Charles Bonfils le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.268 » à Auschwitz

Charles Bonfils : né en 1887 à Maisoncelle-Tuilerie (Oise) ; domicilié à Voisinlieu (Oise) ; menuisier, chef de train SNCF ; syndicaliste et communiste ; arrêté le 21 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 27 octobre 1942.

Charles Bonfils est né le 4 novembre 1887 à Maisoncelle-Tuilerie (Oise).  Il est chef de train à la SNCF et habite au 139 route de Paris à Voisinlieu (Oise) tout près de Beauvais au moment de son arrestation. Il est le fils d’Alphonsine Beaugrand, 18 ans, encarteuse de boutons et de Nathalis Bonfils, 20 ans, journalier, qui reconnaît l’enfant avant leur mariage. Il a une sœur, Angèle, qui naît le 29 novembre 1890.
Charles Bonfils est menuisier et habite à Allonne (Oise) au moment du Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 54, a les cheveux et sourcils blonds, les yeux marron clair, le front bas et le nez et la bouche moyens, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire).
Conscrit de la classe 1907, il devance l’appel et obtient le 12 août 1908 au Dépôt du matériel de La Fère, le certificat d’aptitude prévu par la circulaire du 25 juin 1908 (« assez bon ouvrier ») pour les candidats ouvriers de l’armée. Il est incorporé le 7 octobre 1908 et est intégré au 72ème Régiment d’Infanterie le jour même. Il est nommé sapeur le 25 septembre 1909. Il est envoyé en congé le 25 septembre
1910 en attendant son passage définitif dans la Réserve de l’armée active (1er ctobre 1910, certificat de bonne conduite accordé).
Il vient alors habiter au 32, rue de l’École maternelle à Voisinlieu.

Charles Bonfils épouse Alphonsine, Hélène Le Clément (elle est née le 25 mars 1891 à Saint-Martin-le-Nœud, comme son jumeau Alphonse). Le couple a deux enfants (Éliane née à Creil en 1911 et Jacques né en 1915 à Marissel).
En janvier 1912, il est « affecté spécial complémentaire » au titre de la Réserve de l’armée active comme « garde frein » à la Société des Chemins de fer du Nord. Son registre matricule militaire indique qu’après la mobilisation générale de 1914 il est en campagne « contre l’Allemagne » du 2 août 1914 au 11 novembre 1918. Il est toutefois possible qu’il ait été maintenu dans son affectation spéciale en tant que réserviste à la  « 5ème section de chemins de fer de campagne ». Charles Bonfils est « affecté spécial » dans la réserve militaire au titre de « chef de train » en 1927.
Il habite alors au 9 grande rue, à Voisinlieu.
Membre du Parti communiste, il est candidat aux élections cantonales de 1934 (Beauvais-Sud). Il est tête de liste en 1935 pour les élections municipales de Voisinlieu. En 1938, il est élu conseiller municipal au deuxième tour avec son camarade Louchard (Maitron).
Syndicaliste, il est trésorier-adjoint du syndicat unitaire des cheminots de Beauvais.
Il est déchu de son mandat de conseiller municipal en février 40 par le conseil de préfecture (le Parti communiste étant interdit à la suite des décrets de septembre 1939)  « pour n’avoir pas répudié catégoriquement toute adhésion au parti communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé » (loi du 20 janvier 1940 sur la déchéance des élus communistes / Journal Officiel du 21 janvier 1940.
Dès le début juin 1940, l’Oise est envahie par les troupes de la Wehrmacht. Nombre de villes et villages sont incendiés ou dévastés par les bombardements. Département riche en ressources agricoles, industrielles et humaines l’Oise va être pillé par les troupes d’Occupation. Ce sont les Allemands qui disposent du ouvoir réel et les autorités administratives françaises seront jusqu’à la Libération au service de l’occupant (Françoise Leclère-Rosenzweig, « L’Oise allemande »).
Charles Bonfils est cheminot (chef de train) à la compagnie des Chemins de fer du Nord au moment de son arrestation.
Le 20 octobre 1941, le commissaire de police spécial de Beauvais remet une liste des communistes de l’arrondissement à la Kreikommandantur. Charles Bonfils y est inscrit comme militant, avec quatre autres habitants de Voisinlieu.
Charles Bonfils est arrêté le 21 octobre 1941, par la police allemande.
Il est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Bonfils est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45268 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.

Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

L’entrée du camp d’Auschwitz I

Charles Bonfils meurt à Auschwitz le 27 octobre 1942 d’après les registres du camp (réponse du Musée d’Auschwitz à mon courrier de 1999).
Son état civil établi le 27 janvier 1946 à Beauvais porte une autre date : «décédé le 15 novembre 1942 à Auschwitz». L’arrêté du 26 août 1987 publié au JO du 30 septembre 1987, a apposé une nouvelle date à l’occasion de l’apposition de la mention « mort en déportation » porte encore une autre date « le 15 décembre1942« .

Il a été déclaré « Mort pour la France« .
Une rue Charles Bonfils honore son nom à Beauvais-Voisinlieu.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Identification par des rescapés du convoi (réunion du 10 avril 1948). Liste parue dans « Après Auschwitz » n° 20 mars avril 1948.
  • Réponse du Musée d’Auschwitz pour compléter une liste envoyée par Claudine Cardon-Hamet le 24 juillet 1999.
  • Correspondance avec Jean Pierre Besse, chercheur à Creil, collaborateur du Maitron (communication de ses recherches aux archives départementales de l’Oise (F7/13682 série M) et auprès de l’état civil de la mairie de Maisoncelles.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • Septembre 1993, lettre et communication de ses recherches par Mme Denise Benoit (avis de décès).
  • Etat civil et Registres matricules militaires de l’Oise en ligne. Acte de décès.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007 complétée en 2010, 2015, 2018 et 2021. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz,
le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000
», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées
de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un
courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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