Matricule « 46.282 » à Auschwitz

Charles Hadjadje, militant communiste,
arrêté pour motif politique, déporté comme Juif

Charles Hadjadje : né en 1913 à Alger ; domicilié à  Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis ; cycliste PTT, facteur ; syndiqué CGT, communiste ; arrêté 26 janvier 1942 ; interné aux camps de Voves et de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 27 juillet 1942.


Charles Hadjadje est né le 10 août 1913 à Alger, au domicile de ses parents, 4, rue Rochambeau.
Il habite au 20, rue Mathieu à Saint-Ouen dans le département de la Seine (actuellement en Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Henriette Alliel, 24 ans, sans profession, et de Braham Hadjadje, né le 20 février 1886, bijoutier, son époux. Ses parents se sont mariés le 21 septembre 1909 à Alger. Il a trois sœurs toutes trois nées à Alger : Fernande, née le 6 août 1910, Zina, née le 25 août 1911 et Lucienne, née le 17 octobre 1915.
Il quitte l’Algérie dans les années 1920. Il est d’origine juive.
En avril 1932, employé comme apprenti chez un confiseur, il se retrouve au chômage. Il est adhérent aux Jeunesses communistes (sous-rayon du 18ème arrondissement).
Il retrouve du travail aux PTT, comme « releveur cycliste », au bureau PTT du 18, rue de Clignancourt.
Le 21 juin 1932, il est interpellé avec un autre jeune communiste au cours d’un collage d’affichettes appelant à un meeting. Quoique relâché le jour-même, il est désormais fiché aux Renseignements généraux et sa hiérarchie professionnelle est informée de son arrestation. Sa sœur Lucienne se marie en 1933 à Paris.
Le 6 octobre 1934, à la mairie de Paris 18 ème, Charles Hadjadje épouse Julie Frey, 21 ans, née le 8 août 1913 à Saint-Ouen. Elle est dactylo, puis comptable et de confession catholique. Elle est domiciliée au 35 rue du Ruisseau. Charles Hadjadje s’inscrit sur les listes électorales de Saint-Ouen, domicilié au 65 rue Victor Hugo.
Le couple a une fille, qui naît en 1937.
Charles Hadjadje est employé au tri postal au bureau de la Porte de Montmartre, puis comme facteur.
Charles Hadjadje est, selon le témoignage de son neveu, membre du Parti communiste, comme sa femme et ses sœurs.
Lors de la déclaration de guerre, il est mobilisé au 11 ème régiment de Dragons portés cantonné à Saint-Germain-en-Laye, de septembre 1939 à juillet 1940. Son régiment combat du 10 au 22 mai en Belgique, puis se replie sur Hénin-Liétard.

Le 13 juin 1940 l’armée allemande occupe Saint-Denis, puis Saint-Ouen. Le 14 juin, l’armée allemande occupe Drancy et Gagny et entre par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Après sa démobilisation, Charles Hadjadje travaille au guichet des télégrammes, rue Duc (Paris 18ème).

Le Matin du 10 octobre 1940

Mais le régime de Vichy promulgue des lois antisémites dès octobre 1940 («lois sur le statut des Juifs ») qui excluent les Juifs de la Fonction publique. Charles Hadjadje est alors licencié
de son emploi aux PTT en tant que Juif et se retrouve à nouveau au chômage.
Le 26 janvier 1942, le Préfet ordonne l’internement administratif de Charles Hadjadje, soupçonné de propagande communiste, en application du décret du 18 novembre 1940.
Il est conduit le jour même au Dépôt de la Préfecture, la direction des Renseignements généraux demandant qu’il y soit écroué et maintenu.
Charles Hadjadje a en effet adressé un véhément télégramme de protestation au directeur du camp des Tourrelles où sa sœur est internée administrative. Selon le fichier national des archives du DAVCC « Il est arrêté en février 1942, pour être intervenu en faveur d’une personne détenue politique aux Tourelles ». Selon le témoignage de son neveu, Christian Hadjadje, il aurait envoyé « un télégramme à un ministre pour protester contre l’arrestation de sa sœur Lucienne », dénoncée comme communiste… « Il fut arrêté, nia être l’auteur du télégramme,  mais fut confondu par son écriture ». « Lucienne fut déportée par la suite et survécut à sa déportation« . Voir note 1.
Charles Hadjadje semble avoir transité par le camp d’Aincourt, avant la fermeture du camp des hommes en mai 1942. Le 26 avril 1942, Charles Hadjadje est interné au CIA de Voves ouvert le 5 janvier 1942, avec 91 autres détenus du camp d’Aincourt. Il y reçoit le matricule « 231 ». Lire dans le site : Le camp de Voves. 
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Charles Hadjadje figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit : « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique que « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Le directeur du camp a fait supprimer auparavant toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Arrêté pour un motif politique et connu comme communiste par les Renseignements généraux, il va néanmoins figurer sur la liste des 50 otages juifs du convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45.000 ».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Hadjadje est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Charles Hadjadje est  enregistré à Auschwitz sous le numéro matricule « 46282 ». Son nom est inscrit sur la liste N°3, celle des déportés Juifs du convoi (lire dans le site : la Liste des déportés juifs du convoi.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Charles Hadjadje meurt très peu de temps après son arrivée à Auschwitz, le 27 juillet 1942, d’après les registres du camp, date que reprend l’arrêté du 4 novembre 1993, publié au JO du 4 janvier 1994 portant apposition de la mention « mort en déportation » sur son acte d’état civil.

Square des « 45000 » et « 31000 »

Ainsi que celui des autres déporté(e)s dyonisiens du convoi du 6 juillet 1942 (les « 45.000 »)
et du convoi du 24 janvier 1943 (les « 31.000 »), le nom de Charles Hadjadje  est honoré par un monument et une plaque dans un square de Saint-Ouen, rue Kléber, baptisé Square des « 45000 » et « 31000 ».

  • Note 1En mars 1942, sa sœur Lucienne (épouse Decaster en 1933, alors en instance de divorce) est arrêtée pour propagande clandestine dans le 18ème arrondissement. Elle est  inculpée d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Conduite au dépôt de la préfecture de police, elle est écrouée à la prison pour femmes de la Petite-Roquette. Condamnée à 6 mois de prison, elle n’est pas libérée à la fin de sa peine. Le préfet signe son internement administratif car elle est une « militante particulièrement active de l’ex-Parti communiste ». Elle est internée à la caserne des Tourelles, boulevard Mortier (Paris 18ème). Le 31 janvier 1944, Lucienne Decaster est déportée depuis Compiègne dans un convoi de 959 femmes à destination du camp de concentration de Ravensbrück, où elle reçoit le numéro
    d’immatriculation « 27105 » ; d’abord affectée au kommando Hambrechts du camp de Flossenbürg, elle est transférée à Holleischen, un autre Kommando de Flossenbürg, où elle est libérée le 5 mai 1945 et rapatriée le 25 mai 1945. A son retour des camps, elle épouse Emile Verger en 1948.

Sources

  • Archives de la ville d’Alger, 1913. Etat civil des naissances et tables décennales.
  • Liste – incomplète – par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporain (Ministère de la Défense, Caen).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Témoignage et lettres de son neveu Christian Hadjadje (2007 et 2008). Il avait entamé des recherches à la demande de sa cousine, fille de Charles Hadjadje, et m’a contacté par l’intermédiaire de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Notice biographique rédigée en novembre 2007 (complétée en 2014,  2019, 2020 et 2022) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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