Matricule « 45.257 » à Auschwitz

Photo de Jules Blaison © FNDIRP 54
Jules Blaison : né en 1901 à Borville (Meurthe-et-Moselle) ; domicilié 
à Varangéville (Meurthe-et-Moselle) ; manœuvre ; communiste ; arrêté le 3 août 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 9 octobre 1942 

André dit Jules Blaison est né le 17 septembre 1901 à Borville (Meurthe et Moselle).
Il habite rue de la Meurthe à Varangéville (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Adeline Munier, 38 ans et d’Emile Blaison, 46 ans, manœuvre, son époux.
Ses parents habitent Roselières. Il est issu d’une famille de sept enfants : Jules-Camille (1889-1972), Maria (1890-1969), Marthe (1892), Edouard (1895-1916), Marie-Louise (1896-1982), Jules-Joseph (1899-1974). Son frère aîné Edouard est tué pendant la bataille de la Somme le 5 novembre 1916.
Jules Blaison est manœuvre au moment du Conseil de révision. Conscrit de la classe 1921, il est exempté par la commission de Réforme en 1921 et 1922 pour « faiblesse ». Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 74, a les cheveux blond et les yeux bleu, le nez petit, le visage rond. Il possède un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire). 

En août ou septembre 1929, à Varangéville, Jules Blaison épouse Andrée Riff (avis dans le télégramme des Vosges du 5 septembre 1929). Elle est née le 19 juillet 1910 à Varangéville (décédée le 27 décembre 2005 à Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle).
Jules Blaison est un des responsables au sein de la section du Parti communiste. Il diffuse « l’Humanité » et « La voix de l’Est ».

Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).

En septembre 1940, Jules Blaison est embauché comme ouvrier aux usines Solvay à Dombasle avec Laurent Pantin, Emile Killing. Il parle allemand..
Le 1er mars 1941 il est nommé par Louis Burtin (qui était secrétaire du syndicat CGT de Solvay avant guerre) au sein d’un groupe volant (grade de 1ère classe, secteur G). De mars à juin 1941 Jules Blaison et son équipe récupèrent des armes (secteur de la forêt du Vernois). En juillet 1941, ils sabotent des lignes électriques à Saint-Nicolas-de Port et surtout un câble téléphonique de la Feldkommandantur à Tantonville.

Jules Blaison est arrêté le 3 août 1941 par des Feldgendarmes, le même jour que Laurent Pantin de Varangéville …

Voici comment mon mari a été arrêté. Récit d’Andrée Blaison « La Gestapo est venue à la maison demander si c’était bien le domicile
de Monsieur Jules Blaison et s’il était possible de le voir. Je leur ai répondu que mon mari était parti travailler chez sa sœur à Rozelieures et qu’il rentrerait certainement le soir. Alors ils m’ont demandé de le prévenir de passer à la Kommandantur de Varangéville pour quelques renseignements. Au retour de mon mari, dans la soirée, je lui ai fait part de cette demande, tout en lui conseillant de ne pas y aller, mais il m’a répondu qu’il préférait s’y rendre pour en avoir le cœur net. D’ailleurs, il m’a dit avoir été suivi depuis son départ de Rozelieures jusqu’à Varangéville. Tard dans la soirée, ne le voyant pas revenir, je suis allée voir à la Kommandantur ce qui se passait.
Ils m’ont répondu qu’ils n’avaient pas encore fini avec lui, alors je suis retournée à la maison accompagnée de deux Allemands. Le lendemain matin, un voisin est venu m’avertir qu’il venait de voir passer mon mari dans une voiture de la Gestapo et il n’était pas seul (Gestapo et autres personnes arrêtées). Dans l’après-midi, j’ai appris qu’il avait été transféré à la prison de Nancy,  mais on ne m’a pas permis de le voir. Ce n’est que huit ou quinze jours plus tard que j’ai su qu’il avait été embarqué par train vers Compiègne. Avec une personne de Saint-Nicolas, nous sommes partis à vélo jusqu’à Compiègne en espérant les voir, mais nous n’avons pu les apercevoir, même de loin
». In « Varangéville, Résistance et répression » p. 70.
Interrogé toute la nuit, il a été emmené en voiture à la prison Charles III de Nancy par la Gestapo, où il sera écroué une dizaine de jours. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122)  en vue de sa déportation comme otage.

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Jules Blaison est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45257 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des
membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver
de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation
d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Jules Blaison meurt à Auschwitz le 9 octobre 1942 d’après les registres du camp. Clément Coudert s’est souvenu qu’il était mort « à l’automne 42 ».

L’Est Républicain du 26 juillet 1945 publie une première liste de déportés, transmise par la direction régionale du Ministère des déportés et prisonniers, dont les familles sont sans nouvelles : parmi eux trois « 45.000 » de Meurthe

-et-Moselle : Jules Blaison, Richard Girardi et Joseph Matis.

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il a été déclaré « Mort pour la France ».

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres
    de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.
  • Témoignage de son épouse Andrée, publié dans le livre « Varangéville, Résistance et répression » édité par la Mairie de Varangéville. 
  • Echange de courrier avec M. René Bourgeois, adjoint au Maire de Varangéville.>
  • Michel Pantin, fils de Laurent Pantin (de Varangéville arrêté le même jour).
  • Témoignage de Clément Coudert rescapé 45402, de Neuves Maisons. 
  • Certificat des Archives du service international de recherches (Bad Arolsen) envoyé à la demande du Maire de Varangéville (30/8/1993) communiquant la date de décès de Jules Blaison à Auschwitz. 
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et
le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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