Matricule « 46.199 » à Auschwitz

Georges Vinsous : né en 1897 à Rumigny (Ardennes) ; domicilié à Gouaix (Seine-et-Marne) ; ajusteur, chef de train SNCF ; délégué CGT, communiste, conseiller municipal ; révoqué de la SNCF ; arrêté le 17 octobre 1941 comme otage ; interné au camp de Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 19 septembre 1942.

Georges Vinsous est né le 13 octobre 1897 à Rumigny (Ardennes). Employé à la SNCF, il habite à Gouaix (Seine-et-Marne) au moment de son arrestation. Il est le fils d’Alice Robinet et de Constant Vinsous, domiciliés à Charleville-Mézières.
Georges Vinsous travaille comme ajusteur à Martigné-Ferchaud (Ille-et-Vilaine) au moment de son incorporation sous les drapeaux.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 64, a les cheveux blonds et les yeux bleu, le nez rectiligne.
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est appelé sous les drapeaux le 3 janvier 1916 et incorporé au 31ème régiment d’Infanterie le 8 janvier 1916. Il est nommé soldat de 1ère classe le 20 décembre
1917. Il passe au 112ème RI le 17 février 1917.

Le 15 décembre 1917, il est cité à l’ordre du Régiment : « soldat courageux et dévoué, faisant partie d’une reconnaissance de nuit le 10 décembre 1917 poussée à 3 kilomètres au-delà de nos lignes, s’est détaché volontairement de son groupe pour rechercher dans un moment critique la liaison avec le chef de détachement ».  Il est décoré de la Croix de Guerre avec étoile de bronze pour ce fait d’armes. Il passe au 55ème RI le 29 mai 1918. Le 11 juin 1918, Georges Vinsous est blessé par balle (plaie pénétrante au genou droit) pendant la retraite allemande à Lassigny. Il est mis en congé de démobilisation le 1er septembre 1919.

Georges Vinsous revient habiter Mézières après sa démobilisation. Il est embauché aux Chemins de fer de L’Est, et se trouve « Affecté spécial » dans cet emploi au titre de la Réserve militaire.
En 1920, il habite rue Jacquemart à Mézières. Le 1er juillet 1927 il est à la gare de Lumes Ardennes) sur la ligne Mohon-Thionville.
Le 10 octobre 1920, Georges Vinsous épouse Francine Côte, à Izieux (Loire) commune où est née son épouse le 7 juillet 1896 et où elle est domiciliée. Le couple aura quatre filles (Alice, née le 25 avril 1919, Lucien, né le 30 novembre 1920, Odette, le 5 juin 1927 à Nouvian sur Meuse et  Huguette le 30 novembre 1935, en Seine et Marne).
Cheminot, Georges Vinsous est membre du Parti communiste à son arrivée en région parisienne (dans les années 1930).
En 1933, la famille habite rue de Claye à Brou-sur-Chantereine (Seine-et-Marne), où Georges Vinsous est conseiller municipal selon ses filles.
Il est délégué syndical CGT à la SNCF, réseau Est.

La gare de Flamboin-Gouaix

Il est nommé chef de train à la gare de Vaires-sur-Marne. Selon sa fille Huguette, il est secrétaire de la cellule de Vaires-sur-Marne, jusqu’à sa mutation à Flamboin-Gouaix le 1er  juin 1940 (sur la demande du directeur du service central, qui entend ainsi limiter son influence : il y a environ 600 cheminots à Vaires, alors que la gare de Flamboin-Gouaix et de moindre importance).
Le 17 octobre 1939, sollicité par la direction de la Sureté nationale, le Préfet de Seine-et-Marne, Pierre Jean Paul Voizard qui a été nommé en juin, transmet au ministère de l’Intérieur une liste de « fonctionnaires et agents des services publics mobilisables appartenant au parti communiste et maintenus à leur poste », dont le nom de Georges Vinsous.
Le 14 novembre 1939, le domicile de Georges Vinsous est perquisitionné par la police de Vaires qui trouve chez lui un tampon du Parti communiste utilisé avant la dissolution et que « par inadvertance, négligé de détruire, ne pensant pas que cela ait une importance quelconque ». Deux jours plus tard, Georges Vinsous est déféré devant le parquet du procureur de la République de Meaux et écroué à la Maison d’arrêt de la ville. Un non lieu est prononcé, « les faits reprochés n’ayant pu être établis », et il est libéré le 24 novembre.
Dans la suite de la mobilisation générale du 2 septembre 1939, Georges Vinsous qui de part son statut de cheminot était classé « affecté spécial » sur son poste de travail, est « rayé de cette Affectation spéciale » le 15 décembre 1939, comme la plupart des « Affectés spéciaux »  connus comme syndicalistes ou communistes, et « réintégré à Mézières » pour la réserve militaire.
Il est « rappelé à l’activité » le 24 février 1940. Il arrive au 21ème Dépôt d’infanterie le même jour et est affecté au 21ème Régiment d’artillerie le 13 mars 1940.
Père de quatre enfants, il est rayé des contrôles ce même 13 mars 1940 (article 58 loi du 31 03 1923) et « renvoyé dans ses foyers », sans affectation. Il « se retire à Brou-sur-Chantereine ».
Le 14 juin, les troupes allemandes sont à Meaux ; le 15 juin à Brie-Comte-Robert et à Melun. Le dimanche 16 juin 1940, des éléments motorisés de la Werhmacht franchissent la Seine à Valvins sur un pont de bateaux. Ils traversent Avon avant d’entrer dans Fontainebleau, précédant le gros des troupes. .Le 14 juin, l’armée allemande était entrée par la Porte de la Villette dans Paris, vidée des deux tiers de sa population. La ville cessant d’être la capitale du pays et devenant le siège du commandement militaire allemand en France. Les troupes allemandes occupent toute la banlieue parisienne et les départements voisins les jours suivants.  Le 22 juin, l’armistice est signé. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, abolit la République et s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français ». Il lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…).

Georges Vinsous est révoqué de ses fonctions le 2 septembre 1941 (confirmation par courrier du 19 septembre 1941) en application de la Loi du 23 octobre 1940. Il cesse son travail à la SNCF le 4 septembre 1941.
Il trouve alors du travail dans une sucrerie de la région (traitement de la betterave à sucre).
Le 17 octobre 1941 Georges Vinsous reçoit une convocation provenant de la gendarmerie française de Flamboin-Gouaix d’avoir à s’y présenter à 9 heures, sans aucune autre explication. A 12 h 30, un camion avec des gendarmes français et allemands  sont descendus devant son domicile, accompagnés de Georges Vinsous.

Témoignages de ses filles (Odette 2005, Huguette 2007)

Deux de ses filles présentes à Gouaix (Odette, âgée alors de 14 ans et Huguette âgée de 8 ans) ont fait un récit très précis et similaire de cette arrestation. « L’arrestation de mon Père est restée fixée dans ma mémoire (j’avais à peine 8 ans : La veille de son arrestation, le 18 octobre 1941, il reçoit à son domicile une convocation lui intimant t’ordre de se rendre le lendemain matin à la Gendarmerie située à Flamboin. Arrivé à l’heure prévue, il dut attendre toute la matinée dans la cour de La Gendarmerie, sans aucune explication sur le motif de sa convocation. (Ces renseignements ont été communiqués à ma mère par des témoins). En fin de matinée, arriva un camion où s’entassaient déjà plusieurs hommes sous la garde de gendarmes allemands et de policiers français. Mon père fut contraint d’y monter à son tour et ramené par ce convoi jusqu’à notre domicile. En présence de ma mère, de mon père, de ma sœur (15 ans) et de moi-même, la Police française se livra à une perquisition dans toute la maison, perquisition qui s’avéra infructueuse. Les gendarmes allemands ne participèrent pas au désordre résultant de ces recherches : ils ont simplement demandé aux enfants que nous étions « de ne pas pleurer » précisant  » que notre père allait être jugé et revenir » dans un français suffisamment correct pour être compris. Puis, nous avons vu mon père rejoindre le camion suivi d’hommes armés de fusils, baïonnette au canon, et partir avec ses camarades sans que nous sachions à ce moment là pour quelle destination.» (Huguette). « C’est par une lettre jetée du train, datée du 5 Juillet 1942, que nous avons eu connaissance du départ de mon père « pour l’Allemagne pensait-il ». Cette missive fut la dernière ».

Cette arrestation par des gendarmes allemands et français, a lieu le même jour que celle de Camille Moinet, cheminot de Vaires-sur-Marne. De nombreux élus ou militants communistes du département sont arrêtés les 19 et 20 octobre. Parmi eux, 42 seront déportés à Auschwitz. Lire dans le site la rafle des communistes en Seine-et-Marne, octobre 1941. Le motif porté sur sa fiche au DAVCC est « communiste, incendie de récoltes » .

A la demande des autorités allemandes, Georges Vinsous et ses camarades de Seine-et-Marne sont transférés par cars au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), les 19 et 20 octobre 1941.
A Compiègne, il reçoit le matricule 1781, et se retrouve dans la baraque A3.
Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Georges Vinsous est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau 

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46199 ».
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Au moment de la séparation du convoi en deux groupes le 13 juillet, il est de ceux qui restent à Birkenau.
Il meurt à Birkenau le 5 janvier 1943, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3, page 1277). Sa fiche d’état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention « décédé le 7 juillet 1942 (sans autre renseignement)». Il est regrettable que le ministère n’ait pas corrigé cette date, à l’occasion de l’inscription de la mention « mort en déportation » sur son acte de décès (Journal officiel du 1 septembre 2001), ceci étant rendu possible depuis la parution de l’ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d’Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
« Le nom de mon père est inscrit sur le monument aux morts de Gouaix, dans l’église de Brou- sur-Chantereine, sur la plaque commémorative au pied du grand escalier de la gare de l’Est, et dans une allée du parc de la mairie de Brou-sur-Chantereine qui porte son nom » écrit en 2005 Odette Fondeneige, sa fille.
Les filles de Georges Vinsous découvrent en mars 2005 le lieu de déportation de leur père, grâce à un courrier que j’avais envoyé à sa mairie de naissance, il y a plus de 15 ans et qui leur a été transmis à l’occasion de l’envoi d’un extrait d’acte de naissance.
Georges Vinssous est homologué « Déporté politique » en 1954. Son épouse est décédée le 14 mai 1983 à Chelles.

Sources

  • Renseignements communiqués par ses filles, Mme Odette Fondeneige (mars 2005) et Mme Huguette Galdenas (juillet 2007).
  • Registre matricule militaire, Etat civil © Archives en ligne des Ardennes.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres – incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Archives départementales de Seine-et-Marne, Dammarie-les-Lys, cabinet du préfet.

Notice biographique installée en novembre 2013, complétée en 2017 et 2022 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) .  Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce site) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette notice biographique. Pour la compléter ou la corriger cette notice biographique, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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