Matricule « 45.972 » à Auschwitz

Daniel Pesson © Dr famille et Musée de la Résistance , Blois
Daniel Pesson : né en 1903 à Gièvres (Loir-et-Cher) ; domicilié Romorantin (Loir-et-Cher) ; charretier ; arrêté le 18 avril 1941, puis le 1er mai 1942 comme otage ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 16 août 1942.

Daniel Pesson est né le 25 février 1903 à Gièvres (Loir et Cher).
Il habite à La Roche à Romorantin (Loir-et-Cher) au moment de son arrestation
Il est le fils de Séraphine, Julia Cholet, 29 ans vigneronne et de Louis Pesson, 32 ans, cultivateur, son époux.
Il est issu d’une fratrie de 8 enfants : Marie Louise dite Mimi (1897-1976), Fernande (1900-1976), Raymonde (1906-1971), Marguerite (née en 1908), Madeleine (1914-2006), Paulette (1912-2003), et Robert (1910-1987).
Il a épousé Silvine, Angeline Legilles. Le couple aura deux enfants, Pierrette et Pierre (trois selon la Mairie de Romorantin).
Damiel Pesson est charretier et vidangeur à l’entreprise de vidanges Benoist-Bourgeois, située à La Haute Roche, à Romorantin.

1940, la Wehrmacht défile à Blois

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Les 15 et 16 juin 1940, bombardements allemands sur Montrichard, Blois et Vendôme. Le 22 juin, l’armistice est signé : la moitié nord de la France et toute la façade ouest sont occupées. Le pays est coupé en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée et celle administrée par Vichy. Le 1er juillet, elle passe par le département du Loir-et-Cher en suivant le cours du Cher, de Châtres jusqu’à Chissay (à l’exception de Selles-sur-Cher qui demeure en zone occupée). Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».
Daniel Pesson est arrêté une première fois le 18 avril 1941 lorsque les Allemands arrêtent son patron (1) et l’ensemble du personnel (dont Moïse Bodin, qui sera comme lui déporté à Auschwitz). Il est relâché.
Présumé communiste, Daniel Pesson est arrêté une seconde fois comme otage le 1er mai 1942, à son domicile, par des gendarmes allemands accompagnés de gendarmes français. Cette arrestation s’inscrit dans la rafle des 1er et 2 mai 1942 qui concerne 140 communistes ou présumés tels (dont certains avaient déjà été arrêtés en 1940 ou 1941) dans 3 départements (Loir-et-Cher, Loiret, Cher).
Cette rafle est opérée en représailles à la mort d’un Feldgendarme à Romorantin la nuit du 30 avril 1942.
Lire dans le site l’article : Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations.
13 romorantinais sont arrêtés. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Moïse Bodin,  Victor Budin, Gustave Crochet, Octave Hervaux, Edouard Roguet, Daniel Pesson.

Daniel Pesson est conduit au camp de détention de Compiègne administré par la Wehrmacht (Fronstalag 122) avec plusieurs autres communistes (ou supposés tels) du département en vue de leur déportation.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Daniel Pesson est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et synd

 

icalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45.972″.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi les 522 que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Le 13 juillet, après cinq jours passés par l’ensemble des « 45000 » à Birkenau, il fait partie de ceux qui restent dans ce camp dont le régime est encore plus meurtrier que celui du camp principal où fut affectée l’autre moitié des membres du convoi.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Registre des morts d’Auschwitz, liste du 17 août 1942. Six « 45000 » y figurent, dont Daniel PessonDaniel Pesson meurt le 16 août 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 920).
Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé le 15
septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 14 décembre 1997), ceci étant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage
publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le site Les dates de décès à Auschwitz

Daniel Pesson a été déclaré « Mort pour la France » le 4 février 1947. Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Romorantin, dans le vieux cimetière et quai de l’île Marin.

  • Note 1 : Selon les souvenirs de l’épouse de Daniel Pesson, rapportés par sa fille, née en 1938, il y aurait eu une dénonciation par une romorantinaise qui espérait ainsi obtenir la libération de son mari, déjà arrêté. Elle aurait été  tondue à la Libération,  et interdite de séjour à Romorantin.

Sources

  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Reproduction de la page 93 du livre des morts T 1.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Recherches de la Mairie de Romorantin (Mme Valin) 1989 et 1990.
  • Lettre de Henri Peiffer à sa fille Pierrette.
  • Correspondance avec son petit fils, Raphaël Michoux (octobre 2006).
  • Photo © famille / et Musée de la Résistance, ARMREL
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com

Noticz biographique complétée en 2006, 2017 et 2021, rédigée en janvier 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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