Matricule « 46.018 » à Auschwitz

Gustave Prothais : né en 1887 à Etouy (Oise) ; domicilié à Fitz-James (Oise) ; métreur ; communiste ; interné au camp de Plainval en avril  1940 ; camp de Sablou ; arrêté le 3 avril 1941, puis le 9 juillet 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 31 octobre 1942

Gustave Prothais est né le 11 décembre 1887 à Etouy (Oise).
Après avoir vécu à Agnetz, il habite à Fitz-James (Oise) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Luçon, 25 ans, ménagère et d’Alphonse Prothais  28 ans, terrassier, son époux.  Gustave Prothais est métreur en bâtiment. Il a une sœur, Adélaïde, née en 1898).
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 69, a les cheveux châtain clair, les yeux bleus, le front fuyant et moyen, le nez rectiligne, le menton rond le visage plein. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Il obtient le Certificat d’études et en 1900 il est embauché par l’entrepreneur de maçonnerie Perpette à Senlis.
« Titulaire du certificat d’études, il commença à travailler en 1900 comme commis d’architectes. Il exerça la profession de métreur indépendant à partir de 1925 après avoir été licencié pour raisons politiques d’une entreprise où il travaillait depuis 1912 (la maison Cussac, entreprise générale de bâtiment à Clermont) » (Le Maitron)

Il se marie 29 février 1908 à Etouy avec Mélanie, Célinie Montillet (née le 27 janvier 1890 à Etouy en 1890). En 1936, Mélanie Montillet, infirmière, milite à la CGT et  au Comité mondial des femmes contre la guerre. Le couple habite rue du moulin chez les parents de Gustave Prothais. Ils ont deux enfants (Gustave, né à Clermont-de-l’Oise en 1914 et Denise, née à Agnetz en 1922).

Croix de guerre étoile de bronze

Gustave Prothais et son épouse habitent à Etouy (Oise) au moment du Conseil de révision : conscrit de la classe 1907, Gustave Prothais est ajourné pour « faiblesse » par le conseil de révision en 1908. Soutien de famille, il est déclaré bon pour le service par le CR de 1909. Il est appelé sous les drapeaux le 8 octobre 1909 et incorporé le même jour au 58èmeRégiment d’Infanterie. Il passe comme musicien à la SHR (Section Hors Rang) le 29 janvier 1910. Gustave Prothais est « envoyé en congé » le 24 septembre
1911, certificat de bonne conduite accordé« en attendant son passage dans la réserve de l’armée active » qui a lieu le 1eroctobre 1911.  En 1911, le couple habite 18, route de Montataire à Creil.
En 1912, Gustave Prothais commence à travailler pour la Maison Cussac, entreprise générale de bâtiment et hangars agricoles à Clermont. Le couple habite à cette date à Etouy.
En 1913 ils déménagent au 59, rue des Fontaines à Clermont de l’Oise.
Gustave Prothais est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il arrive au 51ème Régiment d’Infanterie à Beauvais le 3 août 1914.
Le 1er avril 1915, il est déclaré insoumis par le 51ème Régiment d’Infanterie : il est en fait présent au 251ème Régiment d’Infanterie, 23ème compagnie (note du Lieutenant-Colonel commandant ce régiment). Il est rayé de l’insoumission le 7 mai 1915. Il passe au 66ème Régiment d’Infanterie le 23 février 1919.
Gustave Prothais est cité à l’ordre du jour n° 373 du régiment (30 avril 1917) : « Au cours des attaques des 16 au 20 avril 1917, s’est dépensé sans compter et a fait preuve de courage et de dévouement, en allant relever en première ligne, sous un fort bombardement, de nombreux blessés ». Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 25 mars 1919.
Son classement dans la réserve de l’armée active est mis en sursis comme directeur de la Maison Cussac de Clermont (entreprise générale de bâtiments et hangars agricoles).
La famille Prothais va habiter des communes voisines de Creil et de Clermont : en 1925, ils habitent à Agnetz. En janvier 1926 au 12 rue de la gare à Creil. En octobre 1927 au hameau de Hez à Agnetz. En 1935, ils habitent à Fitz-James.
Libre penseur, Gustave Prothais adhère au Parti communiste en 1925, et devient trésorier départemental du Parti communiste de l’Oise en 1931 et membre du comité régional de la région Picarde (Somme et Oise) en 1936.

Le Courrier de l’Oise, 24 avril 1932 candidatures aux législatives

Gustave Prothais est candidat aux élections législatives en 1932 dans la circonscription de Compiègne, aux cantonales (canton de Clermont) en 1934 et au conseil d’arrondissement en 1937. En 1932, il échoue aux élections municipales partielles de Fitz-James, mais il est élu dès le premier tour à Fitz-James aux élections municipales de 1935 sur une liste d’union antifasciste (avec 131 voix sur 237 exprimés).
En octobre 1936, Gustave Prothais est définitivement libéré des obligations militaires.

En 1937, il est candidat au élections cantonales d’Octobre.

L’Humanité du 6 juillet 1937, candidats communistes de l’Oise

« Il fut délégué à la conférence nationale d’Ivry-sur-Seine (1934) et aux congrès
nationaux de Villeurbanne (janvier 1936) et d’Arles (décembre 1937). Il était trésorier du groupe de la libre-pensée de Fitz-James
 » (Le Maitron).

Il fait partie du comité directeur du «Secours Populaire de France et des colonies» départemental de l’Oise (Le Maitron).

Au début de 1940, il est déchu de son mandat municipal par le conseil de préfecture (les conseils de Préfecture ont ainsi déchu tous les élus communistes refusant de renier leurs convictions). D’après les Renseignements généraux, il a même fait publiquement savoir qu’il ne s’est jamais désolidarisé du Parti communiste après la dissolution de celui-ci. Le 1er avril 1940, informé par le commissaire de police de Senlis, le commissaire spécial signale l’attitude de Gustave Prothais au Préfet de l’Oise estimant que sa présence à Clermont est « indésirable », et propose son internement dans un « camp d’éloignement ». Gustave Prothais écrit-il « continue actuellement une propagande sournoise et perfide ». Quelques jours plus tard, le même commissaire de police de Senlis attire l’attention du commissaire spécial sur Galland, militant communiste de Vineuil-Saint-Firmin.
Le 15 avril, le Préfet ordonne l’internement administratif de Gustave Prothais : le 20 ou le 22 avril 1940 il est arrêté par la gendarmerie de Clermont et interné au camp de séjour surveillé de Plainval, à 3 kilomètres de Saint-Just-en-Chaussée (Oise).
Au début de l’offensive allemande, les internés de Plainval sont évacués sur le « 
Centre de séjour surveillé pour indésirables français » de Sablou (Dordogne).
Selon le récit de Gustave Prothais rapporté par l’association « Mémoire vive », « une commission d’enquête composée de quatre civils vient dans le camp, au cours de l’été, pour interroger individuellement les détenus afin de déterminer lesquels peuvent être libérés. Vers la fin du mois d’août, le capitaine commandant du camp montre aux internés une liste de 250 détenus libérables pour cause de maladie ou parce qu’âgés de plus de cinquante ans, sur laquelle Gustave Prothais est inscrit pour les deux motifs. Mais le capitaine explique que leur départ est retardé pour cause de paralysie des transports.

Eté 1940, internés politiques et visite des familles au camp du Sablou

Les détenus de la liste bénéficiant dès lors d’ « une assez grande liberté de circuler », Gustave Prothais peut exercer son métier de métreur dans une entreprise demaçonnerie de Montignac, village où il s’installe, chez sa sœur. Interrogé en septembre sur les possibilités de rapatriement, le capitaine « fait comprendre » aux internés de la liste qu’ils doivent se débrouiller eux-mêmes en empruntant un train de réfugiés. Néanmoins, il ne leur remet aucune autorisation écrite de libération. Apprenant que d’autres détenus de la liste sont retournés chez eux, Gustave Prothais dépose une demande de certificat de rapatriement de réfugié par chemin de fer le 28 septembre auprès de la mairie de Montignac. Laquelle lui délivre ce document le 4 octobre, jour de son départ. Il arrive à Paris avec sa sœur et sa famille le 6 octobre. Rentré aussitôt à Fitz-James, il reprend son emploi dès le lendemain. Par la suite, son patron témoigne qu’il travaille avec assiduité et efficacité. Gustave Prothais héberge alors sa fille, dont le mari est prisonnier de guerre et qui est « impotente du bras droit » après avoir passé deux mois à l’hôpital ; son épouse a dû quitter son emploi pour s’occuper d’elle et de son bébé ».
Il quitte Sablou  le 4 octobre 1940 (au total 18 internés quittent ainsi le camp entre le 20 octobre et le 5 novembre 1940).
Rentré chez lui, Gustave Prothais recrute des patriotes pour des groupes de l’O.S (l’Organisation Spéciale, créée par le Parti communiste). Il participe à la constitution du premier comité du «Front national pour la libération de la France», constituant des dépôts d’armes.
A la mi-mars 1941, le commissaire spécial de l’Oise est informé que des tracts, papillons et brochures communistes sont diffusés
à Clermont et environs : Gustave Prothais est suspecté. Le 22 mars, la Sureté Nationale demande au Préfet de l’Oise d’enquêter sur Gustave Prothais, signalé comme s’étant évadé du camp du Sablou.
Le 3 avril 1941, deux inspecteurs de la police spéciale de Beauvais l’arrêtent à son travail à la quincaillerie Albert Lilié, 13, rue des Fontaines, à Clermont. Il est conduit devant le procureur de la République de Clermont, mais celui-ci ouvre simplement une information judiciaire.
Le 5 avril, le commissaire spécial de Beauvais demande par écrit au préfet de l’Oise que la mesure d’internement administrative de 1940 soit à nouveau appliquée à Gustave Prothais. De plus une « une de ses fiches biographiques établie par la commission des cadres du PCF fut saisie par la police, en mai 1941, dans le cadre de l’arrestation de Jean Catelas » (Le Maitron).

Gustave Prothais est arrêté à nouveau le 9 juillet 1941, dans la même période que Paul Crauet (4541) Georges Gourdon (45622), Maurice Bataillard (45203) et André Gourdin (45621) tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) entre le 13 et le 16 juillet 1941. Il y reçoit le numéro matricule « 1284 ». Il est  affecté au camp C9.

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation :
La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».


Depuis le camp de Compiègne,
Gustave Prothais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46.018 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Gustave Prothais meurt à Auschwitz le 31 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 968).Sa fiche d’état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 30 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 18 avril 1998). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. Une rue de Fitz-James porte son nom.
Son épouse Mélanie Prothais est candidate aux élections municipales de Fitz-James en 1945. Elle est décédée le 22 janvier 1967 à Clermont. Son fils a participé activement à la Résistance. 

Sources

  • Correspondance avec Jean-Pierre Besse, chercheur à Creil, collaborateur du Maiton (communication de ses recherches aux archives départementales de l’Oise – séries M et W – et auprès de l’état civil des mairies).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 39, page 239. Notes par G. Mader et notice signée de Jean-Pierre Besse..
  • Archives départementales de l’Oise, Beauvais ; cote 33W 8253/1, mesures contre les communistes ; cote 141w 1162, Internement administratif.
    Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.

Notice biographique rédigée par Claudine Cardon-Hamet en 2007, complétée en 2011, 2018 et  2021. Docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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