Matricule « 45195 » à Auschwitz

Paul Barbe : né en 1900 à Nemours (Seine-et-Marne), où il est domicilié ; mécanicien rectificateur, puis tourneur sur métaux, plombier ; présumé communiste ; arrêté le 19 octobre 1940 ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 13 août 1942.

Paul Barbe est né le 1er octobre 1900 au 39, rue de la Grande montagne à Nemours (Seine-et-Marne), où il habite au 16, quai des Tanneurs au moment de son arrestation. Il est le fils de Julie, Eugénie Desmotiers, 28 ans, née en 1872 à Paris et de Paul Barbe, 30 ans, né en 1870 à Bourron, ajusteur, son époux. Il a trois sœurs et un frère : Andrée (1896), Lucienne (1898), René 1903), Suzanne (1905).
En 1911, la famille habite au 16, quai des tanneurs à Nemours. Leur père est mécanicien chez Bellefille et Andrée est bijoutière chez Chargereau.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 74, a les cheveux châtain et les yeux noirs, le nez moyen, le visage rond. Il possède un
niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Paul Barbe est mécanicien rectificateur au moment de son appel sous les drapeaux, puis tourneur sur métaux. Il habite 16, quai des tanneurs à Nemours.
Conscrit de la classe 1920, il est appelé sous les drapeaux le 18 mars 1920 et incorporé au 63ème Régiment d’Artillerie d’Assaut. Il est envoyé en disponibilité le 4 mars 1922, « certificat de bonne conduite accordé». Il « se retire » chez ses parents au 16, quai des tanneurs à Nemours.
Il est affecté pour la réserve de l’armée active au 508ème Régiment de Chars de Combat (RCC).
En 1921, il habite avec sa sœur Suzanne et ses parents. Aucun métier n’est indiqué.

Le drapeau nazi flotte à Nemours.

En 1931, il habite seul chez ses parents. Son père est mécanicien chez Joly. En 1936, son père est mécanicien chez Joly Lelandais. Paul Barbe est indiqué comme plombier au chômage.
Paul Barbe est « rappelé à l’activité militaire » par le décret de mobilisation générale du 3 septembre 1939. Il est affecté au CMA 341 le 3 septembre 1939. Le 1er décembre 1939, il est affecté à l’Ecole d’application d’Artillerie de Fontainebleau.
Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le drapeau nazi flotte à Nemours. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Pendant  l’Occupation, Paul Barbe est arrêté le 19 octobre 1941 à son domicile par la Felgendarmerie. Les 19 et 20 octobre, de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

A la demande des autorités allemandes, Paul Barbe et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 19 octobre 1941.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».


Depuis le camp de Compiègne, Paul Barbe est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45195 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Dessin de Franz Reisz, 1946

Paul Barbe meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 51). Cette date correspond aux jours qui suivent une importante « sélection » des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau. Lire dans le site Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré « Mort pour la France ». Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1955.
Le nom de Paul Barbe est inscrit sur le monument aux morts de Nemours.

Sources

  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Site Internet mémorial « GenWeb ».
  • Registre matricule militaire © Archives en ligne de Seine-et-Marne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).

Notice biographique installée en novembre 2013, complétée en 2015 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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