Arromanches

Matricule « 45.803 » à Auschwitz

Gilbert Longuet : né en 1904, à Arromanches-les-bains (Calvados) où il habite ; boulanger ; communiste ; arrêté le 1er mai 1942 comme otage communiste ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt. 

Gilbert, Joseph, Georges Longuet est né le 23 septembre 1904, à Arromanches-les-bains (Calvados) où il habite, 1, avenue de la Gare, au moment de son arrestation. Il est boulanger.
Il est le fils de Cécile, Alexandrine Coueffin, 26 ans, boulangère (elle est née en 1898 à Villers-Boccage / Calvados). Elle est veuve et se remarie avec Eugène, Marcel Longuet, 23 ans, boulanger (né le 13 août 1881 à Andrieu/14, il décèdera en 1949). Le mariage a lieu le 26 avril 1904 à Arromanches.  Les époux habitent rue du Louvre à Bayeux, puis à partir d’août 1904, déménagent à Arromanches. Gilbert Longuet a deux sœurs cadettes : Thérèse (1906-1898) et Marie (1911-2005).
Sa mère décède le 7 août 1919 : il a 15 ans. Son père se remarie en juillet 1920 avec Germaine Leclosmesnil. Gilbert Longuet aura une demi-sœur, Solange, qui naît en 1921.

Le 20 novembre 1930, Gilbert Longuet épouse Simone, Suzanne Pilo à Juvisy-sur-Orge (Oise / Essonne). Elle est née le 3 août 1903 à Juvisy – décédée le 30  août 1978 à Beaumont (Val-d’Oise). Elle est comptable. En 1931, le couple habite avenue Hoche à Juvisy, chez ses beaux-parents, Marguerite et Lucien Pilo.
En septembre 1933, le couple est revenu à Arromanches (son nom Longuet Gilbert, boulanger, est mentionné dans Ouest-Eclair pour un banal fait divers du 10 septembre 1933). Gilbert Longuet y exerce la profession de boulanger, comme son père.  Il est membre du Parti communiste

Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris, vidé des deux tiers de sa population. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 18 juin 1940, les
troupes allemandes arrivant de Falaise occupent la ville de Caen, et toute la Basse Normandie le 19 juin. En août huit divisions d’infanterie allemande – qu’il faut nourrir et loger – cantonnent dans la région. L’heure allemande remplace l’heure française.
Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les anciens élus ou militants communistes « notoires », et procède à des perquisitions et des arrestations. Vichy entend ainsi faire pression sur les militants communistes connus ou anciens élus pour faire cesser la propagande communiste clandestine. 

Arrestations dans la nuit du 1er au 2 mai, sur demande de la Kreiskommandanturen. Montage photo © Pierre Cardon

Le premier mai 1942, il est arrêté à son domicile par des gendarmes français de Bayeux et des Feldgendarmen.
Membre du Parti communiste avant-guerre et connu de la police, Gilbert Longuet est arrêté comme otage en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Airan-Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. 24 otages sont fusillés le 30 avril.
Lire dans le site : Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942) et la note du Préfet de Police de Paris à propos du sabotage de Moult-Argences : Collaboration de la Police français (note du Préfet de police, François Bard).

Le Petit Lycée de Caen

Après deux jours  passés à la gendarmerie de Bayeux, il est emmené en camion pour Caen à la demande des autorités allemandes, le 3 mai, avec ses camarades de Bayeux arrêtés en même temps que lui, au «Petit lycée» de Caen occupé par la police allemande, où sont regroupés les otages du Calvados. On leur annonce qu’ils seront fusillés. Par la suite, un sous-officier allemand apprend aux détenus qu’ils ne seront pas fusillés mais déportés.
Après interrogatoire, ils sont transportés le 4 mai 1942 en cars et camions à la gare de marchandises de Caen. Le train démarre vers 22 h 30 pour le camp allemand de Royallieu à Compiègne le Frontstalag 122 (témoignage André Montagne). Gilbert Longuet est interné le lendemain soir en vue
de sa déportation comme otage.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gilbert Longuet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.  

Dessin de Franz Reisz, 1946

Gilbert Longuet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45803 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz.
Dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé celle-ci à Birkenau le 15 décembre 1942 sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation.
Un boulevard d’Arromanches porte son nom.

Une plaque commémorative collective a été apposée le 26 août 1987 à la demande de David Badache et André Montagne, deux des huit rescapés calvadosiens du convoi. Le nom de Gilbert Longuet est inscrit sur la stèle à la mémoire des caennais et calvadosiens arrêtés en mai 1942. Située esplanade Louvel, elle a été apposée à l’initiative de l’association « Mémoire Vive », de la municipalité de Caen et de l’atelier patrimoine du collège d’Evrecy. Elle est honorée chaque année. 

Sources

  • Témoignage de Georges Faudry, rescapé du convoi, certifiant son décès à Auschwitz.
  • Fiche FNDIRP n°21441 (renseignée par Madame Simone Longuet, sa veuve).
  • Fichier
    national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains
    (DAVCC), ministère de la Défense, Caen.
  • Le Petit lycée, © collection Cadomus.
  • © Dessin de Franz Reisz,
    in « Témoignages sur Auschwitz »,
    ouvrage édité par l’Amicale des
    déportés d’Auschwitz (1946).
  • Mail de madame Vilmouth Maryse (septembre 2020, acte de naissance de Suzanne Pilo et recensement de Juvisy, 1931), que je remercie pour ses recherches.
  • Listes d’arrestations (remerciements à M. Jean Quellien).
  • Recherches généalogiques (état civil,
    recensement, registre matricule militaire) effectuées par Pierre Cardon.
  • LA 10567 + LA 14486 (arrestations opérées dans le Calvados. 

Notice biographique rédigée en janvier 2001 (complétée en 2017 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages :Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et deTriangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »,éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association « Mémoire Vive », Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.