Matricule « 45456 » à Auschwitz

Maurice Denis, in brochure commémorative
Maurice Denis : né en 1909 à Gournay-le-Guérin (Eure) ; domicilié à Aube (Orne) ; électricien ; communiste ;  arrêté le 18 octobre 1941 ; interné à Compiègne ; déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz où il meurt le 12 septembre 1942

Pierre – dit Maurice Denis est né le 3 avril 1909 à Gournay-le-Guérin (Eure). Il habite à Aube, à 6 km de L’Aigle (Orne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Georgette, Léa, Mahéo, 23 ans, sans profession et de Narcisse Denis, jardinier, 38 ans, son époux. Ses parents se sont mariés le 14 janvier 1908 à Gournay, où ils habitent.
Célibataire, il est électricien à la centrale de la SDEO (Société de Distribution Electrique de l’Ouest, qui deviendra EDF), qu’on appelle alors le «Secteur» et dont la centrale est à Aube.
Maurice Denis est membre du Parti communiste. Il est secrétaire de la Section communiste de l’Aigle en 1936.

La SDEO à Aube

Il est présenté par le Parti communiste aux élections aux conseil d’arrondissement en octobre 1937 à Mortagne (1).

L’Humanité du 14 octobre 1937

En 1938, il est secrétaire du Rayon du Parti communiste de Mortagne.­ La même année il est secrétaire du Comité « Paix et Liberté » de Mortagne.

Du 7 au 19 juin 1940 la Normandie est envahie par les chars de Rommel. Le 14 juin 1940, Alençon est ciblée par la Lufwaffe. Le 16 juin la 7èmePanzerdivision ravitaille à Flers, et traverse l’Orne à Alençon le 17. Flers, Vire et Coutances sont prises sans résistance. Le 10 juillet 1940 le maréchal Pétain, investi des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, s’octroie le lendemain le titre de « chef de l’Etat français » et lance la « révolution nationale » en rupture avec nombre de principes républicains (confusion des pouvoirs législatifs et exécutifs ; rejet du multipartisme, suppression des syndicats et du droit de grève, antisémitisme d’état…)
Dès le début de l’Occupation allemande, la police de Vichy a continué de surveiller les syndicalistes, anciens élus, candidats ou militants communistes «notoires» et procédé à des perquisitions et des arrestations. A partir d’août et septembre 1940, des ex-membres du Parti communiste dissous et des militants syndicalistes parviennent à se regrouper sous l’impulsion de Faustin Merle et d’Eugène Garnier. Des tracts appelant au sabotage des installations de l’occupant et des journaux sont diffusés.

Maurice Denis est arrêté à L’Aigle le 18 octobre 1941, selon Eugène Garnier. Le même jour que Lucien Blin, Justin Daguts, Louis
Fernex
, Eugène Garnier, Léon Leriche et Christ Vannier, syndicalistes ou militants communistes de l’Orne qui seront comme lui déportés à Auschwitz.
« Le danger imminent de voir se développer des attentats et de nouvelles distributions massives de tracts, notamment dans la région flérienne où elles ont été très nombreuses durant les mois précédents, pousse les autorités locales à lancer une grande opération de ratissage sur tout le département. Au total, dix-neuf personnes sont arrêtées dans la journée.» (1).
Eugène Garnier, rescapé du convoi du 6 juillet 1942 arrêté lui aussi ce 18 octobre 1941, a écrit à propos de cette rafle : « Des arrestations et perquisitions de la Gestapo le jour même, ont lieu à la suite de la distribution massive d’un tract (rédigé et imprimé par imprimerie clandestine). Cette diffusion est à la base de l’arrestation de 3 camarades traduits en cour martiale, dont l’un deux, Henri Veniard fut fusillé à Caen le 12 novembre 1941. Les tracts appelaient au sabotage des installations de l’occupant et des entreprises sous leur contrôle, également au renforcement de la Résistance et à la création de Comités populaires, qui par la suite donnèrent naissance au Front national et aux premiers groupes FTPF».
Maurice Denis est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent dès le 19 octobre 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne le (Frontstalag 122).

Depuis ce camp administré par la Wehrmacht, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, on lira les deux articles du site qui exposent les raisons des internements, des fusillades et de la déportation : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».

Depuis le camp de Compiègne, Maurice Denis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.

Cf Article du site : Les wagons de la Déportation. 

Ce convoi est composé au départ de Compiègne, de 1175 hommes (1100 « otages communistes » – jeunes communistes, anciens responsables politiques et élus du Parti communiste, syndicalistes de la CGT et délégués du personnel d’avant-guerre, militants et syndicalistes clandestins, résistants – de cinquante  « otages juifs » et de quelques « droits communs »). Il faisait partie des mesures de terreur allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le site le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942. Sur les 1175 otages partis de Compiègne le 6 juillet 1942, 1170 sont présents à l’arrivée du train en gare d’Auschwitz le 8 juillet 1942. Ces derniers sont enregistrés et photographiés au Stammlager d’Auschwitz (camp souche ou camp principal, dénommé en 1943 Auschwitz-I) entre les numéros « 45157 » et « 46326 », d’où le nom de « convoi des 45000 », sous lequel les déportés du camp désignaient ce convoi. Ce matricule – qu’il doit apprendre à dire en allemand et en polonais à toute demande des Kapos et des SS – sera désormais sa seule identité. Lire dans le site : Le KL Auschwitz-Birkenau.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule « 45456 ».

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Lire dans le site le récit de leur premier jour à Auschwitz : L’arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, « visite médicale ».  Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

Maurice Denis meurt à Auschwitz le 12 septembre 1942 (3).

Dans « le Réveil normand » du 10 juin 1945, le secrétaire du syndicat du personnel de la SDEO écrivait : « Notre ami Denis, modeste ouvrier, avait su conquérir l’affection et l’estime de tous ses camarades. Militant actif, les dernières paroles qu’il a prononcées et qui nous ont été rapportées par un témoin, prouvent qu’il est resté, jusqu’à la fin, fidèle à son idéal et ses dernières pensées furent pour sa famille, ses camarades et son parti« .
Une petite rue de l’Aigle porte son nom et prénom d’usage (Maurice Denis), mais les plaques de rue ont disparu en 2021. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.

  • Note 1 : Il s’agit bien des élections au Conseil d’arrondissement (CA) et non au Conseil général (CG) comme il est écrit sur sa notice du Maitron. Le candidat communiste au CG à Mortagne est Yves Rault.
  • Note 2 : Centre de Recherche d’Histoire Quantitative (CRHQ) de Caen. Biographies de résistants de l’Orne, par Thomas Pouty et Stéphane Robine.
  • Note 3 : Maurice Denis figure – avec Pierre pour prénom – dans la liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau indiquant généralement la date de décès au camp (Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen).

Sources

  • Brochure commémorative, photocopie

    Témoignage d’Eugène Garnier.

  • Photo tirée de la Brochure commémorative (édition 1948-1950) photocopiée par Madame Ventillard, bibliothécaire de L’Aigle.
  • Fichier du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (fiche individuelle consultée en décembre 1992).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 25, page 42
  • Liste des détenus soignés à l’infirmerie d’Auschwitz en 1942 (DAVCC).

Notice biographique  réalisée en avril 2001 (modifiée en  2011, 2017, 2018 et 2021), pour l’exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d’Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l’association «Mémoire Vive». Par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942″ Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45.000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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