Auguste Marie : né en 1903 à Cherbourg (Manche) ; domicilié à Equeurdreville (Manche) ; chaudronnier en cuivre à l'Arsenal de Cherbourg ; communiste ; révoqué en 1939 ; arrêté le 19 septembre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942, où il meurt le 21 août 1942.

Auguste, Louis, Léon Marie est né le 27 avril 1903 à Cherbourg (Manche). Il habite rue Bigard à Equeurdreville (Manche) au moment de son arrestation. Il est le fils de Louise, Marie, Andrée Ecouvet, 27 ans et Auguste, Eugène, Alexandre Marie, 27 ans, son mari.
Il a eu trois sœurs cadettes, Juliette, Jeanne, Marie née en 1905 décédée en 1905, Juliette, Jeanne née en 1905 et Marie, Thérèse née en 1915.
Le 11 septembre 1924, à Cherbourg, il épouse Léontine, Rosalie Aubry, née le 9 avril 1904 à Octeville. Le couple a cinq enfants (Louis né le 16/06/1925, Jacques né le 12/12/1927, Marcel né le 30/01/1934 tous trois à Equeurdreville, Raymond né le 29/01/1936 et André né le 18/05/1941 tous deux à Cherbourg.
Auguste Marie est chaudronnier en cuivre à l’Arsenal de Cherbourg.
Son père décède en 1938. Militant communiste connu, c’est à ce titre qu’Auguste Marie est révoqué de l’Arsenal, dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 « relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique ». 

Cherbourg 1940 : le drapeau à croix gammée sur le fort du Roule (Dr)

Du 7 au 19 juin 1940 la Normandie est envahie par les chars de Rommel. Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 15e corps d’armée, commandé par le général Hotz investit Saint-Lô le 18 juin et Cherbourg le 19 juin 1940.  Le 21 juin 1940, horloges et montres sont avancées d’une heure. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Dès le début de l’Occupation des tracts anti-allemands sont édités à l’initiative d’André Defrance, qui organise des groupes de patriotes sous l’égide du Parti communiste clandestin.

Les autorités allemandes éditent un avis dès la fin juillet 1940 interdisant sous peine de sévères punitions « de se passer l’un à l’autre des objets de propagande anti-allemande, tracts, journaux… qui doivent immédiatement être remis à la Feldkommandantur ou a l’Ortskommandantur la plus proche »… La police de Vichy surveille dès le début de l’Occupation les syndicalistes, anciens élus, candidats ou militants communistes « notoires » et procède à des perquisitions et des
arrestations. 
Dès août 1940, Auguste Marie rejoint le Parti communiste qui se reconstitue clandestinement, puis il poursuit le combat contre l’envahisseur avec le Front national de lutte pour la libération de la France (constitué au mois de mai 1941). Selon l’attestation d’André Defrance « il entra dans la lutte clandestine contre l’envahisseur en août 1940. A compter de mai 1941 il poursuivit le combat sous l’égide du Front National, placé sous les ordres du lieutenant Pierre Vastel, dit Paul.  son activité résistante peut se résumer de la façon suivante : recrutement de patriotes et formation de comités du FN, organisation de réunions clandestines, impression, répartition et diffusion de publications patriotiques ».

Son nom figure sur cet état des civils français arrêtés par les Allemands dans l’arrondissement de Cherbourg (non daté). Arch. dép. Manche, 4 M 41/3064.

Auguste Marie est arrêté le 19 septembre 1941 à son domicile, par des policiers français, sur la base de « ses antécédents » politiques (le même jour que Léon Lecrées,(45755) d’Equeurdreville), Louis Hamel (45650 de Bricqueboscq), et Charles Mauger (45864, d’Octeville).
Détenu à la Prison maritime de Cherbourg le 22 octobre 1941, Auguste Marie est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». *

Depuis le camp de Compiègne, Auguste Marie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45832 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Auguste Marie meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après les registres du camp d’après les registres du camp (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 780).
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Auguste Marie est homologué comme Résistant, au titre de la Résistance Intérieure Française (RIF) comme appartenant à l’un des cinq mouvements de Résistance (FFC, FFI, RIF, DIR, FFL). Cf. service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 394079.

Son nom est honoré sur le monument commémoratif de Saint-Lô « Aux Victimes de la répression nazie » (porte de l’ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944). Il est également gravé sur le monument aux morts d’Erquedreville.
Sa veuve est décédée le 27 janvier 1981 à Equeurdreville.

Sources

  • Les recherches de Renée Siouville (Résistante veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d’Auschwitz de 1971) effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 17 des 18 « 45000 » de la Manche.
  • Attestation d’André Defrance (DAVCC Caen).
  • « La Résistance dans la Manche  » (Marcel Leclerc) Ed. La Dépêche. Page 41.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, octobre 1993.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée en avril 2001, complétée en 2018 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre « De Caen à Auschwitz » (le Collège Paul Verlaine d’Evrecy, le Lycée Malherbe de Caen et l’Association ‘Mémoire vive’) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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