Matricule « 45517 » à Auschwitz

Louis Dusselier D.r.
Louis Dusselier : né en 1898 à Narcy (Haute-Marne) ; domicilié à Saint-Dizier (Haute-Marne), métallo ; arrêté comme otage communiste le 22 juin 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 6 août 1942

Louis Dusselier est né au domicile de ses parents, le 10 février 1898 à Narcy (Haute-Marne). Il habite au 200, avenue de la République à Saint-Dizier (Haute-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Albertine, Deschamps, 32 ans, sans profession née le 1er septembre 1861 à Vanvey (Côte d’Or) et de Claude , Napoléon dit Léon Dusselier, 44 ans, homme d’équipe, son époux, né le 15 août 1853 à Lamarche (Vosges). Il a trois frères et une sœur : Léa (1889-1984), Alexandre (1894-1958) Albert (1896-1949), Henri (1900-1921).
Conscrit de la classe 1918, Louis Dusselier est mobilisé par anticipation au début de 1917, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il a été victime des gaz de combat.
Démobilisé, il épouse Marie Louise, Clotilde, Hinderschid, le 25 juin 1920, à Rozières (Haute-Marne). Elle est née le 27 mars 1901 à Saint-Dizier (décédée en 1982). Le couple aura cinq enfants (Berthe née en 1921, Robert né en 1923, Daniel, né en 1934, Jean-Marie et Annie).
Louis Dusselier est ouvrier métallurgiste à la société Lemoine. En 1936, la famille habite au 86, avenue de la République à Saint-Dizier et à cette date, Louis Dusselier travaille comme « expéditionnaire ». Daniel est apprenti coiffeur à Audin le Roman. Avec eux habitent  leur autre fils, Robert et leur fille Berthe, veuve Person. Au n° 87 habite Gillette Person, veuve Cachieu, née en 1924.
Le 10 mai 1940, la Luftwaffe bombarde le terrain d’aviation de Saint-Dizier et la ville de Joinville.  Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Saint-Dizier. Le 15 tout le département est occupé. Le 22 juin, l’armistice est signé : la Haute-Marne est coupée en deux : l’est devient « zone interdite », destinée au « repeuplement allemand », l’ouest se transforme en territoire de stationnement des troupes de la Wehrmacht. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Le 28 août 1941 René Bousquet, Préfet de la Marne nommé par Pétain en 1940,  est nommé Préfet régional de la région de Châlons-sur-Marne (Marne, Haute-Marne et Aube). Il donne des instructions très précises pour la surveillance des « menées communistes ». En septembre 1941, avec l’institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française.
Membre du Parti communiste avant guerre, il est arrêté le 22 juin 1941 à son domicile par la police allemande, en raison de ses activités politiques anciennes, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 

Au Val de Grace. Dr.

D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la maison d’arrêt de Chaumont), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Emprisonné à la maison d’arrêt de Chaumont, 27 rue Val Barizien, Louis Dusselier est interné à Compiègne le 27 juin et, après une longue hospitalisation au Val-de-Grâce (de septembre 1941 à mai 1942) où son fils Robert a pu le voir plusieurs fois, il est ramené au camp de Royallieu (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage. Il y reçoit le matricule « 585 ».

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Louis Dusselier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45517 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp

Photo à Auschwitz le 8 juillet 1942 reconnue en 1946 par Claude Dusselier

avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date exacte de décès de Louis Dusselier à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d’un mois estimé) sur la base du témoignage d’un de ses compagnons de déportation. Son état civil établi dans les années d’après guerre a fixé cette date fictive au 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne), date non modifiée par l’arrêté du 30 mars 1989 publié au JO du 26 mai 1989, portant apposition de la mention « mort en déportation« .Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Sa famille sera sans nouvelles de sa destination et de son sort à partir de juillet 1942. Ce n’est qu’en 1946, que son fils Robert identifie (à la FNDIRP, rue Leroux) la photo d’immatriculation de son père à Auschwitz et découvre qu’il y a été déporté et qu’il y est mort. Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Louis Dusselier et il a été déclaré « Mort pour la France ».
Le titre de « Déporté résistant » lui a été refusé. Le motif suivant est inscrit sur sa fiche établie par l’ex ministère des anciens combattants : « Inadmis : ancien communiste« .
Une place porte son nom à Narcy, inaugurée le 20 septembre 2014.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils Robert le 22 juin 1992, avec documents photographiques. 
  • En 1946, Robert Dusselier identifie la photo d’immatriculation de son père à Auschwitz
  • Correspondances avec Jean-Marie Chirol, animateur du « Club Mémoires 52 » : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l’état civil des mairies (1992-1994).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Courrier (1992) de Georges Savary, responsable de la FNDIRP de Saint-Dizier, ancien interné à Compiègne (arrêté en même temps que d’autres communistes de Saint-Dizier) et déporté à Sachsenhausen.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en février 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Archives en ligne : Etat civil de Haute-Marne. Registres matricules militaires.

Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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