Roger Huart, le 8 juillet 1942

Matricule « 45.671 » à Auschwitz

Roger Huart : né en 1905 à Souvigné (Indre-et-Loire) ; domicilié à Tours (Indre-et-Loire) ; monteur de lignes PTT ; secrétaire régional du Parti communiste ; arrêté dans le 4 juillet 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 2 octobre 1942.

Roger, René Huart est né le 7 novembre 1905 à Souvigné (Indre-et-Loire).
Il habite à Tours au 73, rue des docks au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise, Augustine Lucas, 31 ans, née le 17 septembre 1874 à Souvigné ménagère et de René, Henri Huart, 40 ans, né le 7 mars 1865 à Sauvigné et charron dans ce gros bourg. Sa mère décède en mars 1908.
Il a deux frères aînés, Aurélien, né en 1898 et Henri, né en 1901, et cinq demi-frères à la suite du remariage de son père avec Marthe Chartrain (Kléber, 1910, Marceau, 1911, Hoche, 1912, Faidherbe 1913, Joffre, 1915).
Après avoir travaillé à la campagne jusqu’à son service militaire, Roger Huart entre aux PTT de Tours en 1926 et milite alors au syndicat unitaire (CGTU).
Il est successivement télégraphiste, puis monteur de lignes.
Roger Huart épouse Odette, Madeleine Boutreux le 20 octobre 1928, à Tours. Elle est couturière, 19 ans, née à Tours le 1er octobre 1909. Roger Huart travaille comme télégraphiste et habite au 24, rue de Madagascar.
Le couple habite dans cette ville en 1936 au 73, rue des Docks. Ils ont deux enfants (Jean est né à Tours en 1930. Un autre enfant nait vers 1937. Ils sont âgés de 5 et 11 ans au moment de son arrestation).
Roger Huart adhère au Parti communiste en 1932. Il est secrétaire du rayon (section) de Tours, membre du bureau fédéral d’Indre-et-Loire et secrétaire régional adjoint en 1937/38. Il est délégué au Congrès national d’Arles du Parti communiste en 1937.

L’Humanité du 20 mai 1939 (montage Pierre Cardon)

Il est candidat aux élections cantonales à Richelieu (Indre-et-Loire) en 1937 et mai 1939.

L’Humanité octobre 1937

« Lecteur, il écrivait en 1938 : depuis 6 ans travaille sur
la révolution russe « en suivant automatiquement ces ouvrages au fur et à mesure de leur réalisation 
» Le Maitron.
Il est  secrétaire régional du Parti communiste en 1939.
Il est mobilisé en 1939.
Entre le 10 et le 13 juin 1940, Tours est la capitale provisoire de la République.
Une partie du centre de la ville est totalement détruite par des obus incendiaires allemands les 20 et 22 juin. La Wehrmacht entre dans Tours le 21 juin 1940.Le 22 juin, l’armistice est signé : la moitié nord de la France et toute la façade ouest sont occupées. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Démobilisé, il reprend son travail aux PTT et son activité militante.
Roger Huart est  déplacé d’office sur ordre de M. Barra, directeur départemental des PTT (« La Voix du Peuple  » du 19 mai 1945).

Roger Huart est arrêté le 4 juillet 1941 comme « propagandiste » et purge probablement une peine de prison. Il est probable que son arrestation ait lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêteront plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française (les préfectures ayant fourni les listes de communistes et syndicalistes à la demande des Allemands).
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), entre le 18 août et le 30 septembre 1941 (fourchette des dates d’enregistrement connues correspondant à son n° matricule à Compiègne le n° 1588).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Roger Huart  est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45671 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. 

Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Roger Huart meurt à Auschwitz le 2 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 478). Sa fiche d’état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 14 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d’après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l’ouvrage « Death Books from Auschwitz » publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995.

La mention « mort en déportation » a été apposée sur son état civil (JO du1er décembre 1992).

A partir du 19 mai 1945, l’hebdomadaire régional du Parti communiste « La Voix du peuple de Touraine » consacre une série d’articles à Roger Huart, Jacques Mazein, Bernard Chauveau, André Marteau, Roger Morin, Le Tondu, Seguin, Legendre, Hayot, assassinés à Auschwitz et Birkenau dans des conditions épouvantables. 

Ces articles ont pour but de « retrouver et châtier les responsables de leur livraison à la Gestapo« . 

La Voix du Peuple du 19 mai 1945

Une plaque au nom de Roger Huart est apposée à Tours, au jardin Velpeau.
La mémoire de Roger Huart est honorée sur le site de la fédération du PCF de Touraine.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen à André
    Montagne
    , alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Acte de mariage Tours.
  • Etat civil de Souvigné.
  • Journaux locaux 1942 et 1945 (sources Robert Guérineau).
  • Lettre de Stanislaw Tamowsky au «Patriote Résistant» (1972).
  • Enquêtes de Robert Guerineau (1980) et Jean-Claude Guillon (1980) bibliothécaire retraité, membre de l’Institut CGT d’histoire sociale en région centre, collaborateur du Maitron. 
  • Guérineau-Guillon, La Touraine sous le règne des Feldkommandants. Dans la lutte pour la Libération, les patriotes communistes face à l’occupant nazi. 
  • Robert Vivier, correspondant du Comité d’Histoire de la deuxième guerre mondiale : Loir et Cher, l’Occupation
    allemande
    .
  • Courriers de Roger Prévost, (déporté résistant à Sachsenhausen, de l’ADIRP d’Indre-et-Loire, 1981 et 1991, 1993).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil du camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. D. Senécal Tome 31, page 405
  • Courriel de M. Rolland Zampilli, de Livry Gargan (mai 2012).

Notice biographique rédigée en octobre 2010 (complétée en 2017 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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