Matricule « 45.247 » à Auschwitz

Rescapé

Ferdinand Bigaré : né en 1906 à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), où il habite ;  forgeron ; communiste ; arrêté le 9 août 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; rescapé ; décédé en 1991.

Ferdinand Bigaré est né le premier juillet 1906 à Pont-à-Mousson (PAM / Meurthe-et-Moselle), où il habite au 4, rue de Colmar au moment de son arrestation.
Il est le fils de Clotilde, Marie Huard, née en 1873 à Metz et de Charles Bigaré, né en 1868 à la Ville-au-Val, mouleur en fonte, son époux.
Ferdinand Bigaré a 7 sœurs et frères : Jeanne, née en 1896, Charlotte, née en 1901,
ouvrière en laque chez Adt, comme sa cadette Léontine née en 1903 et la jumelle
de celle-ci, Adèle, Marié née en 1911, Emile né en 1914 et Raymond, né en 1920,
tous nés à PAM.
Ferdinand Bigaré travaille à l’usine dès l’âge de 12 ans.
Le 25 mars 1929, il épouse Anne-Marie Andrieux, sa compagne depuis 1926. Le couple aura cinq enfants (Charles, né en 1925, Jean né en 1932, Gilbert, né en 1934) tous nés à Pont-à-Mousson. Les cinq enfants sont âgés de 14 ans, 7 ans, 5 ans, 3 ans, et onze mois au moment de l’arrestation.
Ferdinand Bigaré est forgeron à la « Société anonyme des Hauts fourneaux et fonderie » de Pont-à-Mousson.
Il adhère au Parti communiste en 1926 et milite activement à la cellule de Maidières (section de P.A.M).
En 1936, la famille habite au 1263, Cité de Boozville (PAM), lotissement construit par la SAHF pour loger ses ouvriers. Ses parents habitent alors au n°1232.
Il est licencié par la SAHF après les grèves de 1936, pour son activité pendant la grève.
Conscrit de la classe 1926, il effectue un service militaire de deux ans.
En 1939, à la déclaration de guerre, il est mobilisé malgré le fait qu’il soit père de quatre enfants à cette date (il est à ce titre reclassé classe 1918) et qu’il travaille dans une aciérie (il a dü être classé « affecté spécial » et a vraisemblablement été radié de « l’affectation spéciale », comme pratiquement tous les communistes connus ou supposés tels à cette période).

Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).

Camille Thouvenin, responsable régional du PC clandestin forme le « triangle de direction » du PC au niveau régional, organisant les groupes de l’Organisation Spéciale qui devaient former par la suite les FTP. Gabriel Andrieux, le frère de Marie Bigaré est en contact avec lui et devient le premier responsable du « groupe de 3 » de Pont-à-Mousson, avec son frère Maurice et son beau-frère, Ferdinand Bigarré, qui a été démobilisé. Il est « chargé de la publication, du transport et de la diffusion de tracts et journaux clandestins » écrit-il.
Ferdinand Bigaré est arrêté par un gendarme français de la brigade de Pont-à-Mousson le samedi 9 août 1941, à son domicile, pour « diffusion de tracts et journaux clandestins« , en même temps que ses deux beaux-frères, Maurice et Gabriel Andrieux. Le même jour que Charles Jacquet et Lucien Pierson.
« Mon mari est arrêté le samedi 9 août 1941 par un gendarme français de la brigade de Pont-à-Mousson et remis à la prison
civile du commissariat principal, d’où le lendemain 10 août, il fut livré aux Allemands en compagnie de mes deux frères, Maurice et Gabriel ainsi que 15 camarades, dont deux non-membres du PCF
 » (lettre de Marie Bigaré à André Montagne, 30 septembre 1991). Elle précise que « tous ces camarades, militants des grèves de 1936, avaient demandé à la Préfecture de Nancy l’autorisation de diffuser la presse communiste » (avec la création des Comités de Défense de l’Humanité, vers 1929, les « CDH » présentent des demandes en préfecture pour obtenir l’autorisation de vente en public. La Préfecture avait donc, sans enquête, des listes de militants à sa disposition).
Emprisonné, Ferdinand Bigaré est transféré le 10 août 1941 à Nancy où il est gardé pendant une dizaine de jours. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 18 août 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122 : (il y reçoit le matricule « 1555 ».
Affecté au bâtiment A5, il participe à la réalisation du tunnel d’évasion, dont il connaît l’un des évadés, Camille Thouvenin. Lire dans le site : 22 juin 1942 : évasion de 19 internés

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Ferdinand Bigaré est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Ferdinand Bigaré est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45247 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.A Auschwitz I, il est affecté au Block 16 et au Kommando de la Forge.
Il y travaille avec Raymond Boudou, Eugène Charles, Gabriel Lacassagne, Marceau 

Kommando de la Forge, photo de propagande nazierge.  

Lannoy, Jules Le Troadec et Victor Louarn. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des détenus politiques français survivants.

Lire l’article du site « les 45000 au block 11.

Le 7 septembre 1944, il fait partie du groupe de trente « 45 000 » qui sont transférés (avec des déportés d’autres nationalités) d’Auschwitz au camp de Gross-Rosen où ils sont enregistrés. ). Lire dans le site , « les itinéraires suivis par les survivants ».

Ferdinand Bigaré y reçoit le matricule n° « 40975 ». Après leur quarantaine, les « 45 000 » sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine (dont lui) sont affectés aux usines Siemens. Johann Beckmann, un « 45.000 » hollandais qui parle plusieurs langues est chef de chambrée. Il a noté les noms de ses camarades sur un carnet.
Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué devant l’avancée des armées soviétiques.
Entre le 9 et le 11 février 1945, dix-huit « 45 000 » sont transférés à Hersbrück où ils sont enregistrés. Le 20 avril 1945, les dix-sept « 45.000 » restants partent à pied d’Hersbrück pour Dachau où ils arrivent, le 24 avril 1945. Ils y sont libérés le 29 avril 1945 par les troupes américaines.
Dix jours plus tard, il arrive à Mulhouse.
De lourdes séquelles physiques de sa déportation l’affecteront sa vie durant.
Il souffre d’un ulcère au duodénum en 1959 et ne peut reprendre son emploi. Jusqu’à cette maladie handicapante, il a conservé ses activités politiques et syndicales aux usines SADA à Dieulouard.
Homologué « Déporté politique », le titre de « Déporté résistant » lui a été refusé à deux reprises (en 1949 et 1953).
En 1988, très fatigué, il n’avait pu rédiger lui-même son questionnaire biographique. Sa femme, elle-même âgée de 80 ans écrit « à 81 ans, malade, sa tête ne va plus. C’est la rançon de beaucoup de ceux qui ont beaucoup souffert et souffrent encore de ce qu’ils ont vu dans ce camp maudit ». En mars 1989, il fait une rupture d’anévrisme.
Ferdinand Bigaré meurt le 7 septembre 1991 d’une embolie cérébrale.
Dans une lettre qui suit son décès, Charles Bigaré, l’un de ses enfants, évoque au nom de sa mère l’hommage que lui ont rendu les déportés de la région (porte-drapeaux et allocution du président) et la présence d’une délégation du Parti communiste (allocution du secrétaire de section).

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membresde la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Lettre de son fils Claude Bigaré (septembre 1991), remise à André Montagne. Hommage lors de l’enterrement de son père.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son épouse.
  • Recensement de population à Pont à Mousson, Maidières, Boozville PAM 1921-1936.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Un Commentaire

  1. je vous remercie pour ce temoignage emouvant que vous rendez à mon grand pere
    merci pour sa mémoire

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