François Trolet : né en 1903 à Mazingarbe (Pas-de-Calais) ; domicilié à Champagne-sur-Seine (Seine-et-Marne) ; mineur, électricien ; communiste, adhérent CGT ; arrêté le 19 octobre 1941 comme otage ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 3 octobre 1942.
La cité Aubépine, la rue Henri Paul

François Trolet est né le 21 juin 1903 à Mazingarbe (Pas-de-Calais). Il habite au 43, rue Henri-Paul à Champagne-sur-Seine (Seine et Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de « dame » Sidonie Caboche, 26 ans, ménagère et de Désiré, Joseph Trolet, 28 ans, ouvrier d’usine, son mari, tous deux domiciliés au n° 690 aux Brebis à Mazingarbe. Il a deux sœurs : Germaine (1901-1985) et Florisa (1906-1999).
Il est d’abord mineur (comme Jean Guilbert, mineur de métro).
Conscrit de la classe 1923, François Trolet effectue son service militaire au 34ème régiment d’Aviation au Bourget (Seine / Seine-Saint-Denis).
François Trolet épouse à Marquise (Pas-de-Calais), le 30 avril 1926, Yvonne, Louise, Henriette Clabaud (elle est née le 9 avril 1906 à Marquise).
Le couple a deux enfants, Daniel, né le 18 février 1928, et Denise, née le 6 juin 1933.  la famille vient habiter à Champagne sur Seine.
En 1936, domicilié dans la cité Aubépine, au 43, rue Henri Paul, avec son épouse et leurs deux enfants, François Trolet est électricien à l’usine de la société « Le Matériel électrique » Schneider-Westinghouse (SW). Pratiquement tous les habitants de cette rue travaillent chez SW (en 1901, les établissements Schneider & Cie du Creusot transfèrent à Champagne-sur-Seine, leurs ateliers d’électricité. Le « colossal organisme » doit sans tarder fournir les commutatrices du métropolitain parisien. Une cité ouvrière va naitre).
En janvier 1939, la direction générale de la Sûreté nationale sollicite les Préfets pour obtenir des rapports sur « l’organisation et l’activité de chacun des partis extrémistes » de leur département. Dans ces documents figurent  des éléments concernant les cellules du parti communiste. Pour Champagne-sur-Seine, le rapport préfectoral indique : « Le nombre des adhérents est de 280 environ, dont une centaine pour la cellule de la société S.W. (Schneider et Cie) (…). Les réunions se tiennent chaque semaine chez M. Rateau, chef de secteur».

Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. .Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Le 1er mai 1941, à la suite d’une lettre de dénonciation signalant des activités communiste dans la région de Champagne-sur-Seine, un inspecteur du commissariat spécial de Melun rédige un rapport d’enquête : l’Usine SW (Schneider-Westinghouse)…occupe environ 700 ouvriers.  Une vingtaine environ s’était fait remarquer par son attitude communiste, parmi eux : Jay René, Magnat Jérôme, Ménager André, Rousset Georges, Trolet François (pour chacun d’entre eux date de naissance, adresse, profession) (…). Ces divers militants de l’ex-parti communiste sont encore en relations et, à plusieurs reprises, on a constaté des allées et venues. Depuis le mois de mars, trois distributions de tracts communistes ont eu lieu à Champagne-sur-Seine ; elles ont été effectuées principalement dans le quartier de l’Aubépine, […] habité par les ouvriers de S.W. Les deux dernières diffusions remontent au 23 avril […] et, enfin, dans la nuit du 19 au 30 avril […].À noter que Jay René et Ménager André, tous deux militants convaincus, sont titulaires d’un laissez-passer de nuit pour le service de garde du pont de Champagne-sur-Seine demandé par la maison Delattre et Frouard de Dammarie-les-Lys, chargée de la réfection du pont de cette commune. (…) La direction de l’usine, que j’ai consultée, ne donne aucun nom de personnes pouvant servir d’agents de renseignement. Bien que déplorant la propagande antinationale communiste, la direction invoque qu’il serait délicat de déléguer un ouvrier pour la surveiller. On peut le regretter ».

Il est arrêté comme otage le 19 octobre 1941 par des policiers allemands et français le même jour que Marcel Magnat, Carlo Facco, Marie Gorce et André Ménager (lire le témoignage de la fille d’André Ménager sur leur arrestation dans la biographie de celui-ci). De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le blog la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941.
François Trolet et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par car au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le octobre 1941.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, François Trolet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 46159? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.

Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
François Trolet meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1257).
Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 3 juin 2001), ceci étant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il a été déclaré « Mort pour la France« . Son nom figure sur la plaque commémorative, place Jean Jay à Champagne-sur-Seine.

Sources

  • Lettre de Jean Claude Disses, époux de la petite fille de François Trolet
  • Photo sur le site Internet mémorial « GenWeb ».
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo de la manifestation de février 1965, envoyée à la FNDIRP par Raymond Montégut (45892).

Notice biographique installée en novembre 2013, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com   

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