Marceau Rebourg le 8 juillet 1942

Matricule « 45339 » à Auschwitz

Marceau Rebourg : né en 1920 à Foug (Meurthe-et-Moselle), où il réside ; mouleur en fonte puis ajusteur ; militant CGT ; arrêté le 16 juin 1940 ; évadé le 30 janvier 1941; repris le 12 février 1941 ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt. 

Marceau Rebourg est né le 3 juin 1920 à Foug (Meurthe-et-Moselle), où il réside au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise Guillemin, née en 1901 à Hellèmes et de Julien Rebourg, né en 1898 à Longlaville, mouleur, son époux.
Marceau Rebourg a deux frères (André né en 1921 et Michel, né en 1930) et deux sœurs (Régine, née en 1923 et Cléo, née en 1924).
Il est célibataire, travaille comme mouleur en fonte puis ajusteur à l’usine métallurgique P.A.M de Foug (l’usine est une filiale de Saint Gobain Pont-à-Mousson – PAM- , avenue des fonderies à Foug.
En 1931, la famille habite au 4, rue Lenglet à Foug, avec le frère de Louise, Désiré Guillemin (contremaître à la fonderie) et Roxane Rebourg (née en 1922, elle est la nièce de Louise Rebourg… et celle de Julien. Après le décès de sa sœur et belle-sœur, le couple Rebourg l’a recueilli).
Au n° 5 habitent d’autres Rebourg (Marcel et Jeanne et leurs deux enfants). En 1936, la famille « Rebourg Julien » a déménagé au 9, rue Gustave Paul, logement fourni par la fonderie. Au numéro 5 rue Lenglet seuls habitent les « Rebourg Marcel ». André Rebourg n’est pas recensé avec ses parents.
Marceau Rebourg est syndiqué à la CGT.
« En juin 1937, l’usine compte un millier d’ouvriers, dont 830 sont syndiqués à la CGT. Le 27 du même mois, un préavis de six jours pour grève est déposé, au sujet du changement de poste de travail de Marceau Rebourg, aide-mouleur dans la même entreprise. Le 1er
juillet, une réunion est organisée pour résoudre le conflit. Sont présents Léger, sous-directeur du service central des usines de Pont-à-Mousson, Pierre Ageron, directeur des fonderies de Foug, Jovignot, sous-directeur, Julien Rebourg et M. Chardard, secrétaire-adjoint du syndicat, en présence de l’inspecteur du travail et l’inspecteur départemental du travail de Nancy. Il est décidé que la sanction prise contre Marceau pour son refus de changement de poste s’achèvera le 3 juillet compris, et non au retour de son oncle Alphonse Rebourg de maladie. Il doit donc reprendre le travail le mardi 6 juillet
» (Le Maitron, notice Emeric Tellier).
Si Marceau n’est pas membre du Parti communiste, son père, militant communiste et secrétaire du Syndicat des Métaux, avait été élu conseiller municipal, déchu de son mandat en 1940, il est arrêté en juillet 1941 et il effectue 2 ans de prison « pour propagande communiste » à la centrale de Clairvaux.
Marceau et André Rebourg « sont licenciés le 6 mars 1940 sans motifs valables. Le 19 mars 1940, la direction de l’usine, prétextant que Julien Rebourg (leur père) n’y est plus salarié » (« affecté spécial » il a été muté d’office à l’Usine des Fonderies du Midi à Toulouse), « l’enjoint de quitter son domicile fourni par l’entreprise ». (Le Maitron, notice Emeric Tellier).
Des policiers français arrêtent Marceau Rebourg avec son frère André, Place Stanislas à Nancy, le 16 juin 1940.

Lettre de la prison de Saint Mihiel adressée à son frère André, interné au camp de St Paul d’Eyjeaux (visée par la censure le 17 mai 1942).

« Le directeur de l’usine P.A.M ayant fourni tous renseignements pour se venger » écrit André Rebourg, qui ne mentionne dans le questionnaire biographique que son seul frère ayant été arrêté avec lui.
Ils sont « brutalisés, envoyés au camp de concentration de Montignac-sur-Vézère (Dordogne)« , puis à celui de St Paul d’Eyjeaux, près de Limoges (Haute-Vienne).

Lettre de Marcel Rebourg à son frère André

Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle.

Marceau Rebourg s’évade du camp de Saint Paul d’Eyjeaux, le 30 janvier 1941 et rentre chez lui ; mais il est repris dès le 12 février 1941, et condamné à trois mois de prison pour évasion par le tribunal de Nancy.
Interné à la prison de Saint-Mihiel (Meuse), il y est encore le 17 mai 1942 (cf. lettre ci dessus à son frère, toujours interné au CSS St Paul d’Eyjeaux).

Le camp de St Paul d’Eyjeaux @ MRN Champigny

Il lui écrit « (…) comme tu peux t’en rendre compte par cette carte, je suis toujours à Saint-Mihiel. Les autorités allemandes font une enquête à mon sujet. Ils sont venus m’interroger le 7 mai à la prison. C’est pour cela que je suis encore ici. Mais je pense que je serais bientôt libre.
Ils m’ont principalement interrogé sur ma condamnation de 3 mois, enfin, je pense que tout çà va se terminer bientôt (…)
 » .

Mais Marceau Rebourg est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 10 juin 1942 en vue de sa déportation comme otage (il y porte le numéro matricule « 5997 »).

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marceau Rebourg est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Marceau Rebourg est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule «46.039» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date du décès de Marceau Rebourg à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre le ministère des Anciens combattants a fixé sa date de décès au 15 août 1942 afin de donner accès aux titres et pensions à sa famille. Un arrêté ministériel du 31 janvier 1997 paru au Journal Officiel du 8 mars 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès en reprenant la date de décès de l’état civil retenue par le ministère des Anciens combattants.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune de Foug.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son frère André Rebourg et deux lettres de celui-ci.
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (juillet 1992).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français,Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Et tome 40, page 15.
  • Courriel de son arrière petite-nièce Aurélie Lozahic qui a transmis le témoignage de sa grand-tante Roxane, en février 2014 qui a reconnu son frère Marceau Rebourg sur la photo d’immatriculation du N° 46039.
  • Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier / mouvement social, Julien Rebourg, notice de  Emeric Tellier.
  • Recensement de la population de Foug, 1931 et 1936.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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