Matricule « 46.121 » à Auschwitz

Emile Stévance : né en 1905 à Wassigny (Aisne) ; domicilié à Leudon-en-Brie (Seine et Marne) ; cantonnier ; communiste ; arrêté vraisemblablement dans la rafle du 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 17 août 1942.

Emile Georges Stévance est né le 26 février 1905 à Wassigny (Aisne). Il habite Leudon-en-Brie (Seine et Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie Dujardin, 32 ans, née le 5 juillet 1874 à Wassigny, ménagère et d’Emile Stevance, 35 ans, né le 4 avril 1871 à Mazinghien (Nord), manouvrier agricole, son époux.
Nous lui connaissons 2 sœurs (Yvonne et Georgette) et cinq frères (Emile, Albert né en 1897, Albert, Emile, né en 1899, Marcel, né en 1900, Octave, né en 1902, Emile, Gaston, né en 1906.  Leurs parents se sont mariés en 1902.
Leur mère décède le 9 novembre 1910 à Wassigny.
Emile Stévance est cantonnier (Strassenarbeiter sur sa fiche d’otage).  Conscrit de la classe 1925, il est appelé au service militaire qu’il effectue au 170ème régiment d’Infanterie à Kehl, qui tient garnison à Kehl (Allemagne), au titre des troupes d’occupation.
Le 2 octobre 1926, à Mormant (Seine-et-Marne), il épouse Carmen Gavel. Elle est née en 1907 à Chaume-en-Brie. Le couple aura cinq enfants, dont Daniel né en 1927 et Colette, née en 1929, Micheline en 1931 et Simone en 1933, tous à Mormant.
En 1931 la famille habite au 154, rue Guilloteaux à Mormant. Emile Stévance est cantonnier départemental (dépôt des Ponts-et- Chaussées), affecté au chemin départemental n° 215. Selon le registre de recensement de 1931, son frère aîné Albert, cheminot, habite rue de la République avec son épouse et leur fils. L’autre frère, Gaston, manouvrier, habite au Hameau de Lady à Mormant.
En 1932, leur père se remarie à Wassigny avec Alexandrine Lamotte.
En 1936, son frère Albert, qui a maintenant trois enfants, occupe le logement du 156, rue Guilloteaux. Emile Stévance, son épouse et leurs 4 enfants ont eux déménagé au 246, cour des Tisserands.
Adhérent au Parti communiste, il est secrétaire de la cellule de Mormant, avec Paul Briquet, également cantonnier départemental. Les deux militants sont connus des services de Sureté.
Le 16 février 1940, vraisemblablement à la suite d’une dénonciation, le Préfet de Seine-et-Marne (qui est encore Hyacinthe Tomasini – nommé en 1935 – il sera remplacé de juin 1940 à novembre 1941 par Pierre Voizard) demande au commissaire spécial de Melun de mener une enquête sur Émile Stévance et Paul Briquet, et de lui faire « toutes propositions utiles en ce qui concerne notamment l’opportunité de leur maintien dans la région ». Le 20 février 1940, le commissaire lui répond : « Bien que les agissements des intéressés ne tombent pas sous le coup des décrets relatif à la répression des menées antinationales, il y aurait lieu de leur appliquer une peine disciplinaire. Cette mesure aurait pour effet de diviser les membres de la cellule de Mormant, qui, bien que dissoute, peut encore avoir, à l’occasion, un caractère agissant».
Le 10 avril 1940, le Préfet prend un arrêté qui nomme Émile Stévance cantonnier sur le chemin départemental n° 75, avec résidence à Leudon-en-Brie, le changeant ainsi de canton.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le nom d’Emile Stévance figurait avec le N° 74, sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages, liste préparée par la préfecture de Melun le 25 août 1941 (In document XLIV- 59-60,Saint Germain 24 décembre 1941).
La quasi-totalité d’entre eux, élus ou militants communistes du département furent arrêtés les 19 et 20 octobre : on peut donc penser qu’il est arrêté à l’une de ces dates. Les services d’état civil de Leudon en Brie nous avaient appris en 1992 que son fils Daniel (habitant dans les années 1980 à Pontault-Combault) âgé de 14 ans à l’époque avait assisté à l’arrestation de son père., mais nos démarches n’avaient pas abouti.
Parmi eux, 44 dont Emile Stevance seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

Emile Stévance est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Emile Stevance est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46.121 ». Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Emile Stevance meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page page 1181).
Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération portait la mention «décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise)« . Elle a été corrigée le 27 septembre 2003« en décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) et non le 6 juillet 1942 à Compiègne (Oise) ». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date à l’aide duDeath Books from Auschwitz, à l’occasion de cette inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 27 septembre 2003). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le site Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom figure sur le monument aux morts de Leudon-en-Brie.

Sources

  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet, dossier individuel.
  • © Site Site Internet mémorial « GenWeb ».
  • Recensements en ligne de Leudon-en-Brie et Mormant, 1931 et 1936.

Notice biographique installée en 2011, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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