Lucien Ducastel avant guerre
Lucien Ducastel en 2006

Matricule « 45491 » à Auschwitz   Rescapé



Lucien Ducastel : né en 1920 à Darnetal (Seine-Maritime) ; domicilié au Petit-Quevilly (Seine-Maritime) ; ouvrier ; syndicaliste Cgt et communiste ; arrêté le 21 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz ; rescapé ; premier maire adjoint du Grand-Quevilly ; décédé le 16 février 2012.

Lucien Ducastel est né le 28 août 1920 à Darnetal (Seine-Maritime), d’un père chaudronnier sur un chantier de réparation de bateaux et d’une mère ouvrière du textile. Il habite au Petit-Quevilly avec ses parents.
Il a son Certificat d’études primaires (CEP) à 12 ans. D’abord apprenti charcutier pendant trois ans et demi, il travailleà partir de 1934 dans le bâtiment dans une entreprise de travaux publics, puis dans la métallurgiste. Il est ouvrier d’usine en1936 et participe aux grèves et aux manifestations du Front populaire. Il adhère à la CGT. Il rejoint la Jeunesse communiste (JC) en 1937 dont il diffuse le journal l’Avant-Garde.

Les troupes allemandes entrent dans Rouen et au Petit Quevilly le dimanche 9 juin 1940 pendant que brûlent les bacs à pétrole de la Shell à Petit-Couronne. Après la capitulation et l’armistice du 22 juin, La Feldkommandantur 517 est installée à l’hôtel de ville de Rouen. Petit Quevilly est placée par les Allemands sous le contrôle administratif du maire de  Rouen jusqu’en 1941. A partir de 1941, les distributions de tracts et opérations de sabotage par la Résistance se multipliant, la répression s’intensifie à l’encontre des communistes et syndicalistes. Dès le 22 juillet 1941, le nouveau préfet (René Bouffet) réclame aux services de Police spéciale de Rouen une liste de militants communistes. Une liste de 159 noms lui est communiquée le 4 août 1941 avec la mention : « tous anciens dirigeants ou militants convaincus ayant fait une propagande active et soupçonnés de poursuivre leur activité clandestinement et par tous les moyens ». Ces listes, comportent la plupart du temps – outre l’état civil, l’adresse et le métier – d’éventuelles arrestations et condamnations antérieures. Elles seront communiquées à la Feldkommandantur 517, qui les utilisera au fur et à mesure des arrestations décidées pour la répression des actions de Résistance.

Pendant l’Occupation, Lucien Ducastel poursuit clandestinement ses activités. Il imprime et diffuse des tracts de la JC.
Il hisse en octobre 1941, le drapeau tricolore sur la caserne Tallandier du Petit Quevilly (1).
Le 21 octobre 1941, à une heure du matin, il est arrêté à son domicile par des policiers allemands et français, dans le cadre d’une rafle organisée dans tout le département, et ordonnée par l’occupant à la suite du déraillement d’un train de marchandises dans la nuit du 19 au 20 octobre dans le tunnel de Pavilly. Lire dans le site : Le « brûlot » de Rouen

Il est interrogé par la police et incarcéré à la caserne Hatry de Rouen. Les autorités allemandes le transfèrent avec ses camarades arrêtés dans la même rafle au camp de Royallieu à Compiègne, le 30 octobre 1941. Il est enregistré sous le numéro  « 2080 ».

Lucien Ducastel figure sur la liste des jeunes communistes du camp de Compiègne, nés entre 1912 et 1922, « déportables » en application de l’avis du 14 décembre 1941 prévoyant la déportation à l’Est de 1000 Juifs et 500 jeunes communistes.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages

Depuis le camp de Compiègne, Lucien Ducastel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Lucien Ducastel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45.491 ».
Il reste neuf mois dans l’enfer de Birkenau où il est affecté aux kommandos les plus durs : creusement des canaux, terrassement, montage des baraques. Il échappe au dernier moment à deux sélections pour la chambre à gaz comme “inapte au travail« . Il endure pendant dix nuits un emprisonnement en cellule pour avoir été «porteur d’un couteau sabre». Il s’agit en réalité d’une lame de zinc de 5 centimètres, servant, dans les meilleurs jours, à étaler la margarine sur une demi-portion de pain.
Lucien Ducastel est ramené au camp principal, le 17 ou 18 mars 1943 (ils sont dix-sept “45.000” rescapés de Birkenau à cette date : 7 autres de ses camarades les rejoindront en août. (c.f. Liste dans « Triangles rouges » page 225).Epuisé, il rentre à l’infirmerie où il échappe à une autre sélection, grâce à la complicité de membres de la Résistance intérieure
du camp.

En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille – rédigées en allemand et soumises à la censure – et de recevoir des colis contenant des aliments  (lire dans le site https://deportes-politiques-auschwitz.fr/2008/03/les-consquences-du-tract-du-front/).
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l’article du site « les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos. Après la quarantaine au block 11 des déportés politiques français au premier étage de la prison du camp (entre le 14 août et le 12 décembre 1943, Lire l’article du site « les 45000 au block 11  l’affecte, pendant quelques semaines au Kommando “Service des civils”.
Le 7 septembre 1944, il est transféré à Gross-Rosen (matricule 40992), puis transféré entre le 8 et le 11 février 1945 à Dora, jusqu’à l’évacuation de ce camp le 11 avril 1945. Il est ensuite acheminé sur Ravensbrück dans un de ses camps annexes. Au cours d’une marche meurtrière, il est libéré par les troupes soviétiques le 2 mai. Il regagne Paris le 25 mai 1945.Le titre de «Déporté politique» lui est attribué.

Il recommence à travailler après une longue convalescence, se marie avec Yvette et devient le père d’une fille, Claudine (qui sera une des responsables de l’Association « Mémoire vive »).
Il reprend
ses activités au sein de la Jeunesse communiste puis du Parti communiste français et à la CGT.
En 1948, il  fait partie du secrétariat de la Fédération communiste de Seine-Inférieure.
Il est le premier adjoint au maire du Grand-Quevilly.
Après son installation à Nanterre (Seine / Hauts-de-Seine) à la fin des années 50, il est un proche collaborateur de Gaston Plissonnier, secrétaire du Comité central du PCF.
Il milite à la Confédération nationale du logement (CNL) des Hauts-de-Seine dont il devient le responsable fédéral.

Lucien Ducastel, Robert Jarry et Fernand Devaux le 6 juillet 2002

Le 26 juin 1960, avec Germaine Pican, Robert Gaillard, Louis Jouvin et Louis Eudier, il organise au Petit-Quevilly la première rencontre des «45000» et des «31000» (convoi de femmes du 24 janvier 1943) qu’ils avaient pu retrouver.

Lucien Ducastel  milite activement au sein des associations qui œuvrent pour la Mémoire.

Il est l’un des fondateurs de l’association «Mémoire Vive des convois du 6 juillet 1942 et du 24 janvier 1943 d’Auschwitz-Bikenau».

Lucien Ducastel participera a de nombreux pèlerinages à Auschwitz

Lucien Ducastel à Varsovie, 1987

Avec trois autres «45000» (Fernand Devaux, Georges Dudal, André Montagne) il passe de nombreuses journées pour m’aider à

Fernand Devaux, André Montagne et Lucien Ducastel à la remise de la Légion d’honneur d’André Montagne. Photo Pierre Cardon

comprendre, évaluer, trier les témoignages recueillis en vue d’écrire l’histoire de son convoi. Chacune de ces séances a été pour ces quatre rescapés, une douloureuse épreuve leur faisant revivre l’enfer d’Auschwitz-I et de Birkenau.

Ecouter son témoignage recueilli par la Fondation pour la mémoire de la déportation : https://lutetia.info/lucien-ducastel/

Très attaché à transmettre à la jeunesse son message de paix, de fraternité et les valeurs de la Résistance, Lucien Ducastel a porté inlassablement son témoignage dans un millier d’établissements scolaires. Il a été décoré à ce titre du ruban de chevalier des Palmes académiques.

Lucien Ducastel est mort le 16 février 2012.

Une rue de Nanterre (Hauts-de-Seine) porte son nom par délibération du 26 juin 2012 du conseil municipal). Elle commence rue Ampère et se termine avenue Hoche.
Elle a été inaugurée en présence du maire de Nanterre Patricck Jarry, d’Yvette et Claudine Ducastel et d’Yves Jegouzo, président de l’Association « Mémoire Vive ».

  • Note 1 : « Je me souviens de Lucien Ducastel, qui avait arraché le drapeau nazi de la caserne pour le remplacer par le nôtre, désormais interdit » (Pierre Jouvin, résistant, fils de Louis Jouvin déporté à Auschwitz avec Lucien Ducastel, lors de la commémoration du sacrifice des jeunes du maquis de Barneville. 29 août 2015. In blog PCF-Front de gauche du Petit-Quevilly.

Sources

  • Recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés « à l’Est » en application de l’Avis du 14 décembre 1941 du Commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (Archives du CDJC).
  • Récits et cassette audio.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Lucien Ducastel (20 janvier 1988).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir.), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 26, page 73, article Philippe Robrieux.
  • Photo Varsovie, pélérinage à Auschwitz 1987 @ Claudine Cardon-Hamet
  • Interview deLucien, Ducastel parKatja Sporber, vidéo in European Resistance Archive .publiée sur Internet le 12 janvier 2006.
  • Photo  remise de la légion d’honneur d’André Montagne. © Pierre Cardon.
  • © Photo de Lucien Ducastel, Robert Jarry et Fernand Devaux, le 6 juillet 2002 à Montreuil, pour l’inauguration de l’allée des « 45000 » in « Mémoire Vive » n° 19 de juin 2003 page 9, lettre de l’association des 45000 et des 31000 d’Auschwitz-Birkenau.

Notice biographique rédigée en janvier 2001 et modifiée en 2012 et 2018 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphe, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. 

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