Matricule « 45.849 » à Auschwitz

Gustave Martin : né en 1889 à Mareuil-sur-Ourcq (Oise) ; domicilé à Lagny (Seine et Marne) ; cheminot ; communiste ; arrêté le 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 18 septembre 1942.

Gustave Martin est né le 3 octobre 1889 à Mareuil-sur-Ourcq (Oise). Il habite au 16, rue des vieux moulins à Lagny (Seine et Marne) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Alexandrine, Esther Bridelle, 27 ans, née Mariette, couturière et d’Edouard, Ernest Martin, 26 ans, manouvrier son époux.
Ses parents habitent au hameau de Frelaine. Il a quatre frères et sœurs (Edouard 1887-1962 ; Hélène 1893-1974 ; Camille ; 1896-1981 et Raymond 1900-1967) et une demi-sœur (Esther Bridelle 1884-1969).

Gustave Martin est manouvrier et habite à Mareuil-sur-Ourcq (Oise) au moment du Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m62, a les cheveux noirs châtains, les yeux bleus verdâtres, le nez rectiligne, le visage ovale plein. Il possède un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire).
Conscrit de la classe 1909, Gustave Martin est classé dans la 5ème partie de la liste en 1910 et dans la 1ere partie en 1911. Il est finalement incorporé le 10 octobre 1911 en vertu de ce dernier classement et est intégré au 155ème Régiment d’Infanterie le jour même. Il est envoyé en disponibilité le 25 septembre 1913 (certificat de bonne conduite accordé). Il est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il arrive au 103ème Régiment d’Infanterie le lendemain.
Le 27 mars 1917, il est évacué malade sur l’hôpital n° 8 du Havre, jusqu’au 24 avril 1917. Il a une permission de 7 jours et rejoint son régiment le 7 mai 1917. Il passe au 500ème Régiment d’Artillerie le 27 août 1918.
Il est mis en congé de démobilisation le 22 juillet 1919 et « se retire » à Mareuil.
Gustave Martin est décoré de la médaille de la Victoire et de la médaille commémorative.

Embauché comme manœuvre sur voies aux Chemins de Fer de l’Est, il est à ce titre « affecté spécial » aux chemins de fer de campagne au titre de la réserve militaire en mars 1925.
En juillet 1925 il habite au 4, rue du Vieux moulin à Lagny (Seine-et-Marne).
Il épouse Ismérie, Rosa Marmet le 12 novembre 1927 à Lagny (Seine-et-Marne). Elle est née le 8 avril 1885 au Pin (Seine-et-Marne), veuve en 1926 de Léon Barthe, avec lequel elle avait une fille, Thérèse (1906-1963).
Il est cheminot, employé à la Compagnie des chemins de fer de l’Est. Militant communiste, il est trésorier de la cellule de Lagny et sera présenté par le Parti communiste aux élections municipales de 1938 (suite au décès de l’ancien maire Paul d’Alluin).
En 1931 et 1936, le couple est domicilié au 16, rue des vieux Moulins. Thérèse la belle-fille de Gustave Martin habite avec eux (en 1931 elle est manutentionnaire à la SA d’Editions, en 1936, vendeuse le registre du recensement indique qu’elle est au chômage).
En janvier 1939 la direction générale de la Sûreté auprès du Ministère de l’intérieur sollicite les préfets pour connaître « l’organisation et l’activité de chacun des partis extrémistes » de leur département, dont les cellules du parti communiste.  Dans le rapport du Préfet de Seine-et-Marne, qui est encore Hyacinthe Tomasini (nommé en 1935, remplacé de juin 1940 à novembre 1941 par Pierre Voizard), pour le Parti communiste, Gustave Martin, est désigné comme le trésorier, Pierre Dumont comme secrétaire adjoint et Maurice Rust, premier secrétaire. « Les réunions organisée par cette cellule se tiennent une fois par semaine dans une petite salle se trouvant au domicile du trésorier de la section, M. Bouyrat, tailleur d’habits, 32, rue du Chemin de fer à Lagny. Les militants se réunissent quelquefois au Café Jovenes, 17, rue Saint-Denis. L’activité de la cellule de Lagny s’est ralentie depuis plusieurs mois, en raison notamment d’un désaccord survenu entre les dirigeants et M. G. Georges, ex-secrétaire de cellule, conseiller municipal communiste de Lagny qui aurait démissionné, depuis peu de temps, du parti communiste».
Le 9 novembre 1939, le maire de Lagny, Marcel Remond (il sera destitué en 1940 puis réintégré par Vichy, cf. note Wikipédia) transmet  au sous-préfet de Meaux un renseignement « émanant d’une personne… considère comme sûre, mais qui a demandé de ne pas révéler son nom». Cette personne écrit : « Mr Martin employé du chemin de fer rue des vieux moulins au n°16. Il est venu de Russie un Français, Mr Moulin pour diner chez lui et donner des renseignements à ce dit Martin lui donnant des instructions concernant leur parti venant de Moscou. Il paraît que tous ses paperasses sont transportés chez sa fille à Paris Mme B… 17 rue Pauquet ; concierge Iéna (Paris). Il paraît qu’il n’y a que chez Mr Martin qu’il n’y a pas eu d’enquette quand les inspecteurs venus de Meaux sont venus perquisitionner à Lagny». Marcel Remond ajoute : « Je connais moi-même M. Martin qui, en effet, était un militant du parti communiste de Lagny ; il a été candidat sur la liste de ce parti aux dernières élections».

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Dès l’Occupation, Gustave Martin est un « résistant du début » selon René Roy. « Depuis l’été 40, il a reconstitué à Lagny l’organisation clandestine (impression et distribution de tracts contre Vichy et la politique de collaboration), mais aussi recrutement pour « l’O.S », l’organisation armée constituée à partir de la fin de 1940 » avec Pierre Dumont, Albin Desmazes, Louis Lahaie, René Mabila et Béziat de Dampmart.
« Déjà à l’automne 40, il y avait eu une première série d’arrestations. Pourtant la trentaine de « militants » que contrôlait Gustave Martin avait triplé un plus tard ». (« La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, p.199). Cette
organisation clandestine reconstituée par Gustave Martin à Lagny (impression et distribution de tracts contre Vichy et la politique de collaboration), mais aussi recrutement pour « l’O.S », l’ « Organisation Spéciale »  armée, constituée à partir de la fin de 1940 »,
Gustave Martin est bien connu des services de police, puisque son nom figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages. Cette liste datée du 25 août 1941 émane de préfecture de Melun (In document XLIV- 59-60, Saint Germain 24 décembre 1941). Il y est qualifié de « fonctionnaire communiste », ce qui peut signifier « cadre communiste » voire « rémunéré par le Parti ». La même liste indique qu’il est marié, père de deux enfants (il y a sans doute confusion avec sa belle-fille ; d’autre part aucun autre enfant n’est indiqué en 1931… et son épouse a 47 ans lors du mariage).

Il est arrêté le 19 octobre 1941 à son domicile par des policiers allemands et français, en même temps que 41 autres militants de Lagny et Chelles. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même de son arrestation d’après sa fiche au BAVCC (comme l’ont été ses camarades arrêtés les 19 et 20 octobre).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Gustave Martin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Gustave Martin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45849 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Plaque apposée sur son ancien domicile

Gustave Martin meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 784), dans les jours qui suivent une importante « sélection » des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.

Une plaque commémorative est apposée sur son domicile (ci-contre), son nom figure sur le monument aux Morts.

Sources

  • Bureau des archives des Victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1992).
  • Site Internet mémorial « GenWeb ».
  • Photos : « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). « Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948 », établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz.
  • Etat civil et Registres matricules militaires de l’Oise en ligne.
  • Recensements Lagny, 1931, 1936.
  • Plaques Lagny.

Notice biographique installée en 2011, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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