René Jacky : né en 1894 au Havre (Seine-Inférieure) ; domicilié à Nanterre (Seine) ; comptable, employé SNCF ; militant CGT et sympathisant communiste ; arrêté le 26 juin 1941 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 23 août 1942.

René, César Jacky est né le 13 novembre 1894 au Havre (Seine Inférieure / Seine Maritime).
Il habite au 21, avenue Henri Martin à Nanterre (ancien département de la Seine) au moment de son arrestation.
René Jacky est le fils de Marie, Eléonore Ozennes, 30 ans, sans profession et de Georges, Frédéric Jacky,
30 ans, cheminot, son époux. Ses parents habitent au 106, rue Casimir Delavigne, au Havre.
Il a un frère cadet, Charles (1898-1968).
Conscrit de la classe 1914, il est incorporé au 46è d’Infanterie le 18 décembre de cette année. Il « passe » en mars 1915 au 142è RI où est nommé caporal en octobre 1915. Il est cité à l’ordre de la Brigade le 10 octobre 1915 : « employé comme agent de liaison auprès du commandant de la compagnie, a toujours fait preuve d’entrain, de bravoure dans l’accomplissement des missions qui lui ont été confiées dans des circonstances très difficiles ».
René Jacky est fait prisonnier le 23 mars 1918 à Chauny (offensive allemande, dite « la bataille de l’empereur »). Il est en captivité au camp de Giesen (Hesse, au nord de Frankfurt am Main) où il retrouve plusieurs Havrais du régiment des « ratapoils » (le 129è). Il est rapatrié le 21 décembre 1918. En permission le 26. Il « passe » à ce même 129è RI, où est nommé sergent le 1er mai 1919.

Il est décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze. En 1919, il est revenu habiter au Havre, avec sa mère (père disparu) au 106, rue Casimir Delavigne. Il est comptable.

René Jacky épouse Renée, Augustine Morcq le 23 août 1919 à Paris 11è. Employée de commerce, elle est née le 18 juin 1900 à Paris 2è. Elle habite chez ses parents au 128, rue du Chemin vert à Paris 11è (elle est décédée le 20/12/1989 à Noisy-le-Grand – 93).
Le couple a deux enfants :  André, né le 17 juin 1923 à  Paris 11è (il est décédé à Nanterre, le19 janvier 2012), et Monique, qui naît le 10 juillet 1940 (elle est décédée en 2014).
En août 1927, René Jacky est « facteur de matériel » aux ateliers des chemins de fer de l’Etat de la Garenne-Bezons.
En 1933, la famille habite au 4, rue Henri Martin à Nanterre, date à laquelle, il s’inscrit sur les listes électorales de la ville.

Les points rouges indiquent les noms des futurs déportés du 6 juillet 1942

Sympathisant communiste et syndiqué à la CGT, il est présenté par le Parti communistes aux premier tour des élections municipales, le 5 mai 1935 sur la liste dirigée par Pierre Brandy et Raymond Barbet à Nanterre.
« Le scrutin de ballottage se déroule le 12 mai 1935. Deux listes principales restent en présence. Une liste d’Unité d’action antifasciste qui réunit treize communistes, sept sympathisants et dix socialistes. La liste du maire sortant, rejointe par quelques socialistes, et dont la seule profession de foi est de «faire barrage aux bolchéviques». Le choix des électeurs se porte à 51 % sur la liste d’unité antifasciste. La liste du maire sortant obtient 47,46 % des voix, reçues essentiellement dans les trois bureaux de vote du quartier du centre » (Les élections municipales à Nanterre en 1935. Robert Cornaille, Société d’Histoire de Nanterre, p 47).
René Jacky est élu au deuxième tour le 12 mai 1935 avec 4134 voix. Il est membre du collectif des cheminots, avenue Henri Martin.

Il est délégué sénatorial en 1935 et 1938, comme son camarade André Doucet (c’est-à-dire qu’il est un grand électeur pour les élections sénatoriale, désigné parle conseil municipal).
Après la création de la SNCF, il est employé SNCF au dépôt de la Folie à Nanterre.
Au moment de l’interdiction du Parti communiste (26 septembre 1939), René Jacky refuse de se désolidariser du Parti communiste. Il est – comme 23 élus communistes ou apparentés de Nanterre – déchu de son mandat le 29 février 1940 par le conseil de Préfecture pour appartenance au Parti communiste.

Soldats allemands à Nanterre

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. La nuit du  14 au 15 juin, de nombreuses troupes allemandes arrivent à Nanterre et sans s’adresser à la municipalité, occupent maisons et villas de plusieurs quartiers. En ce début de l’été 1940,  l’effectif  des  troupes  d’occupation à Nanterre s’élève par moments à 3500 hommes et près de deux cents officiers.
Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

René Jacky est arrêté le 26 juin 1941 à son domicile par des policiers français. La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour René Jacky : « Meneur particulièrement actif ». Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes.

Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste. Pierre Cardon

En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union
soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus
de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police
française.
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le
régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés en vue de leur
déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de
Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Jacky est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942.
Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45 157 » et « 46 326 », d’où le nom de « convoi des 45 000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité.
Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « 45680 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce
numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à AuschwitzSeule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
René Jacky meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Sterbebücher von Auschwitz, Tome 2 page 491 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il a été déclaré « Mort pour la France » (15 octobre 1948).
(J.O du 20/07/1949.
Il a été homologué Adjudant à titre posthume au titre de la Résistance Intérieure Française (prise de rang au 1er juin 1941).

Son acte de naissance porte la mention « Mort au camp de Compiègne, le 6 juillet 1942 » comme date de décès : dans l’ignorance des dates précises, les services français d’Etat Civil ou les ACVG (pour établir les pensions aux familles), ont souvent fixé des dates fictives dans les années qui ont suivi la guerre (le jour du départ, le 1° du mois, le 15, le 30, le 31).
Une mention marginale a été rajoutée, portant la date du 23 août 1942.

Sources

  • Liste des déportés politiques (archives de la mairie de Nanterre).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 31, page 95 (notice de Claude Pennetier).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
  • Société d’Histoire de Nanterre : « Nanterre 1939-1945 » article de Marianne Pastor-Andréucci. Soldats allemands à Nanterre, photo page 6.

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Nanterre.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique.
Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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