René Trillault DR famille

Matricule « 46.158 » à Auschwitz

 

René Trillault : né en 1904 à Paris 12ème ; domicilié à Montereau (Seine-et-Marne) ; serrurier, monteur en charpentes métalliques ; communiste ; arrêté en mai 1940, prison de la Santé, colonne de Cépoy, camp de Gurs ; arrêté comme otage le 19 octobre 1941; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 24 octobre 1942.

René Trillault est né le 8 avril 1904 à Paris XIIème. Il habite 15, rue de Nemours à Montereau-Fault-Yonne (couramment appelée «Montereau», en Seine-et-Marne) ou à Varennes sur Seine selon la Mairie de Montereau) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Josèphe, Ernestine Fautré, 33 ans, ménagère et de Paul Trillault, 38 ans, mécanicien. Ses parents habitent au 22 rue de Wattignies à Paris 12è.
Il est le cadet d’une fratrie de quatre enfants : Suzanne 1891-1980, Marcelle 1896-1986, et Georges 1898-1978.
Il est serrurier puis monteur en charpentes métalliques. En 1928, à 24 ans, il fait partie des grévistes des établissements Baldon et a une altercation avec un non-gréviste (in l’Informateur » du 31 janvier). Puis il travaille chez Besson à Montereau.
Le 25 avril 1929, à Montereau il épouse Marcelle, Lucie, Raymonde Prévost (1910-2001). Elle est née à Montereau le le 27 décembre 1910.
Le couple aura sept enfants (Claudine née en 1931, Paulette en 1933, Marcelle, en 1935, Mauricette en 1938, Michel (1940-1942), Renée née le 12 janvier 1938 et Jean-Paul qui naît en juin 1942).

En 1934, la famille habite à Montereau au 29, rue de Nemours comme l’indique cette petite annonce parue dans L’Humanité du 8 novembre 1934.

Il est un militant syndical, secrétaire du syndicat CGT des métaux de Montereau (information mesdames Boucher et Gounon. René Trillault est membre du Parti communiste, secrétaire de de la cellule de l’usine Besson.
En janvier 1939 la direction générale de la Sûreté auprès du Ministère de l’intérieur sollicite les préfets pour connaître « l’organisation et l’activité de chacun des partis extrémistes » de leur département, dont les cellules du parti communiste. Dans le rapport du Préfet de Seine-et-Marne, qui est encore Hyacinthe Tomasini (nommé en 1935, remplacé de juin 1940 à novembre 1941 par Pierre Voizard), pour le Parti communiste de Montereau, il indique que : « 15 cellules composent le secteur et comprennent environ 700 adhérents (…) Cellule de l’usine Besson comprenant 90 membres. Secrétaire : M. Trillault, René Paul ».
Malgré l’interdiction du Parti en septembre 1939, il poursuit clandestinement ses activités militantes.

Il est arrêté une première fois par la police française et emprisonné le 14 mai 1940 à la prison de la Santé.

l’exode de la prison militaire de Paris à Gurs

En juin 1940, 584 détenus « politiques » composent à près de 47 % les effectifs de la « prison militaire de Paris » (les prisons de la Santé et du Cherche-Midi).  La Prison militaire de Paris est évacuée (1) sous escorte armée entre le 10 et le 12 juin 1940, sur ordre de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur. Ils sont 1865 au départ de Paris.
Le repli  a pour but de transférer les « détenus dangereux » de la « prison militaire de Paris » au camp de Gurs (arrondissement d’Oloron) puis à Mauzac. Ils sont évacués par autobus de la TCRP, le 11 juin 1940. A Orléans, les gardiens du convoi apprennent que la maison d’arrêt est bondée ; le convoi repart donc jusqu’au camp des Grouës, proche de la gare des Aubrais, où 825 prisonniers, dont René Trillault, sont débarqués. Prisonniers et gardiens y resteront quatre jours, du 11 au 15 juin harcelés par les bombardements allemands au cours desquels plusieurs détenus s’évadent (…) Le 15 juin, tout le monde repart. Mais cette fois, plus question d’autobus, le transfert se fera à pied et de nuit. Ils rejoignent le lendemain à Jouy-le-Potier des camions qui les conduisent à la base aérienne 127 d’Avord, près de Bourges. Ils y retrouvent un autre groupe d’Ile de France venu du camp de Cépoy, près de Montargis (Loiret). (…). Gardiens et détenus n’y restent que quelques heures, puis repartent en autobus jusqu’à Bordeaux, Mont-de-Marsan, Orthez et Gurs. Ils arrivent au camp en deux groupes, les 21 et 23 juin. Certains y resteront plusieurs mois, jusqu’au début de l’hiver (in © Amicale du camp de Gurs).

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

René Trillault est transféré au camp de Gurs. «Il en revient en septembre 1940, avec des tracts diffusant la proclamation de Maurice Thorez et Jacques Duclos et recherche immédiatement le contact avec des camarades pour former un noyau de résistance» écrit Madame Gounon, veuve d’un « 45000 ». « Il participait et aidait le groupe de Melun-Danmarie [-les- Lys], dont les responsables messieurs Boulle (1) etc… furent fusillés en novembre 1941. ».

Le nom de René Trillault figure sur une liste de communistes susceptibles d’être choisis comme otages par l’administration militaire allemande avec la mention «communiste» (in Mémorial de la Shoah, document XLIV- 59-60, Saint Germain 24 décembre 1941).

René Trillault est arrêté le 19 octobre 1941 à son domicile du 2, rue Kecker à Montereau (ou à Varennes sur Seine selon la Mairie de Montereau) par la police française et la Feldgendarmerie. Les 19 et 20 octobre 1941, de nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés. Parmi eux, 44 seront déportés à Auschwitz.
Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.

A la demande des autorités allemandes, René Trillault et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 19 octobre 1941. A Compiègne il reçoit le matricule n° »1762″. 
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, René Trillault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule 46158 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d’Etat d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

René Trillault meurt à Auschwitz le 24 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 3, page 1280) et le site du Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau.
Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte la mention « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Lire dans le site Les dates de décès à Auschwitz.
René Trillault a été déclaré « Mort pour la France« . Le titre de « déporté politique » lui a été attribué en 1954. Il a été homologué comme Sergent au titre de la Résistance Intérieure française (RIF).

Son nom est inscrit sur la plaque commémorative « aux patriotes Monterelais, arrêtés, déportés et morts dans les camps hitlériens » à Montereau-Fault-Yonne, honorant la mémoire de 12 déportés, dont 3 « 45000 » (Charles Fourmentin, Joseph Verger, René Trillault).

  • Note 1 : « La prison de la Santé était devenue une annexe de la prison militaire du Cherche-Midi, surchargée depuis le 10 septembre 1939, du fait de l’emprisonnement de centaines d’insoumis, déserteurs et «politiques» – communistes pour la plupart. Elle est évacuée le 10 juin 1940, les détenus sont dirigés vers le camp de Gurs » (In «Arkheia» Revue d’Histoire n°14).
  • Note 2 : Serge Boullé, né le 10 septembre 1918 à Melun (Seine-et-Marne) est fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; employé de perception ; militant communiste dans la clandestinité (Le Maitron en ligne).

Sources

  • Courrier de Madame Gounon, veuve de Charles Fourmentin à l’attention de Marie-Elisa Cohen (22 avril 1972). Archives personnelles.
  • Photo de famille transmise par madame Gounon.
  • « La Résistance en Seine et Marne« , Claude Cherrier et René Roy, (Presses du Village).
  • Division des archives victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle et dossier).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Site du Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau http://auschwitz.org/en/museum/auschwitz-prisoners/

Notice biographie rédigée en janvier 2011 et mise à jour en avril 2019 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 » », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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