Matricule « 46.142 » à Auschwitz

Marius Thirouard : né en 1905 à La Croix-du-Perche (Eure-et-Loir) ; domicilié à Jallans (Eure-et-Loir) ; charpentier, terrassier ; communiste ; arrêté le 22 juin 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 9septembre 1942.

Marius Thirouard est né le 23 août 1905 à La Croix-du-Perche (Eure-et-Loir). Il habite à Jallans (Eure-et-Loir) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Julienne, Léontine Philippe, 23 ans et de Gaston, Ferdinand, Rémy Thirouard, 29 ans, cultivateur, son époux.
Il épouse Olga, Berthe Béjon le 22 juin 1929 à Frétigny peu après son service militaire. Elle est née le 13 octobre 1910 au hameau de La Perrière dans cette commune. Le couple aura cinq enfants : Jeannine, Odette, Madeleine, Gérard et Marcel.

Marius Thirouard avant-guerre  © Adrien Thirouard

Marius Thirouard est charpentier. Il est membre du Parti communiste ou sympathisant (1).
les 12 et 19 mai 1940, les bases aériennes de Châteaudun et Chartres sont les premières touchées par les bombardements de la Lufwaffe. Les troupes allemandes, entrent en Eure-et-Loir le 14 juin, donnant lieu à plusieurs combats avec les troupes coloniales française. Le 14 juin 1940, l’armée allemande d’occupation entre dans Paris. La ville cesse alors d’être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France. L’armistice est signé le 22 juin. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Marius Thirouard est arrêté le 22 juin 1941. Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands ont arrêté plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici Chateaubriant), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Marius Thirouard est d’abord interné au camp de Châteaubriant (44) où il reçoit le matricule 1027. Il y retrouve Maurice Graffin également de Jallans, arrêté le 21 avril 1941, André Gaullier et Roger Pinault, tous deux d’Ormes, arrêtés le même jour.
Marius Thirouard est remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) à une date inconnue. On sait néanmoins qu’André Gaullier, Maurice Graffin et Roger Pinault y arrivent le 18 avril 1942. Il est donc possible que Marius Thirouard y ait été transféré à cette date. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages». 

Depuis le camp de Compiègne, Marius Thirouard d est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Marius Thirouard est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 46.142 ».

En l’absence de références au numéro matricules des registres du camp, ce numéro «probable» compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques, a été confirmé par des rescapés lors d’une séance d’identification de photographies organisée en 1948 par l’Amicale d’Auschwitz. La photo d’immatriculation à Auschwitz correspondant à ce matricule (2) avait été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Marius Thirouard meurt à Auschwitz le 9 septembre 1942 selon la liste reconstituée par les historiens polonais du musée d’Auschwitz : cette date est inscrite sur sa fiche au BAVCC (SHD Caen). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Son acte d’état civil indique seulement son décès, sans date (acte du ministère des ACVG le 6 mai 1947).
Le titre de déporté Résistant a été refusé à sa famille en 1954. Lire l’article du site La carte de « Déporté-Résistant« 

  • Note 1: La date de son arrestation, commune à un millier de militants communistes sur toute la zone occupée (responsables, syndicalistes, élus), laisse à penser qu’il était un militant actif (syndical ou politique) et qu’il figurait dans les dossiers des renseignements généraux, qui ont servi à établir les listes de militants à « rafler » le 22 juin 1941.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
  • Dossier individuel consulté en février 1992 au Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen
  • Portail « Généanet » d’Adrien Thirouard, son arrière petit-fils.
  • Mail d’Adrien Thirouard (photo) 2017.
  • Etat civil de La Croix-du-Perche.

Notice biographique rédigée en décembre 2010 (complétée en 2015 et 2021) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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