Attestation d’André Defrance

Matricule « 45.948 » à Auschwitz

Paul Paouty : né en 1920 à Cherbourg-Octeville (Manche) ; domicilié à Tourlaville (Manche) ; commis aux écritures à l’Arsenal de Cherbourg ; jeune communiste ; arrêté le 21 octobre 1941 ; prison de Cherbourg ; interné à Compiègne ; déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942, où il meurt le 8 août 1942.

Paul, Charles, André, Théophile Paouty est né le 8 mars 1920 à Cherbourg-Octeville (Manche) au domicile de ses parents, 113, rue du Val-de-Saire.  Il habite 26, rue Victor Grignard à Tourlaville (Manche) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Charlotte, Eugénie, Angèle Marie, née le 10 janvier 1893 à Castillon (Calvados) et de Julien, Paul Paouty, né le 25 février 1883 aux Sables d’Olonne (Vendée), mareyeur, son époux. Il a eu deux sœurs aînées, Andrée, Charlotte, Louise (1909-1996) et Jeanne (1913-1916). Leurs parents se sont mariés à Castillon, le 7 juillet 1909.
En 1922, la famille habite au 5, rue des Sables à Cherbourg : leur mère devient propriétaire d’un fonds de commerce buvette, qu’elle exploite avec son mari sous l’appellation « buvette de la Marine » au 14, quai de Caligny à Cherbourg. En 1931, ils font faillite.
Paul Paouty est célibataire. Il est employé comme « ouvrier aux écritures » à l’Arsenal de Cherbourg (
un métier naguère réservé à l’Arsenal aux anciens clercs de notaire).
Il est adhérent aux Jeunesses communistes, puis au Parti communiste selon les différents documents et témoignages.

Cherbourg 1940 : le drapeau à croix gammée flotte sur le fort du Roule (Dr)

Du 7 au 19 juin 1940 la Normandie est envahie par les chars de Rommel. Le 15e corps d’armée, commandé par le général Hotz investit Saint-Lô le 18 juin et Cherbourg le 19. Rommel à la tête de la 7e Panzer division y reçoit la reddition des troupes françaises des mains du Préfet maritime, le vice-amiral Le Bigot. Auparavant ce dernier a pris soin de commander la destruction de tous les sous-marins en cours de construction à l’Arsenal et au fort de l’Est. Le 22 juin, l’armistice est signé : la France est coupée en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée de celle administrée par Vichy. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Pendant l’Occupation, Paul Paouty s’engage dans l’action clandestine. L’attestation (document reproduit ci-dessus) rédigée par André Defrance (1) le 28 septembre 1950 relate sa participation aux activités du Parti communiste clandestin aux débuts de l’Occupation : « Je, soussigné, André Defrance, capitaine F.F.I.- F.T.P.(homologation n° 10.258 du 7 juin 1946), demeurant 29 b rue Goueslain à Equeurdreville, Manche, Certifie sur l’honneur que feu Mr Paul Paouty avait participé de façon effective aux combats menés contre l’occupant et ses complices de Vichy, en vue de la libération du territoire National. Membre du Parti Communiste Français, puis du Front National, feu Mr Paouty apportait au contribution au bon fonctionnement de l’organisation de la lutte clandestine. Il assistait au réunions de son groupe, au cours desquelles il recevait des consignes, mots d’ordre et instructions patriotiques qu’il avait pour mission de propager. D’autre part, il diffusait toutes les publications clandestines qu’il recevait de ses chefs directs. Son arrestation, survenue le 21 octobre 1941, mit fin à sa généreuse activité. Déporté, il devait mourir le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Haute-Silésie), de même que de nombreux autres martyrs. En foi de quoi je délivre le présent témoignage, aux fins d’homologation et de reconnaissance des droits des ayants-droit de feu Mr. Paul Paouty ». Selon l’enquête de police de juin 1951 (effectuée pour la reconnaissance au titre de la Résistance Intérieure Française) « il avait entrepris en 1941 la reconstitution d’une cellule à Cherbourg, ainsi que la formation d’un groupe pour le sabotage des installations militaires allemandes« .

Paul Paouty est arrêté le 21 octobre 1941 au domicile de ses parents par des membres de la Geheimfeldpolizei (GFP, police militaire allemande). Selon madame charlotte Paouty, sa mère : « Le 21 octobre 1941, deux membres de la Gestapo et deux officiers allemands se sont présentés à mon
domicile 26, rue Victor Grignaud à Cherbourg. Ils ont emmené mon fils Paul ».
Paul Paouty est détenu à la Prison maritime de Cherbourg (la « Totoche » selon le jargon de l’Arsenal), sans doute jusqu’au 3 décembre 1941, puis il est interné le 30 octobre 1941 sous le n° matricule « 2134 » au camp allemand de Royallieu à Compiègne  (le Frontstalag 122). .
Il figure sur la liste datée du 23 décembre 1941 qui recense 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés « à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Paul Paouty est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation.

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Le 8 juillet 1942, il est immatriculé sous le numéro « 45.948 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Paul Paouty meurt à Auschwitz le 8 août 1942 d’après les registres du camp. Eugène Garnier qui pense l’avoir vu au Block 6 en septembre 1942 confirme sa mort du typhus. Paul Paouty était le plus jeune des «45000» de la Manche.
Il a été déclaré « Mort pour la France » (10 mars 1948).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 18 février 1994.
Son nom est honoré sur le monument commémoratif de Saint-Lô « Aux Victimes de la répression nazie » (porte de l’ancienne prison détruite lors du bombardement du 6 juin 1944).
Il est également gravé sur le Monument aux Morts, avenue de Paris à Cherbourg-Octeville.

  • Note 1 : André Defrance  est né le 18 décembre 1908 à Cherbourg, ouvrier chaudronnier à l’arsenal de la Marine de Cherbourg ; Secrétaire général du syndicat unitaire de l’arsenal, militant communiste ; Mobilisé en 1939, il reçoit la Croix de guerre. Démobilisé en septembre 1940, il participe à la reconstitution du Parti communiste dans la clandestinité. Passe dans la clandestinité en juin 1941. Il met sur pied le Front national dans le département de la Manche sous le pseudonyme «André» (…). Arrêté le 15 janvier 1944 alors qu’il se rendait à Tours, il est remis aux Allemands et interné à Compiègne d’où il est déporté le 27 avril 1944 vers Auschwitz. Transféré à Buchenwald puis à Flossemburg, il est évacué, avec des malades, le 20 avril 1945, il s’évade le 25. Recueilli par les troupes alliées le 27. André Defrance fut homologué Capitaine FFI. Il meurt le 8 juillet 1952 à Équeurdreville (d’après la notice biographique du Maitron, par Yves Le Floch).

Sources

  • Recherches de Mme Renée Siouville (Résistante, veuve de Lucien Siouville  « 46106 ») – rencontrée par Roger Arnould au pèlerinage d’Auschwitz de 1971 – effectuées auprès des Associations locales et des archives municipales et départementales, qui ont permis de dresser une première liste et éléments biographiques de 16 des 18 « 45.000 » de la Manche.
  • Témoignage d’Eugène Garnier, de Flers, rescapé « 45571 ».
  • Archives municipales de Tourlaville le 28 juin 1991.
  • Recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés « à l’Est » en application de l’Avis du 14 décembre 1941 du Commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (Archives du CDJC – XLIV-198).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les certificats établis de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen, 1992.
  • « Liste des décédés  à Auschwitz. Convoi parti de Compiègne le 6 juillet 1942 » (DAVCC).
  • © Site Legifrance.gouv.fr
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée en avril 2001, complétée en 2018 et 2021, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), pour le livre « De Caen à Auschwitz » (Collège Paul Verlaine d’Evrecy, Lycée Malherbe de Caen et Association Mémoire vive) juin 2001, Ed. Cahiers du temps. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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