Michel Gendron le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45585″ à Auschwitz

Michel Gendron : né en 1890 à Fay-de-Bretagne (Loire-Inférieure / Loire-Atlantique) ; domicilié à Longueville (Seine-et-Marne) ; métallo, fondeur, étireur au banc ; communiste ; sans doute arrêté dans la rafle du 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 6 octobre 1942.

Michel Gendron est né le 18 juin 1890 à Fay-de-Bretagne (Loire-Inférieure, aujourd’hui Loire-Atlantique).
ll habite Grande rue de la Cité à Longueville (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne-Marie Marpeau, 27 ans, et de Pierre Gendron, 27 ans, garde, son époux, domiciliés chemin
de La Hériais.
Il est issu d’une famille de sept enfants (Jean 1884-1960, Henri 1885, Jeanne Marie 1888-1979, Emile 1894, Joseph 1896-1975, Léon 1900-1954).
Michel Gendron est maître d’hôtel au moment de son mariage, puis il travaille comme couvreur, puis fondeur en 1911 au moment de son service militaire, puis cheminot en 1920 et ensuite métallurgiste à Longueville (Seine-et-Marne) par la suite.
Il est incorporé le 1er octobre 1911 au 77ème Régiment d’infanterie à Cholet pour y effectuer ses deux ans de service militaire (celui-ci passe  à 3 ans en août 1913). Après une condamnation de quatre mois de prison militaire le 2 février 1914 (amnistiée, loi d’amnistie de 1919) pour « abandon
de poste étant de garde
», il passe à la compagnie H.R. (Hors Rang) le 2 février 1914. Il est renvoyé à la vie civile le 6 mai 1914, certificat de bonne conduite refusé. Il est condamné par défaut à 15 jours de prison pour « coups et blessures » par le tribunal de Saint Nazaire le 14 juillet 1914 (amnistié en 1919).
A la déclaration de guerre il est « rappelé à l’activité » le 3 août (décret de mobilisation du 1er août 1914). Il part « aux armées » le 6 août 1914 avec le 77ème RI. Lors de l’offensive de l’Artois, pour la reconquête de la crête de Vimy, il est blessé le 16 juin 1915 au Bois de la Folie (plaie à la main droite par éclat d’obus). Il « passe » au 4ème régiment de Zouaves le 15 août 1915. Son régiment est engagé pour la campagne de Verdun (combats de Douaumont).
Pendant une permission, Michel Gendron épouse Rose Anne, le 19 juillet 1917 à Paris 16ème. Elle est cuisinière, née à Longues (Calvados) le 9 mai 1889. Elle est domiciliée au 11, rue de Siam à Longues. Le couple aura un enfant, Michel, né le 25 juillet 1924 à Gouaix (Seine-et-Marne).
En 1917, c’est la campagne de l’Aisne (la Malmaison) avec le 4ème Zouave. « Parti aux armées le 26 janvier 1918 », Michel Gendron est transféré au 3ème bis régiment de Zouaves le 28 février 1918, engagé dans la campagne de Picardie.
Il est cité à deux reprises à l’ordre jour du régiment.  En campagne à l’ouest de Reims (Trigny, crête d’Ormes) : « Agent de liaison d’un courage et d’un sang-froid remarquable. Le 31 mai 1918 a aidé en plein jour à ravitailler sa compagnie en première ligne malgré les feux les plus violents d’artillerie et de mousqueterie ». Lors des combats de Romain, Rancy, Pontavert en septembre 1918 : « Zouave courageux et dévoué, observateur consciencieux. Au cours des attaques des 24 et 30 septembre1918 s’est fait remarquer particulièrement, assurant son service d’une façon parfaite malgré de violents bombardements. Le 3 octobre, a assuré le ravitaillement en munitions de sections en première ligne sous de violents feux d’artillerie et de mitrailleuses ». Pour ces faits d’armes, il reçoit la Croix de guerre, médaille coloniale, agrafe Tunisie.
Le 10 novembre 1918 il est nommé caporal. Huit jours plus tard, il est cassé de son grade « pour absence illégale » (sanction amnistiée par la loi d’amnistie de 1919).
Il est mis à disposition du réseau ferré de l’Est du 6 février 1919 au 8 août 1919 au titre des sections des chemins de fer de campagne (il est « mis en route » le 5 février 1919  sur le réseau de l’Est à Troyes, jusqu’au 8 août 1919, date de sa libération de l’armée active au dépôt annexe de Zouaves du 1er Zouave).
Du 6 février 1920 au 28 mars 1922, il travaille comme homme d’équipe à la Compagnie de l’Est à Flamboin (gare de Flamboin-Gouaix, en Seine-et-Marne, aujourd’hui désaffectée). Pour la réserve militaire, il devient alors « affecté spécial », au titre de la 6ème section de chemin de fer de campagne. Il quitte les Chemins de fer et retrouve du travail comme métallo à Longueville, à 9 km de Gouaix.

Les Etablissements Jules Degond

Entre 1922 et 1930, il travaille comme « étireur au banc » aux établissements Jules Degond à Longueville (Seine-et-Marne), une fabrique de tubes en cuivre sans soudure.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite « chez Degond », un logement ouvrier, puis Grande rue de la Cité.
Il reçoit la Médaille militaire en 1934 (décret du 18 mai 1934).
En 1936, la famille est domiciliée à Longueville au n° 113 grande cité de Longueville. Il est métallurgiste aux Chez Degon et son fils est apprenti peintre chez Clou, à Provins.
Membre du Parti communiste, Michel Gendron est trésorier de la cellule de Longueville de 1937 à 1939.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Sous l’Occupation, il est arrêté, mais on ignore la date de cette arrestation. Toutefois il est vraisemblable qu’il ait été arrêté le 19 ou le 20 octobre 1941. En effet, de nombreux élus ou militants communistes du département, sont arrêtés les 19 et 20 octobre 1941. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122. Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Michel Gendron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau

Photo d’immatriculation à Auschwitz

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45585 (la photographie portant ce matricule a été reconnue par un habitant de Longueville âgé de 18 ans à l’époque (88 ans en 2011), qu’un internaute lui a montré après avoir consulté ce site).

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Michel Gendron meurt à Auschwitz le 6 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page page 343).

Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 6 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d’après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l’ouvrage « Death Books from Auschwitz » publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Il a été déclaré « Mort pour la France » le 24 septembre 1947.

Une rue de Longueville porte son nom, ainsi qu’une plaque sur le monument aux morts.

Sources

  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Mail de février 2011.
  • Registres matricules militaire de Loire Atlantique. Recrutement de Nantes, Matricule 2644.
  • © Google Maps.

Notice biographique installée en 2011, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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