Le Moniteur du Calvados du 18 mars 1937, qui fait état d’une condamnation à deux mois de prison pour rébellion à agents).

Marcel Cimier devant le champ de courses de Caen

Il fait la connaissance d’Yvonne, Simone, Marie, maman d’une petite fille. Agée de 29 ans, elle est veuve de Ludovic Potey, décédé le 21 juin 1935.

 

Le moniteur du Calvados 5 septembre 1939

Ils se marient à Caen le 16 septembre 1939 et auront deux autres enfants (un garçon, Jean-Claude, et une fille qui a trois mois et demi au moment de son arrestation).  Ils habitent au 13, rue Gémare.
Marcel Cimier a quitté la mécanique pour le bâtiment et travaille comme plombier-zingueur chez Monsieur Maire (boulevard Lyautey) selon la Préfecture, et Monsieur Marie (selon Marcel Cimier, dans les « Incompris »).

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 18 juin 1940, les
troupes de la Wehrmacht arrivant de Falaise occupent la ville de Caen, et toute la Basse Normandie le 19 juin. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut
nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.  Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les anciens élus ou militants communistes « notoires », et procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine.
Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les syndicalistes, anciens élus ou militants communistes « notoires » et a procédé à des perquisitions et des arrestations (62 domiciles de militants sont  perquisitionnés, dont ceux de 10 cheminots, et 18 arrestations sont effectuées). Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine.
Membre du Parti communiste, il a continué à militer depuis l’Occupation « diffusion de tracts et journaux clandestins, sabotage installation allemande, camouflage d’armes » selon son témoignage.
Il est arrêté une première fois en août ou septembre 1941 : selon les archives de la d
élégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés (dite archives de Brinon, du nom du représentant de Vichy auprès du Haut-Commandement allemand), délégation vraisemblablement sollicitée par son épouse au moment de l’arrestation pour une intervention auprès des allemands, il est « condamné à 1 mois de prison par la Feldkommandantur 723 de Caen le 26/09/1941« , mention rédigée après enquête.

Liste des communistes arrêtés sur demande de la FK 723

Il est arrêté, le 1er mai 1942, à onze heures quarante cinq à son domicile, par la police française. Il figure sur la liste de 120 otages «communistes et Juifs» établie par les autorités allemandes. Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril à la caserne du 43ème régiment d’artillerie de Caen occupé par la Werhmarcht. 28 communistes sont fusillés en deux groupes les 9 et 12 mai, au Mont Valérien et à Caen. Le 9 mai trois détenus de la maison centrale et des hommes condamnés le 1er mai pour « propagande gaulliste » sont passés par les armes à la caserne du 43ème RI.
Le 14 mai, 11 nouveaux communistes sont fusillés à Caen.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).
Parmi les autres otages arrêtés dans le département se trouve aussi son neveu, Roger Pourvendier.
Lire dans le site le récit qu’il a fait de son arrestation et des jours précédant le départ pour Compiègne. L’arrestation de Marcel Cimier à Caen.

Un extrait de ce récit « il était onze heures et demie du soir, lorsque j’entendis frapper fortement à ma porte. Ma femme inquiète me dit : « Va voir« . Mascotte, une superbe groenendael, était à l’affût, prête à bondir sur le premier qui allait pénétrer ; aussi, après l’avoir solidement prise à son collier, j’ouvris. Aussitôt un agent suivi d’un deuxième firent irruption dans la pièce et me demandèrent sur un ton peu aimable : – C’est toi Cimier ? – Moi-même, leur répondis-je. Et après avoir mis ma chienne en sûreté, je m’habillais car j’avais compris, surtout lorsque je vis derrière la porte restée entrouverte se tenait une sentinelle allemande, baïonnette au canon. Ma femme voulait savoir. Elle aussi commençait à comprendre, aussi les agents passèrent-ils dans la chambre et lui dirent que le grand patron voulait avoir un petit renseignement de ma part et que dans un quart d’heure, je serais de retour, mais ils ne la méprirent pas, car on ne venait pas à pareille heure chercher des gens pour de simples bagatelles. Aussi, après avoir embrassé mes trois enfants dont la plus jeune n’avait que trois mois et demi, je m’approchais de ma femme et je lui dis de faire bien attention aux enfants et d’avoir confiance et courage. Elle avait le visage inondé de larmes et ne voulait pas me lâcher la main qu’elle m’avait prise. Ce fut pour moi le moment
le plus dur de ma vie, c’est sur cette vision que plus tard dans les bagnes nazis je fis cette chanson : « 
Oh ! que de rêves insensés. Que je subis ici chérie. Ne retrouverai-je que ruines. De mes amours, de mes pensées. Je revois mon logis Comme je l’ai quitté. Ma femme, mes enfants Tous pleurant. Je te vois, toi chérie Dans notre grand lit Me serrer la main et gémir. Mes pensées sont ici, toutes concentrées. Dans cette vision de 1er mai. Pour vous seuls mes amours. J’écris ce sombre jour. La réalité du passé ».
D’abord incarcéré à la Centrale de Baulieu, Marcel Cimier est transféré au Palais de Justice de Caen où un commissaire de Police leur fait un chantage au peloton d’exécution. Puis ils sont emmenés au Lycée Malherbe, à nouveau interrogés. Ils sont enfin emmenés par cars à la Gare de petite vitesse de Caen et de là transférés au Frontstalag 122 à Compiègne, à la demande des autorités allemandes. Celles-ci les internent au camp allemand de Royallieu, le 4 mai, en vue de leur déportation comme otages.
Marcel Cimier a écrit quatre pages dactylographiées sur le camp de Compiègne dans les « incompris », dont un récit sur l’évasion des 19 et le bombardement du camp. 
« Les recherches pour les retrouver restèrent vaines. Aussi les allemands pleine nuit, il était à peu près une heure du matin, tout le monde dormait, nous fumes littéralement arrachés, soulevés de notre lit par une série d’explosions ». De ce bombardement attribué par la presse locale collaborationniste à la RAF il écrit «  mais aucun de nos camarades ne se méprit sur l’auteur de cet attentat criminel. Les allemands devaient être furieux d’avoir raté leur coup ! « .

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marcel Cimier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45371 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

 

Marcel Cimier fait partie des 10 déportés caennais qui retournent au camp principal. Avec son neveu Roger Pourvendier, Léon Bigot, et Etienne Cardin il est affecté au block 17 A et comme mécanicien au garage auto du personnel SS « Là nous avions une soupe améliorée et un travail peu fatigant » écrit Marcel Cimier. Mais ils en sont bientôt éjectés (ils ne parlent pas allemand et le
Kapo polonais les remplace par des compatriotes nouvellement arrivés).

Les sélections : témoignage de Marcel Cimier

Lire dans le site son récit concernant janvier 1943 : Les sélections : témoignage de Marcel Cimier , récit de leur passage devant le médecin major SS qui procède aux sélections pour la chambre à gaz, sélection «du côté gauche» qui les épargne (provisoirement pour Raymond Langlois) et leur évasion lors d’une deuxième sélection.

Marcel Cimier, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin
1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le site :
Le
droit d’écrire pour les détenus politiques français
.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11.
Au Block 11, il est dans la même chambrée que Roger Pourvendier et deux autres caennais, Eugène Baudoin et Maurice Legal.
Au début d’octobre 1943, son neveu Roger Pourvendier et un autre « 45000 » sont hospitalisés : ils ont contracté la malaria : « Mon neveu depuis une huitaine de jours avait de fortes fièvres et trempait de sueur toutes ses couvertures, mais comme jamais il n’avait été hospitalisé, celui lui coûtait beaucoup. Il lui fallut néanmoins se résoudre à y aller. Au bout de trois semaines, il revint parmi nous. Il n’avait plus de crise. C’était le principal » (Marcel Cimier, p.44). 

L’itinéraire de Marcel Cimier : Caen, Compiègne, Auschwitz, Gross Rosen, Nordhausen, Dora, Neunengamme, Hambourg, baie de Lübeck, Malmö, Copenhague, Bruxelles, Paris, Angers

Alors qu’ils sont encore en quarantaine, vers le 20 novembre 1943, le commandant du camp fit faire le recensement de ceux qui avaient été atteints de malaria, aussi mon neveu et Zanzi furent tirés de notre Block et envoyés en transport à Lublin. Notre séparation restera toujours
gravée dans ma mémoire. Tout d’abord mon neveu s’adressa à tous les camarades de la chambrée et leur dit « adieu, je vais à la mort ». Il
disait la vérité, car le 25 janvier 1944 il tombait, seul. Zanzi revint de ce triste camp et c’est de lui que j’eus la date précise de sa mort. J’avais réussi – alors que mon neveu était dans le transport qui devait l’emmener à sa triste fin – à sortir du Block de quarantaine et à aller le voir. Lorsqu’il m’aperçut, il me dit : « Marcel, j’ai oublié la photo de ma femme et de ma fille sous ma paillasse, fais ton possible pour aller me la chercher ». Aussitôt je m’exécutais et quelques instants après il était en possession de sa chère photo et de sa pipe (…). Puis vint le moment où je dus le quitter. Nous nous embrassâmes. Il avait les larmes aux yeux. Il me fit son dernier adieu en me disant « Nous ne nous reverrons plus mon vieux Marcel, mais toi tu reviendras en France, tu
diras à ma femme que ma dernière pensée aura été vers Elle et pour ma petite fille Monique. Tu lui diras d’élever ma petite Monique dans la haine des Allemands et de lui parler souvent de son papa». Et ce fut la séparation ». 
Marcel Cimier ajoute (p. 45)
« Oui Roger, j’ai rapporté tes paroles en France et à ta femme (ma nièce). Je les avais écrites à seule fin qu’elles restent plus longtemps gravées.
D’Auschwitz, Marcel Cimier est transféré le 7 septembre 1944 à Gross-Rosen (matricule 40987, témoignage de Johann Beckmann, Vorarbeiter, qui a gardé les listes d’appel), puis à Nordhausen (Dora-Millelbau), le 15 février 1945.
Au cours de ces transferts, Marius Zanzi lui apprend le décès de son neveu Roger Pourvendier.  

Le naufrage du « Cap Arcona »

Il est amené en train à Neuengamme, puis évacué à pied vers la mer Baltique et, à Lubeck, embarque sur un navire-prison « l’Elzenat ». Il est témoin du bombardement et du naufrage du « Cap Arcona » depuis « l’Elzenat ».

Il est échangé le 29 avril avec 299 autres détenus contre des médicaments fournis par la Croix-Rouge. Lire dans le blog , « les itinéraires suivis par les survivants ».

Il est rapatrié par Malmö (Suède), Copenhague (Dannemark), Bruxelles (Belgique). Sa carte de rapatrié porte le numéro 1.337.001. Après Paris, il rejoint Angers où habite son frère.
C’est à partir de 1957-1958 que Marcel Cimier commence à rédiger le récit de sa déportation. Il avait rapporté quelques notes et papiers qui lui ont permis de préciser ses souvenirs.
Le titre que Marcel Cimier donne à son cahier «Les incompris» est révélateur de la difficulté qu’éprouvèrent les déportés rentrés à faire comprendre toute l’horreur de ce qu’ils avaient vécu.
Les archives du Calvados ont publié ses souvenirs dans les «Cahiers de Mémoire : Déportés du Calvados ».

Marcel Cimier est mort d’une tuberculose, le 11 octobre 1962, à l’hôpital Clémenceau de Caen. Il avait 46 ans.

Jean-Claude Cimier (de dos) dévoile la plaque en l’honneur de son père © Ouest-France.

Une plaque de rue en son honneur a été inaugurée en présence de son fils, le 3 mai 2014 dans le quartier du Bois Joli. Voici le récit qu’il en a fait dans « Ouest France » du 5 mai 2014.
« Je suis très fier qu’une rue de Caen porte aujourd’hui le nom de mon
père, ici, dans le quartier du Clos-Joli. » La gorge serrée par l’émotion,
Jean-Claude Cimier rend un court mais émouvant hommage à son père. Dix ans
après sa première demande formulée à la municipalité de Caen, une rue porte
enfin son nom. 
Âgé de 74 ans, Jean-Claude Cimier a peu de souvenirs de l’arrestation de son père. « Mon seul souvenir, c’est d’être parti dans la foulée avec ma mère et ma sœur chez mon oncle, à Angers». Trois longues années passent. En mai 1945, quelqu’un frappe à la porte. « Mon père était de retour. Il est arrivé avec deux grandes valises remplies de bonbons ! Mais j’ai eu dû mal à le reconnaître, après une si longue absence. Je ne l’avais vu que sur des photos. » De retour à Caen, « dans un baraquement américain situé au Chemin-Vert », le retour à la vie normale ne se passe pas comme prévu. « Mon père était très dur avec ma sœur et moi. Mais encore plus avec ma mère. » Certaines nuits,
Marcel Cimier « se levait sans savoir où il était ». Encore petit garçon, Jean-Claude Cimier ne comprend pas trop son comportement. «
Il nous parlait très peu des camps, sauf quand des amis venaient à la maison. » 

Le fils, devenu jeune adulte, comprend enfin l’histoire de son père à
travers ses mémoires. Marcel publie Les Incompris, en 1957. « En
lisant son vécu dans les camps, j’ai compris beaucoup de choses sur ce qui se passait à la maison », avoue-t-il.
Marcel Cimier meurt cinq ans plus tard de la tuberculose, à l’âge de 46 ans. 
Avec ses quatre enfants, Jean-Claude garde une certaine pudeur à parler de son paternel.
Tout juste livre-t-il des anecdotes. « Petit, je faisais du vélo à un bon niveau. Mon père m’accompagnait pendant les courses. Quand je terminais premier, il était très fier de moi ! ». Tout comme l’est aujourd’hui le fils, avec l’inauguration de la nouvelle rue du Clos-Joli. « J’ai 74 ans, je ne serais pas éternel. Cette rue, c’est aussi un moyen d’entretenir la mémoire de tous les déportés
. »

  • Note 1 : Eugène Maës, né le 15 septembre 1890 à Paris et mort le 30 mars 1945 à Ellrich (Allemagne). Sur la vie de ce grand footballeur caennais, propriétaire de la piscine-guinguette « Au Lido », voir : https://www.cairn.info/revue-annales-de-normandie-2017-2-page-143.htm

Sources

  • Plusieurs témoignages de déportés caennais qui l’ont connu. Emmanuel Michel et David Badache ont attesté de son comportement courageux (Fiches de renseignements de la FNDIRP).
  • Mairie de Caen : 11 mars 1994.
  • Photo après son retour : collection de son fils, Jean-Claude Cimier
  • Cahier de Marcel Cimier. « Les incompris » (83 pages dactylographiées).
  • «Cahiers de mémoire : Déportés du Calvados », 1995. Pages 81 à 115. Carte de l’itinéraire de Marcel Cimier p. 86. Extraits du Cahier rédigé à partir de 1957-1958 par Marcel Cimier (page 96 à 98). Ouvrage publié par le Conseil général du Calvados (direction des archives départementales). Les extraits publiés dans mon ouvrage «Mille otages pour Auschwitz» pages 268 et 269 sont légèrement différents, tirés du manuscrit lui-même.
  • Témoignage de son fils Jean-Claude, in « De Caen à Auschwitz » collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive ».
  • Recherches généalogiques (acte de naissance 1916 et acte de décès, mariage 1918 et 1939, recensements 1931 et 1936, registres matricules père à Angers, articles de presse) effectuées par Pierre Cardon.

Notice biographique (modifiée en 2014, 2017, 2019 et 2021) rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association Mémoire Vive. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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