Matricule « 45658 » à Auschwitz

Robert Henry à Auschwitz le 8 juillet 1942

Robert Henry : né en 1917 à Fouquerolles (Oise) ; domicilié à Beauvais (Oise) ; scieur de bois à la SNCF ; communiste ; arrêté le 12 décembre 1940 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 7 septembre 1942

Robert Henry est né le 30 avril 1917 à Fouquerolles (Oise). Il habite à la Ferme des Cent mines à Bresles-sur-Oise, puis au 25, rue Jean Mazille à Beauvais (Oise) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, dite Palmyre, Henry, célibataire (selon l’acte de décès de Robert Henry). Sa mère, Palmyre née le 25 septembre 1882 à Fouquerolles est cuisinière en 1901. Elle épouse le 25 mai 1901 Louis, Alphonse Gasté à Fouquerolles. Elle a deux
filles de ce mariage, Suzanne Estelle, née en 1902 et Louise, née en 1906.
Louis Gasté meurt le 10 juillet 1914, avant la déclaration de guerre. En 1921, Robert Henri vit avec sa mère et ses deux demi-
sœurs à Fouquerolles.
Robert Henry est célibataire et travaille comme scieur de bois à la SNCF. Il est considéré par les services de renseignements de la Sureté comme un « militant communiste actif« .

Dès le début juin 1940, l’Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’Occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du pouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »). Paul Vacquier, nommé Préfet de l’Oise par intérim le 22 mai 1940, au début de l’offensive allemande, cherche à partir de sa nomination définitive (5 septembre 1940) « à maintenir un semblant de souveraineté française à l’échelon local, ce qui lui vaut son départ en novembre 1942 » (in Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »). Ainsi, lorsque le chef de la Feldkommandantur 580 (le Major général Paul Genée) à Amiens insiste auprès de lui pour que la fiche qui  été demandée à la Préfecture pour chaque interné pour activité communiste au Frontstalag 122,  indique « son activité politique antérieure (très détaillée si possible), ainsi que les raisons qui militent pour ou contre sa prompte libération du camp d’internement », Paul Vacquier écrit au Ministre secrétaire d’État à l’Intérieur pour lui transmettre ses inquiétudes par rapport à cette demande : « Étant donné que parmi les internés du camp de Compiègne une vingtaine déjà ont été fusillés en représailles d’attentats commis contre les membres de l’armée d’occupation, il est à craindre que ces autorités aient l’intention de se servir de mon avis pour désigner de nouveaux otages parmi ceux pour lesquels j’aurais émis un avis défavorable à la libération. Me référant au procès-verbal de la conférence des préfets régionaux du 4 février 1942, qui précise “qu’en aucun cas les autorités françaises ne doivent, à la demande des autorités allemandes, procéder à des désignations d’otages”, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me donner vos directives sur la suite qu’il convient de réserver à la demande dont je suis saisi… ».
Le 17 octobre 1940, le commissaire de police spécial de Beauvais remet au Kreikommandant de Senlis une liste des communistes de l’arrondissement de Beauvais. Le nom de Robert Henry y est inscrit avec celui de René Driesen (né le 29 août 1895 à Beauvais, il est déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen-Oranienburg où il meurt le 20 mai 1944).
Robert Henry est arrêté le 12 décembre 1940 pour distribution de tracts communistes. Il est condamné à 6 mois de prison. Sa fiche au Service historique de la Défense à Caen mentionne qu’il reçoit le matricule « 1457 » au camp allemand de Royallieu à Compiègne (soit entre la fin juillet et le 10 août 1941, ces dates correspondent à des numéros matricules de « 45000 » qui précèdent ou suivent le sien). Ce qui signifie qu’à l’expiration de sa peine en juin 1941, il a soit été libéré, puis arrêté à nouveau et incarcéré à Compiègne à la demande de la Feldkommandantur 580 , soit interné administrativement (1) puis réclamé par la Feldkommandantur 580. On relève en effet plusieurs arrestations dans l’Oise de futurs déportés de son convoi à la mi-juillet 1941.
Le 13 avril 1942, le commissaire principal aux renseignements généraux de Beauvais a transmis au Préfet Paul Vacquier 66 notices individuelles concernant des internés au Frontstalag 122 à Compiègne, que le Préfet transmet au Feldkommandant ( il semble toutefois que le Préfet n’avait transmis que des renseignements concernant l’état civil, la parenté et la situation matérielle ». Parmi eux  Robert Henry et 18 autres militants seront déportés à Auschwitz.
Le 13 mai, 1942 le Préfet de l’Oise demande au secrétaire d’État à l’Intérieur d’intervenir pour la libération de 24 «personnes non susceptibles d’être dangereuses ». Parmi les noms figure celui de Robert Henry.
Le 29 juin 1942, le Préfet Paul Vacquier écrit à la Feldkommandantur 580 pour essayer d’obtenir la sortie du Frontstalag 122 de 64 ressortissants de l’Oise – dont Robert Henry – au motif  « qu’aucun fait matériel d’activité communiste n’a été relevé à leur encontre depuis l’arrivée des forces allemandes dans la région » , envisageant la possibilité d’interner certains d’entre eux « dans un camp de concentration français ». Son courrier restera sans réponse.

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Robert Henry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Robert Henry est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45.658 »Selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz, on trouve en effet face au numéro matricule « 45658 » qui lui correspond par ordre alphabétique,  la date de décès du 7 septembre 1942. Or il est mort à cette date, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz. La photographie anthropométrique est par ailleurs celle un homme de son âge. Mais seule une identification par une personne l’ayant connu ou possédant des photographies de lui pourrait lever le doute. l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Robert Henry meurt le  7 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 438.
Sa fiche d’état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il
serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d’après guerre sur les états civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l’ouvrage « Death Books from Auschwitz » publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il est déclaré Mort pour la France le 30 mars 1950.
Son nom est honoré sur le monument aux morts de Fouquerolles et sur une plaque SNCF au bout du quai principal en gare de Beauvais.

  • Note 1 : Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les
    conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des «individus dangereux pour la défense
    nationale ou la sécurité publique
    ». Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d’application du décret-loi du 18 novembre 1939 |

Sources

  • Recherches de Mme Denise Benoit, enseignante (27 septembre 1993).
  • Page «La répression», in brochure de Marcel Dubos et Claude Aury (1974).
  • Mairie de Beauvais : Acte de décès établi le 4 octobre 1946.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste
    (incomplète) par matricules du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les
    historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des
    victimes des conflits contemporains (Ministère dela Défense, Caen) indiquant
    généralement la date de décès au camp.
  • Archives en ligne de Fouquerolles (état civil et recensement).

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007
complétée en 2011, et 2018. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à
Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942
», Editions Autrement, 2005
Paris et de «Mille otages pour Auschwitz,
le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000
 », éditions Graphein,
Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées
de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de
cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un
courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.