Matricule « 46.632 » à Auschwitz

Marius Guérin : né en 1905 à Provins (Seine-et-Marne) ; domicilié à Sourdun (Seine-et-Marne); glaisier, ouvrier agricole ; communiste ; arrêté comme otage communiste le 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 26 août 1942.

Marius Guérin est né le lundi 24 avril 1905 à l’Hôtel Dieu de Provins (Seine-et-Marne). Il habite au n° 36, rue de l’Ormurion à Sourdun (près de Provins) au moment de son arrestation.
Il est le fils Marie Mouzet, 35 ans, née le 12 avril 1870 à Sourdun, manouvrière et d’Ernest Guérin, 39 ans, né le 16 mars 1866 à Sourdun, manouvrier son époux, domiciliés à Sourdun.
Il a trois sœurs (Juliette 1888-1945 ; Charlotte 1895 ; Félicie 1897-1985) et un frère, Pierre né à Sourdun le 30 novembre 1907, décédé en1994 à Provins). Leurs parents se sont mariés le 17 novembre 1888 à Sourdun.
Marius Guérin est glaisier (manœuvre en argile, mais sur sa fiche d’otage il est indiqué «Landarbeiter», ouvrier agricole, profession qu’il exerce effectivement lors du recensement de 1936). Il travaille dans une des carrières d’argile de Saint-Brice (Seine-et-Marne).
Conscrit de la classe 1925, Marius Guérin est appelé au service militaire qu’il effectue au 46ème Régiment d’Infanterie à Fontainebleau.
Le 8 mars 1929, à Sancy-les-Provins, il épouse Marguerite Noël. Elle est née le 19 novembre 1906 à Augers-en-Brie (Seine-et-Marne). Elle est décédée le 1er mars 1974 à Provins. Le couple a un garçon, Jacques, Ernest, Auguste, qui naît le 13 décembre 1930 à Provins (il est décédé à Paris le 14 octobre 1971).
Membre du Parti communiste, Marius Guérin est secrétaire de la cellule de Sourdun.
En 1936, la famille habite au n° 25 du quartier Nord-Est à Sourdun, avec le père de Marius Guérin. Il est alors manouvrier agricole chez Rigollet-Jourdin. Sa belle-mère habite la maison voisine au n°26. Ils déménageront par la suite au n° 36, rue de l’Ormurion.
Après septembre 1939 et l’interdiction du Parti communiste, il est membre du Parti communiste clandestin selon son frère, Pierre Guérin (Interné-Résistant du 12 février 1944 au 27 août 1944).

Le 14 juin 1940, la ligne de progression allemande va de Provins à Rambouillet, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Secrétaire de cellule avant guerre, il est à ce titre connu des services de police, puisque son nom figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages, avec la mention «ancien communiste». Cette liste datée du 25 août 1941 émane de la préfecture de Melun (In document XLIV- 59-60, Saint Germain 24 décembre 1941). 

Marius Guérin est arrêté le 19 octobre 1941 à son domicile par la police française et la Felgendarmerie. Les 19 et 20 octobre 1941, de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

A la demande des autorités allemandes, Marius Guérin et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 19 octobre 1941.
A Compiègne, comme la grande majorité des internés, il refuse de signer une demande de libération assortie d’une approbation de la politique de Pétain, qui leur est proposée lors du passage devant une commission en juin 1942 (1).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Marius Guérin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46632. Son frère Pierre a reconnu la photo portant ce numéro.
Son matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Sa photo d’immatriculation (4) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Marius Guérin meurt à Auschwitz le 26 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 409).Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d’après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l’ouvrage « Death Books from Auschwitz » publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
Une plaque a été apposée sur son ancien domicile « 
Ici a été arrêté le 19 Octobre 1941, Guerin Marius, Déporté, Mort pour la France à Auschwitz ».
Elle ne semble plus y figurer.

  • Note (1) «Pour nous, explique Lucien Ducastel, refuser de signer est un acte de fidélité au combat engagé par les résistants, un acte de renoncement à toute compromission avec Pétain.» Ces démarches, quels qu’en soient les motifs, n’aboutissent d’ailleurs pas toujours. Pierre Monjault se souvient, lui aussi, de son passage à Compiègne devant une commission en juin 1942: « Certains camarades ont signé et sont partis. Je ne les jugerai pas personnellement. Ce qui est demandé me révoltait, je n’ai pas signé. Je voulais rester français avant tout ». (« Triangles rouges à Auschwitz» p.101). Pour sa part, Georges Cogniot, le doyen du camp qui s’évadera le 22 juin 1942, dira après guerre : si on me l’avait proposé, j’aurais signé des deux mains, pour reprendre la lutte.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son frère Pierre (septembre 1991).
  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet et dossier individuel.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb, relevéJean-François Languillat.
  • © Sitewww.mortsdanslescamps.com

Notice biographique installée en 2011, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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