Charles Rouyer : né en 1907 à Clichy-la-Garenne (Seine) ; domicilié à Gennevilliers (Seine) ; conseiller municipal communiste ; arrêté le 24 décembre 1941, interné à la caserne des Tourrelles et au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Charles Rouyer est né le 22 juillet 1907 au 17, rue des Cailloux à Clichy-la-Garenne (ancien département de la Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine).  Il habite au 14, rue du Square à Gennevilliers au moment de son arrestation. Il est le fils de Joséphine, Marie Alleno, 24 ans, blanchisseuse à Clichy. Son père, Oscar, Louis Rouyer, 25 ans, blanchisseur, le reconnait à sa naissance et il épouse sa mère le 10 août 1907 à Clichy. il a un frère ou demi-frère Marcel, Charles, né en 1903 et une sœur ou demi-sœur Lucienne, Victorine née en 1904.

Charles Rouyer épouse Anne, Marie André, le 22 juin 1929 à Gennevilliers. Elle  a 18 ans, sans profession, née à Lorient (Morbihan) le 13 avril 1911. Elle est domiciliée au 30 rue Fevrier à Gennevilliers. Lui a 21 ans, domicilié au 18, rue de l’Arbre sec à Gennevilliers, chez ses parents.
Charles Rouyer est clicheur de profession (travaillant sur rotatives), d’abord « canardier » (celui qui imprime le « canard ») à l’imprimerie Simard, 131 rue Montmartre à Paris, puis à la grande imprimerie du Labeur, Paul Dupont, rue du Bac d’Asnières à Clichy.
Militant communiste et membre du Syndicat du Livre parisien, il est élu conseiller municipal en 1932 et le 5 mai 1935, sur la liste de Jean Grandel.
Charles Rouyer s’engage dans les Brigades internationales en 1936 pour défendre l’Espagne républicaine contre le soulèvement du général Franco..

« Membre de la CGT du syndicat du Livre parisien, il adhéra au Parti communiste en 1925. Il fut secrétaire de cellule, adjoint du secrétaire de rayon. Sportif, il fut à l’origine de la création de la section boxe anglaise du Club sportif ouvrier de Gennevilliers, créé en 1928. Il entraîna au noble art, les frères Calmel dont Louis fusillé au Mont-Valérien. Lors des élections municipales de mai 1935, il figurait en dernière position sur la liste conduite par Jean Grandel. Il siégea au conseil municipal à toutes les séances, jusqu’à celle du 23 juin 1936. 

Insigne des Brigades Internationales

Séparé de son épouse, vivant seul, il arriva en Espagne le 14 novembre 1936. Charles Rouyer fut affecté à la XIVe Brigade au bataillon Henri Barbusse, dès son arrivée, il demanda à adhérer au parti communiste d’Espagne. Nommé lieutenant, il rejoignit le 4 février 1937 la XIIIe Brigade, 10e bataillon,  2e compagnie ; le 26 mars 1937 à la XIe adjoint au lieutenant de compagnie, enfin à la XVe au 15e bataillon, le 15 juin 1937. Il participa aux combats pour la défense de Madrid, à ceux de Motril, à la bataille de Brunete, et aux batailles pour la défense de Saragosse. 

Le 17 janvier 1938, il prenait le chemin du retour, le lundi 24, il était à Gennevilliers. Il fut accueilli par un article élogieux qui parut en page une
de l’hebdomadaire local le « Travailleur de la banlieue ouest ». Le club sportif et la section communiste le saluait fraternellement :
« Militant honnête et dévoué, notre camarade écouta la voix de sa conscience. La grande cause prolétarienne l’appelait au-delà des Pyrénées. […] là-bas, sa conduite modeste et héroïque le fit remarquer. Il collabora avec notre camarade Grandel durant la campagne qu’il fit dans l’armée héroïque. […] Nous avons pensé souvent à toi pendant les durs combats auxquels tu participais. 
Robert Paul, auteur de l’article concluait ainsi : « Nous te saluons, Charles Rouyer Sport Rouge ». Charles Rouyer assista au conseil municipal du 8 mars 1938, puis il fut noté absent ou excusé jusqu’à celui du 4 octobre 1938, ensuite absent. Le 9 septembre 1938, en page trois, la « Voix populaire » publiait une : « Mise en garde. La Section communiste de Gennevilliers prévient toute la population que le nommé Rouyer Charles, conseiller municipal de Gennevilliers, est exclu de notre Parti pour son action anti-communiste ». Marcel Gitton, secrétaire national du part communiste, écrivit le 7 octobre aux services des cadres à Albacete en Espagne : « Nous serions heureux de savoir
qu’elle était son activité en Espagne, car il vient d’être exclu du Parti par la Section de Gennevilliers ». En Espagne, il était apprécié ainsi : « Fait du travail fractionnel, critique ouvertement et sans raison les décisions du commandement politique et militaire 
» (in Le Maitron).

Charles Rouyer est déchu de son mandat électif le 9 février 1940, « pour appartenance au Parti communiste » par le conseil de préfecture. Il se remarie à Gennevilliers le 16 mars 1940 avec Odette, Jacqueline Meck, originaire de Dôle (Jura).

Le vendredi 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Un premier  détachement  allemand  occupe  la mairie de Nanterre et l’état-major  s’y  installe. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le 24 décembre 1941, il est arrêté par la police à Clichy au 16, rue d’Alsace.
Il était fiché ainsi par les Renseignements généraux : « Militant notoire. Ex-conseiller municipal de Gennevilliers. À combattu en Espagne, dans les Brigades internationales ». Quatre autres anciens brigadistes gennevillois sont arrêtés le même jour. Il est conduit à la caserne des Tourelles, où sont incarcérés la plupart des anciens brigadistes de la Guerre d’Espagne.
Le 5 mai 1942, à la demande des autorités allemandes, Charles Rouyer est transféré au camp allemand de Compiègne (le Frontsatalg 122) avec 24 autres internés. Ils sont convoyés par des gendarmes français.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Rouyer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

On ignore son numéro d’immatriculation à Auschwitz le 8 juillet : Le numéro « 46082 » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme probable correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

Dessin de Franz Reisz, 1946

On ignore la date exacte du décès de Charles Rouyer à Auschwitz.Son état civil établi dans les années d’après guerre repris par l’arrêté du 16 octobre 1998 publié au JO du 27 janvier 1999 portant apposition de la mention « mort en déportation » portent néanmoins « décédé fin août 1942 à Auschwitz l« . La raison en est simple : afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès dans les années d’après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d’un mois estimé) sur la base du témoignage d’un de ses compagnons de déportation.

Charles Rouyer a été homologué « Déporté politique« . Son nom est honoré sur une plaque en Mairie, en hommage aux conseillers municipaux « morts pour que vive la France », ainsi que sur le monument aux morts, dans le cimetière de la
commune..

Sources

  • Archives de Gennevilliers : lettre de madame Cadoret, Maire-adjointe de Gennevilliers (2 septembre 1945).
  • Plaque dédiée « A la mémoire des Conseillers municipaux morts pour que vive la France« . Photo Jacques Fath
  • Jean Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 40, p. 430. et notice © de Daniel Grason et Claude Pennetier. On peut lire sa notice biographique modifiée par Daniel Grason en 2018 dans Le Maitron, dictionnaire du Mouvement ouvrier, version électronique, désormais en accès libre, maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/.
  • Fichier national des archives des ACVG.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1992).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique rédigée en novembre 2005 (complétée en 2016,  2019 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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