François Trébatius : né en 1905 à Quimper (Finistère) ; domicilié à Paris 4ème ; interné aux camps de Voujours, Tourelles, Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 septembre 1942.

François, Joseph, Marie Trébatius naît le 21 avril 1905 au domicile de ses parents, 59 bis, rue de Douarnenez, à Quimper (Finistère). Il habite Paris 4ème au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Anne Le Roux, journalière, née le 20 mai 1863 à Plogastel Saint-Germain (Finistère) et de François Trébatius, sellier, puis cocher né le 25 juillet 1853, et décédé à Quimper le 17 septembre 1920 (date à laquelle il est déclaré veuf sur l’acte de décès). François Trébatius fils a des frères et sœurs aînés : François (né en 1889, cocher, Marie née en 1894, Pierre né en 1896, Marie née en 1887, Jean-François, né en 1898 (recensement de Quimper en 1906).
Conscrit de la classe 1925, François Trébatius est recensé sur les listes du conseil de révision du bureau de Quimper (matricule 3103).

On sait par les listes de la Préfecture de police (BA 1837  liste des internés aux camps de Vaujours et  des Tourelles) qu’il est interné au camp de Vaujours en 1939 (le fort de Vaujours est utilisé à compter du 19 décembre 1939 par le gouvernement Daladier comme camp d’internement pour les repris de justice et les « gens sans aveu » mobilisables).

Le 14 juin 1940, les troupes de la Wehrmacht entrent dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cesse d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)

Le nom de François Trébatius figure aux archives de la préfecture de police de Paris, cartons “occupation allemande” : BA 1837  liste des internés aux camps de Vaujours et  des Tourelles. Interné au camp des Tourelles, François Trébatius fait partie d’un groupe de 36 « indésirables » (1) internés administratifs de la police judiciaire transférés, le 5 mai 1942 du CSS des Tourelles (2) vers Compiègne à la demande des autorités. Les 35 « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, François Trébatius est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Son numéro d’enregistrement à Auschwitz le 8 juillet 1942 n’est pas connu. Il aurait probablement eu le numéro « 46155 ». Il se déclare de religion catholique lors de cet enregistrement.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

François Trébatius meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après les registres du camp, dans les jours qui suivent une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau..

  • Note 1 : « indésirables » : Indistinctement militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et « droits communs ».
  • Note 2 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux
    combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir).

Sources

  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives de la préfecture de police de la Seine, cartons “occupation allemande” : BA 1837 (internés aux camps de Vaujours…, Tourelles).
  • Aucun dossier à la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) : pas de dossier «déportés», «internés et déportés», ni «victimes civiles»
  • Aucune mention au JO.

Notice biographique rédigée en octobre 2010, mise à jour en 2019, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. 

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