Charles Fourmentin le 8 juillet 1942 à Auschwitz  : il a été victime d’un accident du travail en 1924, ayant entrainé une énucléation de l’œil gauche

Matricule « 45.556 » à Auschwitz

Charles Fourmentin : né en 1898 à Salins (Seine-et-Marne) ; domicilié à Montereau (Seine-et-Marne) ; briquetier, terrassier ; secrétaire de l’UL CGT, communiste ; arrêté pour activités communistes le 1er avril 1940, interné au camp de Baillet, puis au fort de l’île d’Yeu, au camp de Riom-ès-Montagnes (Cantal) ; libéré le 6 juin 1941 ; arrêté comme otage le 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 16 août 1942.

Charles Fourmentin est né le 9 février 1898 à Salins (Seine-et-Marne) au hameau Fresnoy.  Il habite au 15, quai de Seine à Montereau (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Louise Marie Goussé, 31 ans, lingère et de Lucien, Henri Fourmentin, jardinier,  puis cuiseur chez Sachot, 36 ans, son époux. Il a deux frères : René, qui naît en 1901 et Jean, en 1908.
Avant guerre, la famille habite Forges, au 10, rue de l’église.
En 1914, il a 16 ans et travaille pour aider sa famille.
Selon son registre matricule militaire, il a le visage long, le nez rectiligne, les yeux et les cheveux châtains. Il s’engage dès ses 18 ans au septième régiment de Dragons à Fontainebleau (engagement volontaire de quatre ans), le 29 décembre 1916.
Il passe au cinquième escadron du Train des Equipages en 1919, et il y est nommé caporal, puis sous-officier (maréchal des logis). Il est décoré de la Médaille commémorative de la Grande guerre. Démobilisé avec un certificat de bonne conduite, il revient habiter chez ses parents, au 10, rue de l’église à Forges. 

Le 22 juillet 1923 à Forges, il épouse Adrienne Bonnefoy. Le couple a trois filles : Louise, qui naît le 23 mars 1924 à Forges, Reine, le 23 novembre 1927, à Montereau, et Odette, le 8 juin 1929 à Montereau.
Charles Fourmentin est ouvrier briquetier (cuiseur).
Il est victime d’un accident du travail en 1924, qui entraîne l’énucléation de son œil gauche. Il est cuiseur
chez Sachot à Montereau en 1926.
Il habite au 4, rue de Provins en 1926 et 1930 à Montereau.
En 1936, séparé de son épouse, il vit au 10, quai d’Yonne à Montereau, chez son amie Lucie Gonnon, née à Paris en 1900, et la fille de celle-ci, Fernande Gonon, née en 1918, ainsi que Lucie Gombier, pensionnaire. Il travaille alors comme terrassier chez Himbert.
Puis il habite au 15, quai de Seine en 1939, toujours à Montereau.
Militant communiste et syndicaliste, il devient secrétaire de l’Union des syndicats CGT.
Mutilé du travail « il conseille avec ardeur et conscience ses camarades de travail » (R. Trillet). Il est classé comme « affecté spécial » en 1937, comme cuiseur aux établissements Sachot.
En janvier 1939 la direction générale de la Sûreté auprès du Ministère de l’intérieur sollicite les préfets pour connaître « l’organisation et l’activité de chacun des partis extrémistes » de leur département, dont les cellules du parti communiste.
Dans le rapport du Préfet de Seine-et-Marne, qui est encore Hyacinthe Tomasini (nommé en 1935, remplacé de juin 1940 à novembre 1941 par Pierre Voizard), pour le Parti communiste de Montereau, il indique que : « 15 cellules composent le secteur et comprennent environ 700 adhérents : Cellule des Établissement Sachot. – 50 membres. Secrétaire : Fourmentin Charles André, briquetier».
Lors de la mobilisation générale de 1939, il est radié de l’affectation spéciale en 1939, comme la plupart des militants syndicalistes et communistes connus des services de police.
Il 
est affecté dans le secteur de Verdun au dépôt d’infanterie n°65, où il arrive le 15 décembre 1939. Rattaché à la classe 1911 comme « père de famille de trois enfants vivants« , il est démobilisé en février 1940.
Il est arrêté le 1er avril 1940 à Montereau par la police française pour «activités communiste». Il est interné au camp de Baillet (Seine-et-Oise), puis le 30 avril 1940 au Fort de la Pierre Levée à l’Ile d’Yeu avec 281 internés politiques venus de Baillet.
L’île d’Yeu est occupée par les soldats allemands le 4 juillet 1940.

«La Délivrance» ADIRP 77  27 octobre 1945

Charles Fourmentin et 264 de ses camarades sont conduits le 17 août 1940 sous haute surveillance au camp d’internement de Riom-ès-Montagnes (Cantal) en zone non occupée. Puis à Saint-Paul d’Eyjeaux (Haute-Vienne).
Il n’est libéré que le 6 juin 1941.

Charles Fourmentin est de nouveau arrêté le 19 octobre 1941 à son domicile de Montereau, le même jour que le cheminot Joseph Verger. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

Charles Fourmentin et Joseph Verger sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 19 octobre 1941.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Charles Fourmentin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

L’entrée du camp d’Auschwitz I

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45556 ».

Les matricules des « 45.000 » seront tatoués sur leur avant-bras gauche quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation (4) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Registre des morts d’Auschwitz liste du 17 août 1942

Charles Fourmentin meurt à Birkenau le 16 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 301. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative « aux patriotes Monterelais, arrêtés, déportés et morts dans les camps hitlériens » à Montereau-Fault-Yonne, honorant la mémoire de 12 déportés, dont trois « 45000 » (Charles Fourmentin, Joseph Verger, René Trillaut).

  • Note 1 : 524 photos d’immatriculation des « 45.000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Etat d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d’Auschwitz, puis directeur du Musée d’Etat d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale d’Auschwitz, qui me les a confiés.

Sources

  • Division des archives des Victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consulté en 1992).
  • Site internet de «l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé».
  • Article du journal «la Délivrance» (27 octobre 1945) de R. Trillet, président d’honneur de l’ ADIRP.
  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). Photo de la page 93 du tome 1.
  • Site Internet mémorial « GenWeb ».
  • Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet et dossier individuel.
  • Photo plaque © Stéphane Protois.

Notice biographique complétée en 2020, et 2022 rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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