Louis Lahaie : né en 1900 à Corbeny (Aisne) ; domicilié à Jossigny (Seine-et-Marne) ; charretier ; communiste ; arrêté le 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt.

Louis Lahaie est né le 20 septembre 1900 à Corbeny (Aisne). Il habite Jossigny (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Julie, Lisa Menesson, 23 ans, sans profession et d’Alfred Lahaie, 25 ans, cultivateur. Il est l’aîné d’une fratrie de sept enfants (Louis 1900-1942,  André (1901-1964) et  une fille née en 1904 et 4 garçons nés  1905, 1906, 1907 et 1909). Leurs parents habitent à Ancienville (Villers-Côteret / Aisne), en 1919.
Conscrit de la classe 1920, son Registre matricule militaire indique que lors du conseil de révision il est charretier. Il mesure 1m 68, a les cheveux châtains et les yeux gris. Il a un niveau d’instruction primaire élevé (niveau n° 3).

Le 2ème Zouave

Louis Lahaie est incorporé le 17 mars 1920 au 18ème bataillon de chasseurs à pied.  Le 1er octobre 1920 il embarque à Bordeaux pour le Maroc et il est affecté au 2ème Régiment de Zouaves le 12 octobre 1920. Louis Lahaie est nommé caporal le 16 janvier 1921. Le 17 mai 1921, il « passe »  au 66ème Régiment de Tirailleurs marocains régiment créé le premier janvier. Le 20 mars 1921, il est rapatrié et débarqué à Marseille.
Il est alors envoyé en occupation des pays rhénans du 1er avril 1921 au 19 février 1922. Le 19 février 1922, Louis Lahaie est « envoyé dans la disponibilité » (1). Il « se retire » au 18, quai Lavenne à Melun.
En 1922, il demeure à Montaigu (Aisne). En 1924 à Longueville (près de Fontainebleau), en 1925 à Chanteloup-en-Brie (près de Meaux) et à partir de 1926, à Jossigny à 3 km de Chanteloup.

Louis Lahaie a épousé Marguerite, manouvrière née à Venizel (Aisne) en 1907.  Le couple aura une fille, Odette, née à Lagny en 1931. Cette année là le couple habite au n° 92, rue Ferraille à Josigny. En 1936, la famille habite au n°95 cours de l’allée Trouble à Josigny. Louis Lahaie est manouvrier chez Begard, lotissement Villeneuve-Chelles. Son épouse est indiquée sans profession sur le registre de recensement.

Il est « rappelé à l’activité » le 25 décembre 1939 au 67ème Régiment d’Infanterie. Chargé de protéger la ligne Maginot, le 67ème combat en mai 1940 à Stonne, considéré comme le Verdun de 1940 : le village en lui-même changera de camp dix-sept fois et au Mont Dieu.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Il est démobilisé au Centre de démobilisation de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) le 25 août 1940.
Selon André Roy (op. cité), il fait partie depuis l’été 1940 de l’organisation clandestine reconstituée par Gustave Martin en 1940 à Lagny (impression et distribution de tracts contre vichy et la politique de collaboration), mais aussi recrutement pour «l’O.S», l’organisation armée constituée à partir de la fin de 1940 avec Pierre Dumont, Albin Desmazes, René Mabilla et Béziat de Dampmart.
Louis Lahaie est arrêté le 19 octobre 1940 à son domicile (le même jour que Gustave Martin, Pierre Dumont, Albin Desmazes et René Mabilla) .
De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Louis Lahaie est
transféré par car au camp de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122), le 19 octobre 1941.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Louis Lahaie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro «45714 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Louis Lahaie meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942 selon sa fiche d’état civil, mais aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date exacte de son décès à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé celle-ci au 30 septembre 1942 sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation. 

Sources

  • © Archives en ligne de l’Aisne. Etat civil et Registre matricule militaire.
  • Recensement Jossigny 1926, 1931 et 1936.
  • © Jean-Paul Autant « La Bataille de Stonne – Mai 1940 : Un choc frontal durant la Campagne de France« .
  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P). Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en février 1992).

Notice biographique installée en 2011, complétée en 2015 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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