Matricule « 46145 » à Auschwitz

Yves, Guy Thomas © Mémorial Genweb
Yves Thomas : né en 1910 à Thonnance-lès-Joinville (Haute-Marne) ; domicilié à Saint-Dizier (Haute-Marne) ;  homme d’équipe SNCF ; arrêté comme otage communiste le 22 juin 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942

Yves, Guy Thomas est né le 5 janvier 1910 à Thonnance-lès-Joinville (Haute-Marne).
Il habite 81, rue des Alliés à Saint-Dizier (Haute-Marne) au moment de son arrestation.Il est le fils de Marie Clément et d’Eugène Thomas son époux.
Le 18 février 1933 à Saint Dizier il épouse Jeanne, Marie Méon (née le 30 janvier 1912 à Sauvigny (Meuse), décédée le 22 février 1965 à Saint Dizier).
Le couple a un enfant.
Il travaille comme homme d’équipe à l’Exploitation SNCF de Saint-Dizier. Il est vraisemblablement syndiqué et proche du Parti communiste.
Le 10 mai 1940, la Luftwaffe bombarde le terrain d’aviation de Saint-Dizier et la ville de Joinville.  Le 13 juin 1940 la Wehrmacht occupe Saint-Dizier. Le 15 tout le département est occupé. Le 22 juin, l’armistice est signé : la Haute-Marne est coupée en deux : l’est devient « zone interdite », destinée au « repeuplement allemand », l’ouest se transforme en territoire de stationnement des troupes de la Wehrmacht. Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Le 28 août 1941 René Bousquet, Préfet de la Marne nommé par Pétain en 1940,  est nommé Préfet régional de la région de Châlons-sur-Marne (Marne, Haute-Marne et Aube). Il donne des instructions très précises pour la surveillance des « menées communistes ». En septembre 1941, avec l’institution de la « politique des otages », les autorités allemandes se font remettre les notices individuelles des communistes arrêtés et incarcérés par la police française.
Sous l’Occupation, Yves Thomas est arrêté le 22 juin 1941 à St Dizier, pour “menées communistes“. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy ( La maison d’arrêt de Chaumont,  27 rue Val Barizien, pour les Haut-marnais),  ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
A Compiègne, il reçoit le matricule « 582 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Yves Thomas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guer

re, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à son arrivée à Auschwitz sous le numéro matricule 46145 (©in musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau)(1). Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Yves Thomas meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1245), dans les jours qui suivent une importante «sélection» des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.
Il décède le même jour qu’Adrien Thomas. Sa fiche d’état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «mort à Auschwitz le 30 août 1942». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 1/09/2000). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de
l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995.  Lire l’article du site : Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom est honoré sur la stèle commémorative de la SNCF à Saint-Dizier.
Il est homologué « Déporté politique  » au titre de la Résistance intérieure française (RIF) comme appartenant au «Front National pour la libération et l’indépendance de la France.

Note 1 : Le numéro «46146 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000)
correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’ayant pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules, c’est pourquoi, il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Depuis sa parution, la mise en ligne des numéros matricules par le Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau a permis de publier avec certitude le numéro 46145.

 Sources

  • Correspondances avec Jean-Marie Chirol, animateur du «Club Mémoires 52» : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l’état civil des mairies (1992-1994).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Courrier (1992) de Georges Savary, responsable de la FNDIRP de Saint-Dizier, ancien interné à Compiègne (arrêté en même temps qu’Henri Quérel et d’autres communistes de Saint-Dizier) et déporté à Sachsenhausen.
  • Photo in Site internet©Mémorial «GenWeb».
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau de la Division (ou Pôle) des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense (dossier
    individuel consulté en décembre 1992).
  • DAVCC, Ministère de la Défense : « Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948« , établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz (N° 31868).
  • ©Site du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.

Notice biographique rédigée en novembre 2010, complétée en 2015, 2018 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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