Jean Guilbert le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule « 45.639 » à Auschwitz   Rescapé

Jean Guilbert : né en 1908 à Avesnes les Auberts (Nord) ; domicilié à Mitry-Mory (Seine-et-Marne) ; mineur de métro ; syndicaliste Cgt, communiste, adjoint au maire ; arrêté le 20 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz , Buchenwald , Dachau ; rescapé ; décédé le 12 mai 1982

Jean Guilbert est né le 10 septembre 1908 à Avesnes-les-Auberts (Nord). Il habite au 19, rue de Villeparisis à Mitry-Mory (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation. Son père est Jean Baptiste Guilbert, sa mère Marie, Marthe Prudence, née Monier.
Le 4 avril 1931, il épouse à Mitry-Mory, Marcelle Eugénie Dubois, née le 16 décembre 1908 à Mitry-Mory. Le couple aura 5 enfants : Gaston (né en 1931), Jeannine (née en 1932), Colette (née en 1933), Jean Claude (né en1941, décédé le 31 janvier 1942), Danièle (née en 1948).
Jean Guilbert est mineur de métro (terrassier) de profession. Il travaille à la sucrerie Piot de Mitry au moment de son arrestation.
Syndiqué à la CGT, militant communiste, il est élu conseiller municipal en 1935 et est adjoint au maire à Mitry-Mory sur la liste du Parti communiste, selon sa fille Colette.
Conscrit de la classe 1928, il est mobilisé en novembre 1939 au 32ème régiment d’infanterie, qui va combattre et occuper la Sarre, puis bataille de l’Aisne. Le régiment se replie à Gien. Alors qu’il est mobilisé, il est déchu de son mandat de conseiller municipal en février 1940, par le conseil de préfecture de Seine-et-Marne.

Le 13 juin, l’armée allemande atteint le canal de l’Ourcq au sud de Mitry-Mory. Il est surpris par des nids de résistance militaire. Jusqu’à 19 heures, l’entrée de Villeparisis est le théâtre d’âpres combats. Rendues furieuses par cette résistance de militaires français, les troupes allemandes s’en prennent à la population civile. 15 otages, habitants de Villepinte, Mitry-Mory et Villeparisis sont fusillés. Fontainebleau est occupé le 16 juin 1940. Une Kreiskommandantur, située boulevard Jean Rose à Meaux, va exercer son autorité sur l’arrondissement de 1940 à 1943.

Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).
En octobre 1940, les services de police notent une recrudescence de la propagande communiste clandestine et mettent en place des filatures des communistes connus avant guerre.
Démobilisé au mois d’août 1940, il reprend une activité militante au sein du Parti communiste clandestin, en transportant et diffusant des tracts. Il est en liaison avec André Gautier, alias « Victor ».
Jean Guilbert est arrêté comme otage le 20 octobre 1941 par des policiers allemands et français. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Jean Guilbert et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par cars au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 20 octobre 1941. A Compiègne, il reçoit le matricule « 1824 ».
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, le 8 juillet 1942 à Auschwitz Jean Guilbert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante trois « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

A son arrivée à Auschwitz il reçoit le numéro matricule « 45639 ».
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

A Birkenau, il est affecté au Kommando Terrasse (« couper du bois, à faire de la culture et du terrassement »).
Atteint du typhus, il est « sélectionné » à plusieurs reprises pour la chambre à gaz, « mais au dernier moment, ils le mettaient sur le côté car ils le considéraient comme bon travailleur ». Jean Guilbert a raconté à sa famille quelques uns des sévices qu’il a eu a subir : « il a été pris aussi en train de fumer un mégot qu’il avait trouvé. Il a été roué de vingt coups de bâton sur les reins par un jeune S.S. Notre père nous disait toujours qu’il ne pouvait pas nous raconter tout ce qu’il avait vécu, que pour nous c’était impossible à croire ».

Buchenwald, le monument @ Pierre Cardon

Le 22 janvier 1945, Jean Guilbert est transféré à Buchenwald avec Frédéric Ginollin. Il reçoit le numéro matricule 118.532 (ou 118.535).Ils sont tous deux transférés ensuite à Dachau en avril 1945, où ils sont libérés le 29 avril par les troupes américaines.

Jean Guilbert est rapatrié en France le 25 mai 1945. Le 28 mai il subit des examens médicaux.
« Mais il est rentré bien plus tard parmi nous, car il était tellement faible qu’il fallait le remettre sur pied, il nous téléphoné vers le 8 ou le 9 octobre 1945 et le lendemain il était parmi nous,. Quelle joie de le revoir après ces années éprouvantes aussi bien pour lui que pour nous (…) car rester sans son père pendant quatre années c’est très dur » (Colette n’avait pas encore 8 ans au moment de l’arrestation de son père). A son retour, écrit sa fille Colette : «Il a eu du mal à reprendre le dessus, il faisait beaucoup de cauchemars avec tout ce qu’il avait vu. Il disait toujours qu’il ne passerait pas la quarantaine, mais sa volonté à pris le dessus. Malgré le fait qu’il était souvent hospitalisé il est resté parmi nous jusqu’au 12 mai 1982 ».
Jean Guilbert témoigne de la mort de Jules Dubrule à Birkenau pour la fille de celui-ci : « un violent coup de pelle lui décolle l’épaule. Sans soins pendant 3 jours ». Jules Dubrule est mort selon lui à la suite de ces sévices, le 4 septembre 1942.  

Fiche descriptive des infirmités ayant donné lieu à une pension

Le 13 février 1979, Jean Guilbert est pensionné à « 100 % + 29 », selon les critères d’inscription au «Grand livre de la Dette publique» à partir des « maladies contractées en déportation et constatées le 28 mai 1945 » et celles « d’origine par présomption en 1963 et 1975 ».
Jean Guilbert est mort le 12 mai 1982 à Villepinte (Seine-Saint-Denis).
Son épouse est décédée à Villepinte le 11 février 1991.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l’Amicale

Sources

  • Lettre-témoignage de Colette Corralès, fille de Jean Guilbert (septembre 1989).
  • Fiche familiale d’état civil.
  • Fiche descriptive des infirmités ayant donné lieu à une pension militaire d’invalidité ou de victime de guerre
  • Lettre de la fille de Jules Dubrule, madame Marcelle Piazza (1991)
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1994).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.

Notice biographique rédigée en janvier 2011, complétée en 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »« , éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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