Fernand Vieugé : né en 1897 à Blois (Loir-et-Cher), où il habite ; charpentier ; arrêté le 17 juin 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz, où il meurt le 19 septembre 1942.

Fernand Vieugé est né le 8 mars 1897 à Blois (Loir-et-Cher) rue du Puits Vieux.
Il habite 98, route de Cabochon à Blois au moment de son arrestation.
Fernand Vieugé est le fils de Pauline Adélaïde Reide et de Gaston Vieugé, 36 ans, charcutier son époux. Fernand
Vieuge est cultivateur, puis charpentier et habite à Blois, 89 rue Croix Boissée au moment de son Conseil de révision. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 53, a les cheveux noirs et les yeux bleus, le nez rectiligne et le visage long. Il a un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire).
Conscrit de la classe 1917, Fernand Vieuge est mobilisé par anticipation en 1916,
comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre.
Il est appelé sous les drapeaux le 11 janvier 1916 et incorporé le 146ème Régiment d’Infanterie le même jour. Il passe au 143ème Régiment d’Infanterie le 15 octobre 1916. Sur le Front il passe au 138ème Régiment d’Infanterie le 24 mars 1917.
Il est cité à l’ordre du Régiment le 18 novembre 1918 : « Agent de liaison d’élite au cours de la progression a maintenu constamment la liaison entre les sections et le Capitaine et a contribué à la capture de nombreux prisonniers ». Il reçoit la Croix de guerre avec étoile de bronze. Démobilisé avec un « certificat de bonne conduite » le 26 septembre 1919, il « se retire » à Blois, 89, rue Croix Boissée.
Il épouse Augustine, Marie, Thérésé à Pont-Sainte-Maxence (Oise) le 16 octobre 1922. Le 16 janvier 1924 le couple habite au 4 Cour du Change à Pont-Sainte-Maxence.
Il se remarie le 5 mai 1928 avec Renée Retiveau, à Blois. Le couple habite 23 rue des Ponts-Chartrains à Blois (21 juin 1928).
Il est ouvrier du bâtiment, syndicaliste.
Le jour de la déclaration de guerre, Fernand Vieuge est « rappelé à l’activité militaire» le 3 août 1939.
Il est affecté à la SM (Station Magasin) de Villefranche-sur-Cher. Il y arrive le 11 septembre 1939.

Blois juin 1940

Le 14 juin 1940, la Wehrmacht défile à Paris, sur les Champs-Élysées. Les 15 et 16 juin 1940, bombardements allemands sur Montrichard, Blois et Vendôme. Le 22 juin, l’armistice est signé : la moitié nord de la France et toute la façade ouest sont occupées. Le pays est coupé en deux par la « ligne de démarcation » qui sépare la zone occupée et celle administrée par Vichy. Le 1er juillet, elle passe par le département du Loir-et-Cher en suivant le cours du Cher, de Châtres jusqu’à Chissay (à l’exception de Selles-sur-Cher qui demeure en zone occupée). Le 10 juillet 1940 Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ».

Après sa démobilisation, il habite à Blois, 98, route de Cabochon et il exerce le métier d’ouvrier maçon.

Selon le témoignage (ci contre) de Marcel Parent, combattant volontaire de la Résistance, Fernand Vieugé appartient au même groupe de Résistance formé au cours du mois de mai 1941 et qui a aussitôt commencé la diffusion de tracts anti-allemands qu’il est chargé de distribuer. Soupçonné par la police de Vichy, son domicile est perquisitionné et des tracts y sont trouvés.
Ferdinand Vieugé est arrêté le 17 juin 1941. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent en février 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule « 3620 », bâtiment A.

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Cf l’article du site : Les wagons de la Déportation

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Depuis le camp de Compiègne, Fernand Vieugé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le blog : Le KL Aushwitz-Birkenau.L’épouse d’un de ses camarades, Serge Marteau, lui fait savoir que leurs maris sont partis travailler en Allemagne et qu’ils sont de 1100 à 1200 du camp (le FT 122). 
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 46191 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a donc pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Fernand Vieugé meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 (date inscrite dans les registres du camp et transcrite à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz ; in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 1276). Le motif de son décès inscrit par les médecins allemands sur le registre de l’infirmerie est «pleuritis» (pleurésie). Cette date est cependant celle d’une importante «sélection» des «inaptes au travail» destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau, sélection au cours de laquelle près de 150 « 45000 » ont été assassinés. Cette date figure sur son acte de décès qui porte la mention “Mort en déportation” (J.O. du 19 mai 1998). 

Réponse de la Croix Rouge allemande 12.9.1943

En 1943, son épouse qui n’a cessé de s’adresser aux autorités françaises et allemandes pour avoir des nouvelles de son époux reçoit une lettre de la croix rouge 12 septembre 1943) : Le chargé de la Croix rouge allemande en France regrette d’être obligé de vous informer qu’aucune constatation n’a pu être faite concernant Fernand Vieugé. S’il n’écrit pas lui-même, vous ne pouvez malheureusement pas recevoir de nouvelles de lui. Signé Homann.
Le grade honorifique d’adjudant lui a été attribué au titre de la Résistance Intérieure Française par la commission nationale.
Son nom est gravé sur le monument aux morts de Blois.
Son épouse a fait le premier pèlerinage à Auschwitz en 1947.

Sources

  • M. Larcade président de l’ADIRP de Blois (communiqué en 1977 à la commission d’histoire de la FNDIRP).
  • Listes – incomplètes – du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en 1992).
  • Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). « Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948« , établie à partir des déclarations de décès du camp d’Auschwitz. Liste V (n°31871). Liste S (n°350).
  • © Site Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Registres matricules militaires du Loir-et-Cher en ligne.
    Documents photos donnés à Chasseurs de Mémoire (M. Lang Son, administrateur) par un membre de la famille. 

Notice biographique rédigée en janvier 2011, complétée en 2015, 2017 et 2021 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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