Matricule « 46204 » à Auschwitz

Raymond Walter : né en 1907 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), où habite jusqu’en 1941 : puis dans l’Oise ; syndicaliste et communiste ; arrêté le 17 juillet 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 11 février 1943.

Raymond Walter est né le 7 mai 1907 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle), où son père est sellier-garnisseur.
En mars 1941, il habite dans cette commune, puis en juillet 1941 à Gouvieux (Oise), logé au château de Mont Villargenne, ou au château des Fontaines,  au moment de son arrestation (voir citation du Maitron, ci-après).
Il est ajusteur. En 1934, Raymond Walter est membre du bureau de l’Union locale CGTU de Lunéville.
« Militant actif du Rayon communiste de sa commune natale« , il est gérant de l’organe régional du Parti communiste « L’Est ouvrier et paysan  » en décembre 1934

, puis il gère  » La Voix de l’Est  » du 30 novembre 1935 jusqu’en 1936. Le directeur suivant est Louis Dupont, jusqu’au 25 août 1939.

Fin juillet 1935 ou début août, il épouse à Lunéville, Hélène-Louise Badina, sans profession. Elle est née à Lunéville le 29 mars 1910 (décédée le 9 avril 1889). Il est alors ajusteur dans cette ville (publication de mariages in l’Est Républicain du 2 août 1935).

Raymond Walter est candidat du Parti communiste aux élections cantonales d’octobre 1934 (canton de Lunéville-Sud).
Conscrit de la classe 1927, il a effectué son service militaire. Réserviste, il est mobilisé à la déclaration de guerre et rentre le 31 mars 1941 à Lunéville. Il habite alors au 19, rue de Lorraine.

Fin juin 1940, toute la Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la « zone réservée » allant des Ardennes à la Franche-Comté, destinée au « peuplement allemand ».  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Plus de 20 000 Allemands, soit l’équivalent de deux divisions, sont stationnés en permanence en Meurthe-et-Moselle. Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore sans état d’âme avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Il est démobilisé et rentre le 31 mars 1941 à Lunéville. Il habite alors au 19, rue de Lorraine. Il va ensuite travailler dans l’Oise. Militant communiste et syndicaliste connu, Raymond Walter fait l’objet d’une surveillance par la police, alors qu’il a pourtant quitté le département de Meurthe-et-Moselle.
« Au printemps 1941, il fit l’objet d’une surveillance alors qu’il se trouvait à Gouvieux dans l’Oise. Le sous-préfet de Lunéville avertit le sous-préfet de Senlis de sa présence et lui demandait de bien vouloir le surveiller. Dans une lettre du 23 mai 1941, il le présentait ainsi « Membre du syndicat unitaire des métaux de Lunéville, il en est devenu le secrétaire en 1934. Militant PC il était le bras droit de Gili Dante (1), ex secrétaire de cellule de Lunéville qui vient d’être déchu de la nationalité française. Propagandiste actif, mobilisé il est rentré le 31 mars 1941 à Lunéville, quelques jours plus tard il quittait Lunéville pour l‘Oise ». Le sous préfet de Senlis répondit le 13 juin 1941 « Il travaille à l’entreprise TOT Kurtz-Kranz au château de Mont Villargenne à Gouvieux où il est nourri et blanchi. Cette firme allemande a à son service près de 500 ouvriers, il est donc difficile de le surveiller. Il n’est pas domicilié chez Despretz à Gouvieux ». L’allusion à Despretz est doublement intéressante, l’information venait de la sous-préfecture de Lunéville, or Léon Despretz, sous le pseudonyme de Louis, fut par la suite l’un des plus hauts responsables du Front national dans l’Oise. Un rapport des renseignements généraux quelques jours avant donnait une information légèrement différente : « Il est employé à l’entreprise allemande MAUE, il travaille au camp d’aviation de Malassise commune d’Apremont et est hébergé avec un grand nombre d’ouvriers au château des Fontaines à Gouvieux ». (Maîtron)

Raymond Walter est arrêté le 16 ou le 17 juillet 1941 à Gouvieux-sur-Oise par la police française en raison de son passé communiste. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. Il y reçoit le numéro matricule « 1297 », numéro matricule qui correspond à un enregistrement le 16 juillet, pour les hommes arrêtés dans l’Oise.

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Raymond Walter est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46204 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Raymond Walter meurt à Auschwitz le 11 février 1943 d’après les registres du camp. Raymond Montégut lui rend hommage ainsi qu’à d’autres de ses camarades « En écrivant ces lignes, c’est à vous mes chers camarades que je pense (…), Romanès, Walter, Winger et Boyer qui traînèrent jusqu’aux premiers froids leur squelettique carcasses« . Raymond Montégut « Arbeit macht frei » page 233. Ed. Du Paroi, 1973.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1955.

  • Note 1 : Dante Gili, né le 19 juillet 1911 à Lunéville est mort en déportation le 19 janvier 1945 à Gusen ; il était « facteur mixte » à la SNCF ; militant cégétiste et communiste de Meurthe-et-Moselle, il fut arrêté le 2 août 1941 pour distribution de tracts et « communisme ».

Sources

  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (janvier 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 43, page 339. Edition 2011 note de Jean Pierre Besse.
Affiche de la conférence du 5 juillet 1997 salle Pablo Picasso à Homécourt
Le Républicain Lorrain 28 juillet 1997

Notice biographique rédigée en 1997 pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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