Charles Mauger  années 1940  © Jérôme Debret et Nadia Mauger
Charles Mauger à 20 ans

Matricule « 45.864 » à Auschwitz

Charles Mauger : né en 1900 à Cherbourg (Manche) ; domicilié à Octeville (Manche) ; ouvrier à l’Arsenal de Cherbourg ; libertaire, puis communiste ; archiviste CGTU ; conseiller municipal communiste ; révoqué de l'Arsenal ; arrêté le 19 septembre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942, où il meurt le 5 janvier 1943.

Charles, Louis, Henri Mauger est né le 17 avril 1900 à Cherbourg (Manche). Il est le fils de Maria Augustine Hubert, 35 ans, et de Louis, Auguste Mauger, 38 ans, menuisier, son époux. Charles Mauger habite Octeville (au village Ferronay) dans la Manche au moment de son arrestation. Selon sa fiche matricule militaire Charles Mauger mesure 1m 60, a les cheveux noirs clair et les yeux marron, le front bas, le nez vexe. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme charpentier en fer à  l’Arsenal de Cherbourg (Manche) où habitent ses parents au 18 rue Bouillon. Conscrit de la classe 1920, Charles Mauger est ajourné pour « faiblesse » par les conseils de révision de 1918 à 1922, et exempté en 1923.
Le 18 septembre 1920 à Cherbourg, Charles Mauger épouse Marie, Charlotte, Augustine Hélaine (née à Jobourg, Manche, elle habite au 18, rue Bouillon à Cherbourg). Le couple a deux enfants : Christiane (Charlotte, Jeanne), qui naît le 23 juin 1921 et Jacques (Henri, Camille), le 24 juin 1924.
En 1928, militant libertaire (ce qui lui vaudra quelques déboires avec la police en 1929) , il est membre du Secours Rouge international et des syndicats unitaires (CGTU). Charles Mauger est archiviste de la CGTU à l’Arsenal.

Ouest-Eclair 14 avril 1932

Il adhère au Parti communiste en 1931 : il en sera le candidat aux élections législatives de 1932, à Valognes, et aux élections cantonales de 1934. Sur l’article concernant les candidatures communistes du journal Ouest Eclair figurent les noms de trois « 45.000 » : PierreCadiouEdouard Lechevalier et Charles Mauger. Dans l’extrait ci-contre du « Journal de l’arrondissement de Valognes » sa candidature est présentée avec un certain mépris.  L’article, non signé en tient pour le candidat républicain, le docteur Auvret, conseiller général de l’arrondissement.

« Classe contre classe » l’Humanité du 2 avril 1932

« L’Humanité » du 2 avril 1932 présente les candidats communistes de la Manche avec le sur-titre « Classe contre classe », mot d’ordre correspondant àla ligne politique fixée entre 1928 et 1934 par l’Internationale communiste et appliquée par le Parti communiste français.

Le Journal de Valognes

Secrétaire adjoint du syndicat CGTU de l’Arsenal, de 1931 à la réalisation de l’unité syndicale en 1935, Charles Mauger est mandaté au congrès fédéral de 1931 et au congrès confédéral de 1933 – où il se situe dans les rangs de la majorité.
Charles Mauger remplace Edouard Lechevalier (qui sera lui aussi déporté dans le convoi du 6 juillet 1942, n°45738) en mars 1933 au secrétariat général de l’Union locale «Protagoniste important de l’Union syndicale en 1935», Charles Mauger est élu à la Commission exécutive de la nouvelle Union Départementale CGT au Congrès de 1935.
Il est secrétaire général de l’Union locale de Cherbourg de 1937 à 1939. (Le Maitron).
Elu conseiller municipal d’Octeville en 1935, il est, en janvier 1937, gérant de « La lutte antifasciste« , organe cherbourgeois du Comité mondial de lutte contre la guerre et le fascisme.

Ouest-Eclair 13 octobre 1937

Il est candidat en octobre 1937 aux élections des conseillers d’arrondissement pour l’arrondissement de Valognes. Il obtient 14 voix à Valognes, 2 à Brix, 1 à Lieusaint, 2 à Tamerville et 2 à Yvetot-Boccage.
En 1938, le maire d’Octeville et son premier adjoint démissionnent. Charles Mauger obtient 4 voix sur 15 lors de l’élection du nouveau maire.

Dans le cadre du décret du 18 novembre 1939 « relatif aux mesures à prendre à l’égard des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique« , il est révoqué de l’Arsenal.
Charles Mauger est également déchu de son mandat municipal le 29 février 1940, en tant qu’ancien membre du Parti communiste, interdit depuis septembre 1939 (décret du 21 janvier 1940) .

Après la déclaration de guerre, lorsque sa classe est mobilisée (en 1936, il a été reclassé dans la classe de mobilisation de
1916 comme père de famille avec deux enfants vivants), la commission de réforme de la Manche du 13 février 1940 le classe « bon service armé ». 

Eugénie Drouet

Le16 avril 1940 à Octeville, en secondes noces, Charles Mauger épouse Eugénie Drouet, née le 25 juillet 1896, employée de commerce à Cherbourg. Le couple a un garçon, Guy (Charles) qui naît le 9 août 1940. « Mon grand-père lui apprit à marcher » (Nadia Mauger).
Il est « rappelé à l’activité » le 17 avril 1940 et affecté au dépôt du génie n°3.  

Cherbourg 1940 : le drapeau à croix gammée sur le fort du Roule (Dr)

Du 7 au 19 juin 1940 la Normandie est envahie par les chars de Rommel. Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Le 15ème corps d’armée, commandé par le général Hotz investit Saint-Lô le 18 juin et Cherbourg le 19 juin 1940.  Le 21 juin 1940, horloges et montres sont avancées d’une heure. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Dès le début de l’Occupation des tracts anti-allemands sont édités à l’initiative d’André Defrance, qui organise des groupes de patriotes sous l’égide du Parti communiste clandestin.   

Action clandestine. Attestation d’André Defrance

Militant actif du Parti communiste clandestin « il a apporté sa contribution à la lutte armée contre l’occupant, et Vichy : en assistant aux réunions clandestines, de son groupe, au cours desquelles étaient examinés les moyens les meilleurs pour la bataille, en propageant mots d’ordres, consignes et nouvelles patriotiques, en diffusant les publications patriotiques »  (attestation d’André Defrance, capitaine FFI-FTP le 9 décembre 1949).

Charles Mauger est arrêté le 19 septembre 1941, à son domicile, par les forces allemandes et la police française.
« Il se savait dénoncé, il n’a pas voulu croire qu’on viendrait l’arrêter et ne s’est pas sauvé, il n’imaginait pas que la police française viendrait le prendre et n’aurait jamais cru qu’il finirait
en camp, pour lui, il aurait fait un peu de prison et serait libéré, il affirmait fièrement ses idées, je vous le dis car j’ai été élevée par ma grand-mère qui me l’a raconté
» (Nadia Mauger, sa petite fille, à partir des souvenirs de sa grand-mère).

Au camp de Gaillon octobre 1941, sans ses lunettes

Conduit à la Prison maritime de Cherbourg (la « Totoche » dans le jargon de l’Arsenal), Charles Mauger est transféré au camp d’internement administratif de Gaillon (Eure) le lendemain 20 septembre. Il y est interné au bâtiment F, 1er étage, chambre 3, lit n°2.  

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande le 6 mai 1942.
Celles-ci le transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 6 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Mauger est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.864 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Attestation de décès par Emmanuel Michel

Charles Mauger meurt à Auschwitz le 5 janvier 1943 d’après les registres du camp. Emmanuel MicheI, rescapé du convoi, a témoigné de sa mort « dans la nuit du 4 au 5 janvier 1943, abattu par un SS, pour refus de travail » écrit-il.

Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Il a été déclaré « Mort pour la France » le 5 avril 1947.

Fiche de décès, Arolsen

Il est homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF) au grade fictif de soldat comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance, le 8 novembre 1950.

Une cellule du PCF porta son nom à Octeville et une autre à Cherbourg.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts d’Octeville, dans le cimetière.

Sources

  • Source principale : notice d’Yves Le Floch in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, édition informatique, CD-Rom et Tome 36, page 115.
  • Fiche d’état-civil fourni par le délégué d’état-civil, juillet 1991.
  • Documents fournis par son fils Guy (15 août 1991).
  • Attestation Front National (mai 45).
  • Notification des ACVG : Appartenance à la RIF.
  • Attestation André Defrance (capitaine FFI) pour les actes de résistance (décembre 1949).
  • Attestation de décès par Emmanuel Michel, rescapé du convoi (1947).
  • Recherches de Mme Renée Siouville (veuve de Lucien Siouville (46106), rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d’Auschwitz de 1971), effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales, qui ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 16 des 18 « 45000 » de la Manche.
  • « La Résistance dans la Manche » (Marcel Leclerc), Ed. La Dépêche, page 41.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, juillet 1992.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives du camp de Gaillon (DR), références in site « Mémoire Vive ».
  • Registres matricules militaires. 
  • Photo couleur envoi de M. Jérôme Debret (2018). « La photo se trouvait au dessus du lit de ma grand-mère »  (Nadia Mauger).
  • La photo du haut a été modifiée pour corriger l’erreur de parallaxe

    Autorisation de publication de photos par Nadia Mauger, sa petite fille, mars 2018.

Notice biographique rédigée en avril 2001 (modifiée en février 2012, 2016, 2018, 2020 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre « De Caen à Auschwitz » (Collège Paul Verlaine d’Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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