Camille Dubois :  né en 1899 à Thol-les-Millières (Haute-Marne) ; domicilié à Bologne (Haute-Marne) au moment de son arrestation ; bucheron ; arrêté le 7 juillet 1942 comme otage communiste ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 26 août 1942.

Camille Dubois est né au domicile de ses parents à Thol-lès-Millières (Haute-Marne) le 25 juillet 1899. Il habite dans une pension de famille  à Bologne (Haute-Marne) où il travaille à la scierie Schmitt, au moment de son arrestation.
Camille Dubois est le fils d’Adèle, Pauline, Joséphine Perrin, 19 ans, sans profession, née le 30 juin 1880 à Thol-Lès-Millières, et de Camille, « Philippe », Emmanuel Dubois, 29 ans, cultivateur puis couvreur, son époux, né le 7 juillet 1870 à Vroncourt-La-Côte (Haute-Marne). Il grandit à Vroncourt-la-Côte.  Ses parents se sont mariés à Thol-lès-Millières, le 19 janvier 1898.
Il a un frère et deux sœurs cadets : Philippe, Paul, Alcide (1901-1995), Rose, Marie (1902-1934) et Elise, Amélie née en 1904.
Lors du conseil de révision, Camille Dubois  habite chez ses parents au Puits-des-Mèzes. Il y travaille comme bucheron, puis manœuvre.
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 64, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front ordinaire et le nez moyen et le visage ovale. Il a une cicatrice sous le nez. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1919, Camille Dubois est mobilisé par anticipation (le 18 avril 1918) comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre, et il est incorporé le même jour au 170ème régiment d’infanterie. Il passe au 157ème régiment d’infanterie le 11 juillet 1918 (campagnes des armées du Nord et du nord-est).
Du 24 octobre 1919 au 22 mars 1921, Camille Dubois participe à l’occupation des pays rhénans.
Le 23 mars, « certificat de bonne conduite » accordé, il est versé dans la réserve de l’armée le 15 avril.
Le 3 juin 1921 il habite 8, rue de Zurich à Strasbourg.
Il passera devant la commission de réforme de Chaumont le 21 juin 1921 pour « congestion pulmonaire et bronchite », sans obtenir de pension. En février 1922 il a comme adresse le Haut-commissariat français à Coblence (occupation des pays Rhénans).
En février 1924, il retourne habiter au Puits-des-Mèzes.

Les forges de Bologne

En août 1927 il habite Mareilles, à quelques kilomètres de Bologne (Haute-Marne). Comme Charles Burton, Camille Dubois habite Bologne en décembre 1934 et travaille comme manœuvre à la compagnie des Forges de Bologne.

Et comme son camarade, c’est à ce titre qu’il sera classé en 1938 comme « affecté spécial tableau III » pour l’armée de réserve en cas de mobilisation générale.
Mais le 4 octobre 1939, comme la majorité des « affectés spéciaux » connus comme communistes ou syndicalistes, Camille Dubois est rayé de « l’affectation spéciale » par décision du général commandant la région militaire, et le 9 octobre 1939, il est affecté au dépôt d’infanterie n°74 à Chaumont, où a été également mobilisé Raoul Bonamy  qui sera déporté avec lui à Auschwitz.
Le 1er juin 1940, il passe au dépôt du Train n°7.
Camille Dubois est membre du Parti communiste selon les renseignements généraux. Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Saint-Dizier. Le 15 tout le département est occupé. Le 22 juin, l’armistice est signé : la Haute-Marne est coupée en deux : l’est devient « zone interdite », destinée au « repeuplement allemand », l’ouest se transforme en territoire de stationnement des troupes de la Wehrmacht. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Le 28 août 1941 René Bousquet, Préfet de la Marne nommé par Pétain en 1940,  est nommé Préfet régional de la région de Châlons-sur-Marne (Marne, Haute-Marne et Aube). Il donne des instructions très précises pour la surveillance des « menées communistes ». En septembre 1941, avec l’institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française. On lira sur le net les articles consacrés à Bouquet par Jean-Pierre et Jocelyne Husson : « René Bousquet et la politique vichyste d’exclusion et de répression ».
Pendant l’Occupation et peu après l’invasion de l’Union soviétique, Camille Dubois est arrêté le 7 juillet 1941.
Emprisonné à Chaumont, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstallag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Camille Dubois est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Aushwitz-Birkenau.

Le numéro d’immatriculation de Camille Dubois à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro «46322 ??» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure pas dans « Triangles rouges à Auschwitz ».

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Camille Dubois meurt à Auschwitz le 26 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz / Sterbebücher von Auschwitz (registre des morts) Tome 2 page 242).
Son nom est honoré sur les monuments aux morts des communes de Bologne où il était domicilié au moment de son arrestation et de Vroncourt-la-Côte où il a grandi.

Sources

  • Correspondances avec Jean-Marie Chirol, animateur du « Club Mémoires 52 » : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l’état civil des mairies (1992-1994). 
  • Death Books from AuschwitzSterbebücher von Auschwitz (registre des morts) : Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1993).
  • Forges de Bologne, © montage Pierre Cardon
  • © Archives en ligne : Etat civil et Registres matricules militaires de Haute-Marne.

Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : »Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942″Editions Autrement, 2005 Paris et de«Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »,éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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