Guillaume Heitz : né en 1910 à Mulhouse (Haut-Rhin) ; domicilié à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) ; arrêté le 20 février 1942 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il aurait été Kapo ; mort à Auschwitz le 22 octobre 1942 

Guillaume Heitz est né le 14 juillet 1910 à Mulhouse (Haut-Rhin). Il habite au 4 rue Castara à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation. Il est célibataire
Il est vérificateur ou métreur en tissus.
Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle.
Prisonnier de guerre au Stalag V/A, il est libéré le 22 août 1940, comme Alsacien-Lorrain.
Il travaille à l’intendance allemande de Lunéville où il aurait eu une altercation avec des militaires allemands.
Le 20 février 1942, il est arrêté à Nancy, pour une cause « insuffisamment établie » (selon le ministère des Anciens Combattants) et incarcéré à la prison Charles III de Nancy.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci l’internent le 20 mars 1942 au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage (il y reçoit le matricule 3815). Son attitude à Compiègne lui vaut d’être mis en quarantaine par ses codétenus.
Charles Désirat écrit : « il y a encore des agents de l’ennemi plus dangereux (…) enfermés là pour quelques délits contre leurs maîtres et qui veulent racheter leur liberté au prix de nouvelles trahisons (…) Heitz est un rouquin, déporté quand même à Auschwitz, et crevé sous le bâton de valets nazis encore plus féroces que lui ».
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 3 mars, en vue de sa déportation.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Guillaume Heitz est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs » dont fait vraisemblablement partie Guillaume Heitz). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu.
Guillaume Heitz meurt à Auschwitz le 22 octobre 1942 d’après les registres du camp.
Selon plusieurs témoignages (Raymond Montégut, Georges Dudal, Georges Marin), il a été Kapo (déporté chargé de l’encadrement d’une barraque ou d’un Kommando de travail) à Birkenau, « 
responsable de la mort d’une cinquantaine des nôtres » écrit Raymond Montégut.
La demande d’homologation en tant que «Déporté politique» présentée par sa mère a été refusée par le ministère. Il ne figure pas sur la base de donnée « mort en déportation ».

Sources

  • Charles Désirat, déporté, ancien dirigeant du Secours populaire. « Pour reprendre le combat, Nous nous sommes évadés de Compiègne, le 22 juin 1942». Page 17. Editions du Secours Populaire Français.
  • « Arbeit macht frei », Raymond Montégut, 45892. Ed. Du Paroi 1973.
  • Avis de décès recueilli par André Montagne, avril 1992.
  • Témoignages de Raymond Montégut, Georges Dudal, Georges Marin.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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